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Cinéma - Case départ, de et avec Thomas Ngijol et Fabrice Eboué - Les visiteurs du noir

Thomas Ngijol et Fabrice Eboué ont réussi, avec leur coréalisateur Lionel Steketee, à ouvrir une brèche d’humour avec une comédie sur l’esclavage des noirs d’Afrique par les blancs français du XVIIIe siècle.

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Thomas Ngijol et Fabrice
Eboué ont réussi, avec leur coréalisateur Lionel Steketee, à ouvrir une brèche d’humour avec une comédie sur l’esclavage des noirs d’Afrique par les blancs français du XVIIIe siècle. Ce n’était pas gagné d’avance.

Pour l’anecdote et pour la « petite » histoire, le film a été tourné à Cuba, parce que des békés (propriétaires des plantations martiniquaises qui devaient servir de décor) ont refusé le scénario, estimant que les planteurs du XVIIIe siècle y avaient mauvaise image. Avec de grosses ficelles et des blagues mi-potache mi-banlieue, le scénario avance bon an mal an avec, en filigrane, un devoir de mémoire intimé aux personnages, écervelés et cupides au début de leur aventure façon « visiteurs ».

Les vedettes de Canal +, Thomas Ngijol et Fabrice Eboué, gagnent leurs galons d’acteurs- et d’auteurs. On sourit sur le même mode que Bégnini dans La Vie est belle. Ngijol et Eboué passent à la moulinette l’esprit lourdingue de banlieue sur l’homosexualité, l’invocation abusive de l’Islam, la confrontation artificielle et récupérée des trois religions, le cliché antiraciste est renvoyé dans ses cordes, et il n’y avait que le talent de Thomas Ngijol pour lui régler son compte avec efficacité.

La dernière fois qu’on avait filmé avec intelligence un peu d’histoire des Antilles françaises, c’était en 1983, avec Rue Cases Nègres, d’Euzhan Palcy (Lion d’argent, Venise 1983). Cela n’avait rien à voir, ce n’était pas une petite comédie, c’était un grand film, il n’était pas directement question d’esclavage mais de ses résonances interminables dans les années 1930. Mine de rien, Case départ avec ses gros sabots, ses gros mots, est une comédie grinçante où le blanc bourgeois, avec ses clichés habituels, en prend pour son grade, et le noir de banlieue est bien égratigné : « liberté égalité nique ta mère ! » Les mots et les maux de la banlieue du XXIe siècle s’entrechoquent avec ceux du XVIIIe siècle de l’esclavage dans les plantations de canne à sucre. Et on remet tout en place !

Même si l’on pense aux Visiteurs, on n’est pas dans le gag industriel, on est dans la situation. Attention aux yeux et aux oreilles (surtout pour les enfants) ! On déballe tout dans Case départ, on parle de tout : du prétendu sexe des noirs, des horreurs que les esclavagistes pouvaient déblatérer, mais aussi de la situation spécifique des métis…

Bonne idée que de passer par la case comique pour dédramatiser, ou plutôt « redramatiser », l’esclavage.

Eric Séveyrat

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