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Christian Jacques Berret : « les dirigeants prêts pour la reprise »

Publié le - - Grand témoin

Christian Jacques Berret : « les dirigeants prêts pour la reprise »

En près de 30 ans de carrière à la Banque de France, Christian Jacques Berret n'aura jamais connu une telle crise économique. Pour lui et ses 170 collaborateurs en région, il s'agit de poursuivre, avec plus de souplesse, les trois grandes missions de la BDF que sont la stratégie monétaire, la stabilité financière et le service économique à la collectivité. Un défi pour déployer ce triptyque dans un contexte ne souffrant d'aucune comparaison si l'on remonte à la période d'après-guerre. Il témoigne néanmoins du dynamisme économique régional avec en tête de pont, des chefs d'entreprises aujourd'hui prêts à relever la tête pour préparer la reprise de l'activité qui se dessine.

Comment jugez-vous cette période de crise après un mois ?

Les chefs d'entreprises ont d'abord été tétanisés parce que le choc était assez imprévisible. Je dois avouer par ailleurs que j'ai été bluffé de la vitesse avec laquelle les outils d'aide aux entreprises ont été mis en place. D'une manière globale, les chefs d'entreprises, les pouvoirs publics, les chambres consulaires et les syndicats patronaux ont été d'une grande réactivité. A la Banque de France par exemple, nos services ont mis trois jours pour instaurer à 70% de son activité le télétravail.

Cette crise n'a pas d'équivalent ce qui la rend difficile à appréhender. C'est pourquoi encore aujourd'hui, beaucoup de nos interlocuteurs sont dans l'expectative. Dans notre situation, c'est l'économie réelle qui est directement impactée contrairement à la crise financière de 2008. C'est d'abord le secteur tertiaire (commerces, services, tourisme, évènementiel) qui a été touché puis l'industrie.

Et quoiqu'on en dise, je pense que l'organisation monétaire a aussi été rapide à l'échelon national et européen malgré quelques couacs de départ. Je fais référence en particulier à l'alimentation en liquidités de tout le secteur bancaire pour que celui-ci puisse répondre massivement aux demandes de prêts d'urgence. Soit 3 000 Md € au niveau de la Banque centrale européenne pour alimenter le crédit et 870 Md € d'achat de titres qui permettent d'aider au financement des marchés et des Etats.

L'autre volet de cette coordination correspond à la mise en place de mesures d'urgences par l'ensemble des Etats européens avec des montants d'aides considérables qui se chiffrent en milliards d'euros. En France, notre situation est facilitée par la mise en place du chômage partiel, qui est l'un des systèmes du genre les plus avantageux d'Europe. Au niveau national, 5 millions de personnes sont soumises au chômage partiel, 130 000 entreprises ont demandé le prêt garanti par l'Etat et 450 000 TPE et micro-entreprises qui demandé le fonds de solidarité.

Deux problématiques se dégagent. L'une du côté de l'offre avec un manque de visibilité sur la durée du confinement. Permettre aux entreprises de tenir et qu'elles puissent payer leurs salariés. De l'autre, la demande c'est à dire les ménages doivent avoir un maintien de leur emploi et de leur revenu.

Notre modèle français de protection est assez exemplaire. Et en protégeant les ménages on protège la consommation. A l'image des entreprises que l'on aide aujourd'hui, car ce sont elles qui demain, procureront des emplois et réactiveront l'activité.

Au niveau de la Banque de France, nous n'oublions pas non plus les personnes et les entreprises qui ne sont pas touchées par cette crise et qui étaient en difficulté avant. Nous continuons à traiter les dossiers et sommes parvenus à maintenir en région Auvergne-Rhône-Alpes l'ensemble des commissions de surendettement. La diminution des dossiers de 10 % par an que nous enregistrions, sera forcément freinée.

Beaucoup d'entreprises ont par ailleurs recours à la médiation aux entreprises que nous proposons. En trois semaines, nous avons reçu l'équivalent de toutes les demandes de l'année dernière. Le fait que nous ne connaissions pas de crise inter-bancaire est plutôt un bon point dans le traitement des dossiers.

« Le crédit inter-entreprise est le premier banquier de France, il faut donc le préserver »

Quel est le rôle de la Banque de France durant cette période ?

Outre l'alimentation en liquidité de l'économie et du secteur bancaire et du maintien de la médiation du crédit, nous agissons auprès des entreprises en difficulté via nos correspondants régionaux TPE/PME présents dans chaque département qui sont à leur écoute pour les réorientrer vers les organismes compétents pour répondre à leurs besoins : organisme de financement ou de cautionnement, assureurs-crédit, fédérations professionnelles, administrations, médiation du crédit ou des entreprises, etc.

Nous avons appuyé aussi notre action auprès du crédit inter-bancaire pour faire passer quelques messages auprès de la fédération bancaire française et des CCI régionales. Nous avons de nombreuses remontées sur l'agissement de certains donneurs d'ordre qui ne payaient pas leur fournisseurs, se disant qu'ils attendraient les aides de l'Etat et constituer ainsi de la trésorerie.

Je précise que le crédit inter-entreprise est le premier banquier de France, il faut donc le préserver. Nous repassons le message régulièrement auprès des instances concernées pour que tous, nous restions solidaires et gardions notre sens civique.

Nous proposons par ailleurs aux TPE une offre intitulée « Opale », un service de diagnostic gratuit pour les entreprises qui en font la demande. Les diagnostics produits visent à faciliter les échanges des entreprises avec leurs partenaires financiers (banquiers, assureurs crédit, fournisseurs) et démontrer le caractère ponctuel des difficultés rencontrées si elles s'avèrent structurellement viables. Les dirigeants qui le souhaitent peuvent aussi bénéficier d'un entretien téléphonique gratuit avec un de nos experts.

Bien que la Banque de France n'accueille plus le public à ses guichets, nos dispositifs ont été adaptés pour assurer donc ces missions au service des particuliers et des TPE dans les meilleures conditions.

L'institution met tout en œuvre, avec l'ensemble des partenaires concernés, pour apporter aux situations de surendettement une solution dans les meilleurs délais, tant pour les dossiers en cours que pour les demandes à venir. Toutes les questions peuvent être posées par internet (www.banque-france.fr) et nous y répondrons dès que possible.

Nous élargissons aussi les créances bancaires sur les PME éligibles aux opérations de refinancement. Objectif : Donner des facilités supplémentaires aux banques qui prêtent aux PME et TPE en étendant le champ des créances mobilisables évaluées par les systèmes de notation internes des banques.
Assurer un suivi rapproché de la situation des entreprises et des secteurs est aussi l'une de nos prérogatives, via le réseau de 8 500 informateurs dans le cadre des enquêtes mensuelles de conjoncture et l'élaboration de nouvelles mesures afin de répondre à la situation par les informations collectées. Pour ne pas perturber le système et la distribution du crédit aux entreprises, nous avons suspendu temporairement les cotations concernant les impayés et avons aussi assoupli notre système de cotation pour les 270 000 PME de notre territoire qui sont concernées. Il s'agit à court terme de soutenir tout ce qui peut aider à la trésorerie des entreprises pour qu'elles parviennent à passer le cap en espérant que cela ne dure pas trop longtemps. Tout est fait pour préserver l'offre et la demande.

« Tout est fait pour préserver l'offre et la demande »

Vous évoquiez les secteurs tertiaire et de l'industrie. Quid de celui du BTP ? Est-ce un secteur prioritaire ?

Je ne crois pas qu'il y ait de secteur prioritaire. Tous ont été touchés, à part quelques exceptions comme l'agroalimentaire ou la pharmacie. Pour le bâtiment, les gros chantiers ont été mis à l'arrêt pour éviter que trop de gens ne restent en extérieur à travailler. Sans parler que cela aurait été mal perçu de la part de la majorité de la population qui était confinée. Les artisans souffrent du fait qu'ils ne réalisent qu'à présent seulement des dépannages et non plus des chantiers.

La Banque de France a annoncé un plongeon de 6% du PIB au premier trimestre. Un Commentaire sur cette statistique ?

C'est beaucoup, bien évidemment et cette statistique rappelle celle de l'après Mai 68 avec une baisse de 5 % sur le deuxième trimestre suite à ces évènements. Ce n'est pas non plus un chiffre surprenant puisque nous avons dans le même temps environ un tiers de l'économie à l'arrêt. Le problème c'est la durée car chaque quinzaine de confinement pourrait coûter 1,5% de croissance et un supplément de dette de déficit public de 1%. Ça fait beaucoup. La première guerre est sanitaire puisqu'elle conditionne la reprise de l'activité économique. Il ne faut pas que cette sortie ne soit trop brutale non plus pour éviter un effet bélier sur l'économie avec de très fortes pressions inverses. On prévoit bien sûr une année en récession (dont on ignore encore l'ampleur) et pourquoi pas une année 2021 avec une reprise assez forte.

De quelles informations disposez-vous suite à vos derniers échanges avec les entreprises ?

Ce qui m'impressionne après 4 semaines de confinement (entretien réalisé le 10 avril Ndlr), c'est la posture des chefs d'entreprises avec qui j'ai pu échanger : ils veulent savoir comment et quand nous sortirons de cette crise. Autrement dit, je constate une soif de reprise. On peut même parler d'impatience ! Je constate leur positivisme au sein de conseil départemental composé de chefs d'entreprises de toutes tailles. Nous les interrogeons chaque mois pour établir les notes de conjoncture. A notre surprise, ils ont répondu avec ferveur à toutes les questions et se sont montrés très impliqués. On ne note pas de découragement.

Qu'en est-il des ménages ?

Dans l'ensemble, les ménages, même ceux qui avaient des difficultés, n'en ont pas plus aujourd'hui, car leurs allocations, minimum vitaux et revenus ont été globalement préservés. De plus, nous avons demandé aux banques d'être plus tolérantes sur les délais de paiement. Nous ne notons pas pour le moment d'accélération des problèmes au niveau des ménages. Cette situation se constate aussi au niveau des liquidités : il y a une grosse diminution des retraits aux distributeurs. Il y a moins de consommation.

Lire notre article sur les résultats de l'enquête mensuelle de la Banque de France Auvergne-Rhône-Alpes

Ses dates clés

2018 : Directeur régional de la Banque de France à Lyon

2014 : Directeur régional de la Banque de France à Montpellier

1994 : Adjoint au conseiller financier de la Banque de France à Singapour

1991 : Entrée au Conseil général de la Banque de France




Julien THIBERT
Journaliste

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