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Portrait : Christine Delpal, regards croisés

Portrait : Christine Delpal, regards croisés
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Economie Publié le ,

La première fois que Christine Delpal débarque à Alep, en Syrie, elle découvre la ville avec son regard d'anthropologue en formation. Associée au laboratoire de recherche Maison de l'Orient et de la Méditerranée-Jean Pouilloux de Lyon 2, elle était partie avec un géographe pour étudier l'organisation urbaine de la ville ancienne et prendre des photos, sa passion depuis toujours. Car entre ses deux cycles d'étude, ChristineDelpal vit pendant 10 ans de la photographie, qu'elle exerce pour le compte de la Ville de Lyon, mais aussi pour des magazines, des agences ou à l'étranger pour des missions internationales (Turquie, Yémen) avec l'Unesco.
Ce fut un véritable coup de cœur. "Alep reste incontournable dans l'histoire de l'humanité. Berceau de la civilisation, c'était une ville ancienne du 16e siècle, intacte et en même temps bouillonnante, pleine de vitalité, à la culture cosmopolite et à l'art de vivre très fin, non ostentatoire. C'est douloureux de constater que les hommes peuvent détruire en quelques années ce qu'ils ont mis des siècles à construire", se désole l'experte dont la thèse a porté sur la reconstruction de Beyrouth, au Liban, à cette époque sous les mêmes feux de l'actualité.

Curieuse, avec la volonté d'approfondir les cultures qui ne sont pas siennes – d'aussi loin qu'elle s'en souvienne, elle a toujours eu des amis d'origine marocaine, espagnole ou coréenne – elle a tout de suite voulu aller plus loin. "J'ai voulu décrypter les codes de lecture de la cité. De découvertes en découvertes, j'ai multiplié les séjours et les rencontres, dont de nombreux acteurs économiques qui m'ont ouvert les portes de ce souk gigantesque", souligne l'auteur d'un livre et d'un guide sur le sujet. Jusqu'à la suggestion d'un ami syrien de commercialiser des produits d'artisanat. "Cela faisait écho à ce que je pensais à cette époque. La photo, l'écriture, la recherche, c'était passionnant. Mais ce n'était plus assez. Je voulais aller plus loin dans mon engagement, être plus qu'une observatrice du monde et m'inscrire dans une vrai démarche économique, valorisant les savoir-faire du patrimoine vivant en prenant quelques risques", souligne la co-fondatrice de Karawan avec Marc Carbonare, également photographe.

Des risques également induits par son modèle économique, basé sur des filières d'approvisionnement transparentes, de qualité, parfois basées dans des régions à risque. Karawan a du reconstruire sa filière de savon d'Alep ou celle issue du Népal après le dernier tremblement de terre de 2015. "Cela nous apprend la fragilité", résume la créatrice de "produits métissés, portant la trace de leurs origines et enrichis de mon regard européen".

Même si elle voyage moins qu'avant, plus concentrée sur la structuration et la pérennité de ses produits actuels, cette mère de deux grands enfants, appareil photo toujours à portée de main, reste une insatiable spectatrice du monde. Plus sédentaire, elle le suit désormais par la lorgnette de la photo, de la lecture, du cinéma ou des rencontres. Fourmillant de projets, la croix-roussienne d'adoption, profondément attachée à Lyon malgré tous ses voyages, reste sensible à la beauté, aux odeurs, à l'instant, à la lumière et à chaque regard. Du moment qu'ils sont différents du sien.

Christine Delpal en 5 mots clés

Date : 1981, mon premier voyage seule, à Naples. Une période qui a scellé mon goût du voyage, de la photographie et de l'autre

Lieu : La colline de la Croix-Rousse (Lyon) et ses nombreuses perspectives

Ambition : Poursuivre mon travail d'accompagnement des filières à fort potentiel des pays du sud

Citation : "Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde", Gandhi

Personnalité : Pierre Rabhi parce qu'il porte, en France, un message qui n'est pas périmé. Un homme de sagesse et de terrain qui sait relier la terre et le ciel.

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