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Christophe Fargier président du Ninkasi / Brasseur de rêves

Publié le - - Grand témoin

Christophe Fargier président du Ninkasi / Brasseur de rêves

Revendiquant sa vocation d'entrepreneur dès le plus jeune âge, le créateur du Ninkasi n'en n'a pas terminé avec ses rêves. Désormais solidement implanté en Auvergne-Rhône-Alpes, où il entend cependant affiner encore son réseau d'établissements, il s'apprête à partir à la conquête de nouveaux territoires dans l'Hexagone. Sans jamais renier les valeurs humaines qui l'ont guidé dans la construction de son projet entrepreneurial et en restant fidèle aux fondamentaux de Ninkasi : brasseur artisanal et indépendant.

D'acteur local, voire régional, qui revendiquait son positionnement sur les circuits courts, Ninkasi s'apprête à devenir une marque nationale. Qu'est-ce qui a motivé ce changement de stratégie ?

Le fait de rester ancré sur notre région d'origine a limité nos possibilités de croissance. Notre idée de départ était, en effet, de défendre le caractère artisanal et qualitatif de notre production, qui se démarquait de celle des grandes brasseries industrielles. Ce choix d'origine, que j'assume totalement, a cependant des effets pervers. Les grandes brasseries industrielles profitent de toutes les opportunités pour racheter des petits brasseurs et confortent leurs positions au détriment du modèle que nous défendons. Nous avons donc choisi de faire évoluer notre stratégie, tout en restant cohérents avec nos valeurs.

Vous n'avez pas peur de perdre votre âme en adoptant ce nouveau positionnement ?

C'est en effet la critique que j'ai entendue. Pour ma part, je n'ai aucun doute sur le fait que nous pouvons très bien grandir et nous développer au national, sans abandonner ce qui fait l'identité de Ninkasi. L'ensemble de notre projet d'entreprise repose sur la passion et sur le plaisir. J'ai personnellement pris énormément de plaisir à apprendre le métier de la bière, à concevoir l'établissement lui-même pour qu'il corresponde à celui que j'aurais aimé fréquenter quand j'étais étudiant, à créer une salle de concert... Enfin, il y a le plaisir de l'aventure humaine. La richesse de ce projet, c'est d'avoir embarqué énormément de monde dans l'aventure. Nos salariés, tout d'abord, car nous sommes environ 450 chez Ninkasi. Mais aussi nos franchisés, nos partenaires, nos fournisseurs, le milieu culturel et, bien évidemment, nos clients. Il y a une véritable dimension sociétale dans le projet Ninkasi et je la revendique. Nos établissements sont des lieux de brassage, dans tous les sens du terme.

Quel a été le déclencheur dans ce changement de stratégie ?

Le groupe Monoprix, qui nous distribue dans ses magasins de la région lyonnaise, a voulu faire un essai à Paris. Le test a été réalisé en 2019 et les résultats ont été bons. Ils ont donc décidé de nous distribuer au niveau national. Aujourd'hui, 80 % des magasins de l'enseigne distribuent la bière Ninkasi. Partant de là, nous avons pensé qu'il était judicieux d'adopter également une stratégie de développement national pour nos brasseries. Ce choix a été d'autant plus facile à faire, que nous étions sollicités par de très nombreux candidats désireux de développer l'enseigne en franchise. Aujourd'hui, en effet, 60 % des candidats franchisés éligibles sont hors région.

Où vos futurs établissements verront-ils le jour et à quel rythme comptez-vous assurer ce développement ?

Nous n'avons pas de plan stratégique annonçant X établissements à telle date. L'idée, c'est avant tout de bâtir quelque chose de solide, quel que soit le temps que cela prendra. Je ne vais donc pas donner de date précise, ni de lieu précis, car il faut trouver les bons emplacements et les bons candidats. Mais les premiers projets hors région sortiront dans un premier temps en région parisienne et dans le sud-est de la France. C'est là que notre bière est le mieux distribuée et nous savons d'expérience qu'il y a une dynamique vertueuse entre la distribution et le succès rencontré par les points de vente.

Pas d'objectif précis, mais une accélération du rythme d'ouvertures de nouveaux établissements ?

Oui, nous étions jusque-là sur un rythme de 4 ouvertures par an et nous devrions passer à 5 ou 6 par an. Mais encore une fois, ce n'est pas un impératif. Il n'y a aucune pression. D'autant que nous allons continuer à mailler la région. Nous avons des projets précis qui sont sur le point d'aboutir à Dijon, à Valence… Par ailleurs, nous travaillons à l'ouverture d'un nouveau type d'établissements à Grenoble et Clermont-Ferrand. J'appelle ça des têtes de pont, c'est-àdire des établissements plus grands que ceux que nous développons actuellement en franchise. Alors que ces derniers font en moyenne 450 m2 , nous serons plutôt sur des sites totalisant 1 000 m2 , avec une dimension café-concert très présente.

Vous avez déjà identifié les sites pouvant accueillir ces nouveaux établissements ?

Oui. A Clermont-Ferrand, nous sommes en discussion sur le site Michelin de Cataroux, près du stade. Ce projet est porté par le promoteur Quartus immobilier. L'ouverture devrait intervenir en 2022, car il y a un chantier de dépollution assez long. A Grenoble, le projet est moins avancé, mais nous devrions prendre place sur la zone de la Presqu'Ile. Nous sommes en discussion avec un promoteur, auquel la Ville de Grenoble a demandé de nous intégrer dans un projet. Là encore, nous pensons être opérationnels en 2022. [Ndlr : Le futur Ninkasi de Villefranche-sur-Saône situé proche du cinéma CGR, devrait ouvrir le 28 février. Doté d'une surface de 400 m2 et d'une terrasse de 140 m2 , le Ninkasi proposera également des concerts en fin de semaine].

Envisagez-vous également d'ouvrir une tête de pont à Paris, ou resterez-vous sur des établissements sur le modèle de vos franchises actuelles ?

Nous comptons développer les deux. La dimension musicale et culturelle est essentielle dans le projet Ninkasi et nous aurons besoin d'une tête de pont dans la capitale si nous voulons aider nos artistes à se faire connaître. Toutefois, sur Paris nous aurons peut-être l'opportunité de travailler en collaboration avec une salle de concerts existante.

Vos capacités de production actuelles vous permettent-elles d'absorber la probable augmentation de vos ventes ?

Nous avons anticipé cette évolution et nous travaillons dès à présent à la construction d'une nouvelle unité de production. Elle verra le jour à Tarare, à proximité immédiate de notre usine actuelle. Elle totalisera 30 000 m2 couverts, où seront abrités 9 chais. Cette nouvelle unité de production emploiera 24 personnes, soit le double des effectifs de l'usine actuelle. Notre idée consiste à ouvrir une partie de cette nouvelle usine dès 2023, pour assurer la production de 1 000 futs de whisky. Pour la production de bière, la bascule pourrait se faire 2 ou 3 ans plus tard. Cela nous permettrait de lisser nos investissements et de maitriser notre risque. Pendant un temps les deux usines fonctionneraient donc de concert.

Cela représente un investissement de quel ordre et comment entendez-vous le financer ?

On parle effectivement d'un investissement très significatif au regard de notre chiffre d'affaires actuel et de notre rentabilité. Il sera de l'ordre de 20 à 25 M€. Pour mener à bien cette opération, nous envisageons de réaliser une nouvelle levée de fonds en 2022. Elle devrait porter sur 7 à 10 M€. Nous comptons solliciter le fonds d'investissement Maleo, qui nous a rejoint en 2017. Pour l'heure, il détient 20 % du capital et il pourrait monter aux alentours de 30 %. Dans le même temps, j'aimerais renforcer l'actionnariat salarié, qui pèse actuellement 13 %. Le reste du capital est entre mes mains et je souhaite le conserver pour garder le contrôle sur l'entreprise.

L' arrivée d'un autre investisseur aux côtés de Maleo n'est pas envisageable ?

Non, parce que nous avons besoin d'un partenaire qui ne soit pas simplement un financier. Ceux qui nous accompagnent doivent avoir une véritable démarche d'entrepreneurs. Ils doivent croire en notre projet et s'inscrire dans le temps. Car l'avenir de Ninkasi ne se résume pas à la construction d'une nouvelle usine pour augmenter ses capacités de production. Nous avons aussi l'ambition de développer notre production de whisky. Et là nous entrons dans le long terme. Nous allons produire mais ne rien vendre pendant quelques années, puisque le whisky doit vieillir pendant au moins trois ans.

Que devrait peser le whisky dans l'activité globale de Ninkasi à terme de 10 ans ?

Cette activité génèrera le même chiffre d'affaires que la bière. Certes avec des volumes moins importants, mais le prix d'une bouteille de whisky est sans comparaison avec celui d'une bouteille de bière. Mais plus encore que le chiffre d'affaires généré, le véritable virage que nous allons prendre avec le whisky est celui de la distribution. Avec la bière, nous parlons de distribution nationale, alors que l'export sera incontournable si nous voulons réussir notre entrée sur le marché du whisky.

Pourquoi avez-vous fait le choix de développer ce nouveau produit ?

Le whisky est un projet qui me tient particulièrement à cœur, parce qu'il reflète parfaitement la manière dont nous décidons de nous lancer dans un projet. C'est le symbole de cette notion de plaisir que j'évoquais il y a un instant. Il nous a ouvert un nouvel univers, qui nous a permis de faire de magnifiques rencontres et de constater concrètement qu'il y a des savoir-faire extraordinaires dans notre pays. Enfin, je prends beaucoup de plaisir avec ce projet parce qu'il s'inscrit dans le temps long. Nous vivons une époque où tout s'accélère et je trouve formidable de travailler sur une ambition qui se construit dans la durée. Il en va de même, d'ailleurs, pour notre futur siège social. Il ne verra pas le jour avant 2024, mais nous sommes déjà en train de plancher sur ce dossier.

Avec un terrain d'atterrissage d'ores et déjà choisi ?

Bien entendu. Nous allons le transférer de Gerland à La Saulaie, lorsque la ZAC sera opérationnelle. Nous avons une réserve foncière qui nous a été attribuée pour développer 8 000 m2 couverts. En fait, ce sera bien plus qu'un simple siège social. On retrouvera sur ce site toutes les composantes de la marque : la bière, le whisky, la restauration, la musique… Ce ne sera pas un Ninkasi semblable à celui de Gerland, qui restera notre vaisseau amiral, mais ce sera un véritable lieu de vie. On pourra apprendre à faire de la bière, on pourra assembler son propre whisky, faire de la musique, apprendre à danser… Nous voulons créer un lieu qui bouge, au sein duquel se retrouve tout l'écosystème qui gravite autour de nous.

SES DATES CLÉS

2018 Sortie du premier whisky siglé Ninkasi

2012 L'atelier de brassage quitte Gerland pour s'installer plus au large à Tarare

2000 Ouverture de la salle de concert le Kao sur le site de Gerland

1997 Ouverture du Ninkasi à Gerland

1995 Départ aux États-Unis pour suivre une formation de brasseur




Jacques DONNAY
Journaliste

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