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Cédric Nieutin : « L'humain au coeur de la transformation entrepreneuriale »

le - - Grand témoin

Cédric Nieutin : « L'humain au coeur de la transformation entrepreneuriale »
© Céline Vautey - Cédric Nieutin, directeur du HUB612

La transformation de l'incubateur B612 (porté par la fondation Caisse d'Epargne Rhône Alpes) en Hub612 témoigne d'une tendance de fond des structures d'accompagnements des start-up à s'adapter aux nouvelles donnes entrepreneuriales. Pour Cédric Nieutin, directeur du « Hub », les cycles de business qui s'accélèrent et nécessitent un renforcement de l'expertise et des financements au sein des incubateurs. Sans oublier élément de taille au cœur de ces nouveaux enjeux : l'humain.

La théorie de l'effectuation développée Saras Sarasvathy en 2001 a-t-elle motivé la création du B612 devenue aujourd'hui le HUB612 ?

Cette théorie incarne notre manière d'agir depuis l'origine du HUB612 en 2016. Il s'agit plutôt d'une « non-théorie ». Cette scientifique américaine a montré que malgré que ce que l'on peut apprendre dans les grandes écoles et universités, à savoir la budgétisation, la planification, la stratégie long terme, etc., les entrepreneurs ne suivent que peu ces grandes pratiques. Ils mettent plutôt en oeuvre la méthode des petits pas, à partir de leurs propres ressources. Il y a 15 ou 20 ans, on nous apprenait à faire une étude de marché sur la base d'une bonne idée pour en faire ensuite un business plan et in fine lever des fonds pour créer une entreprise. Ça ne marche pas comme ça.

On teste plutôt son idée sur le marché, on la fait rapidement évoluer et on essaye de vendre son produit. Cela ne signifie pas que l'on ne structure pas la démarche entrepreneuriale ; mais il y a un principe d'action qui « autorise » de faire confiance à l'entrepreneur et de savoir saisir les opportunités. Et par essence, les opportunités ne se planifient pas.

De quel constat êtes-vous parti pour faire évoluer le B612 vers un hub ?

L'idée originelle du B612 était de répondre aux besoins fondamentaux des entrepreneurs : apport d'expertises, hébergement et financements. En passant à la logique de hub, on ne renie en rien ces préceptes, mais nous les renforçons en intensifiant la dynamique de création de valeur ajoutée « partagée"..

Les entrepreneurs ne peuvent compter uniquement sur leurs propres ressources. Il faut aller plus loin en apportant des expertises supplémentaires via un réseau de compétences et près d'autres plateformes internationales, faciliter la dynamique des regards croisés, créer le maximum d'inter-connexions C'est ce que nous proposons.

Quel est le fonctionnement du hub ?

C'est un lieu de concentration d'expertises et de savoir-faire, un espace d'émulation ou les idées doivent être challengées. Nous développons des briques de partenariats avec d'autres acteurs, nous ouvrons largement nos portes pour que d'autres experts puissent intervenir, co-créer avec nous et avec les startups.

Les besoins des entrepreneurs a-t-il évolués ?

A mon sens non, mais les business ont changé, les cycles entrepreneuriaux se sont accélérés. On a toujours besoin de clients, de financements, de wifi, de café, de conseils, de bienveillance… Sauf que les process vont plus vite aujourd'hui, d'où ce besoin d'ouverture de notre structure pour suivre le rythme des marchés. Le hub est là pour accélérer l'accès aux marchés et aux experts, faciliter la compréhension des nouveaux modèles, accélérer la prise de décision. L'autre évolution porte sur l'humain, en développant la constitution de boards pour les entrepreneurs et du coaching personnel par exemple.

On croit qu'il est facile de créer une entreprise tant le nombre de structures d'aides pour y parvenir est aujourd'hui pléthorique. Mais cela reste compliqué. Il faut du talent, de la résilience, de la patience, de la chance… et un accompagnement !. Notre apport « d'humanité » est justement est là pour encadrer ce besoin.

Pensez-vous justement que l'on a été trop bercé par des visions de l'entrepreneuriat à la mode californienne, au final faussées ?

Toutes les dynamiques qui viennent de la Silicon Valley et de ses entrepreneurs un peu « fous » ont pu diffuser une certaine mode de l'entrepreneuriat et donner certains modèles de réussites.

Pour ma part, ces exemples ne me font pas rêver parce qu'objectivement, ce n'est pas la vraie vie. En France et en Auvergne-Rhône-Alpes, nous avons certes besoin d'entreprises qui réussissent et de talents, mais faut-il prendre le modèle des GAFA ?

Notre tissu économique est rempli de start-up et d'entreprises qui n'ont pas connu de telles hypercroissances mais qui embauchent au quotidien et créées de la valeur. C'est pour moi l'essentiel.

J'espère bien évidemment que nous aurons une licorne parmi les startups accompagnées – et c'est également le souhait de nos institutions. Mais pour être franc, je serai déjà très heureux si notre accompagnement permet le développement de belles start-up et scale-up, et si l'esprit d'entreprendre diffuse. Ça oui, c'est pour moi l'enjeu : développer la posture entrepreneuriale (ou intrapreneuriale) dans toutes les organisations !

Quid du volet international que vous mentionnez dans le fonctionnement du HUB612 ?

La notion de hub implique que l'on se rapproche d'autres structures d'accompagnement comme la nôtre parce que justement, la plupart des projets que l'on accompagne sont souvent pensés de manière globale dès le départ et que la valeur peut être créé ailleurs.

Nous développons ainsi un axe franco-suisse « Lyon Grenoble-Genève-Lausanne » puisque la Caisse d'Epargne possède une filiale en Suisse. Nous avons aussi des partenaires en Espagne, au Portugal ou au Luxembourg par exemple. Ces structures sont des aussi des hubs.

Quel est le modèle économique du hub ?

Une partie de notre activité est portée par la Fondation Caisse d'Epargne Rhône Alpes qui apporte son soutien à l'association HUB612 : nous avons ainsi un rôle de développement économique local. Notre structure Rework Place gère ensuite nos espaces de co-working à Lyon et Grenoble ; ici le modèle est simple : chacun paye sa place. Notre troisième structure est un véhicule d'investissements qui se nomme HUB612 Participations (Ndlr : 3 M€) et qui investit en en ultra amorçage dans une start-up sur trois accompagnée. Notre ticket moyen est de 125 000 € (Ndlr : fourchette de 50 000 € à 250 000 €).

Nous accompagnons actuellement 40 start-up et nous avons investi dans quinze d'entre elles.

Un exemple notoire à mentionner parmi celles-ci ?

Swikly est une belle histoire car elle fait partie des 4 premières entreprises qui ont intégré HUB612 en 2016. Ils étaient 2 et sont aujourd'hui une vingtaine. Ils ont levé 1 M€. Swikly est spécialisée dans la digitalisation de chèques d'arrhes et d'acomptes. Cette startup témoigne de nos origines fintechs. On peut aussi citer 365 Talents, hors champs fintech. C'est la seule start-up à avoir quitté les lieux car ils manquaient de la place suite aux nombreux recrutements.

L'emplacement actuel de votre structure suffit-il à accueillir l'ensemble des projets que vous avez ciblés ?

On se développe avec des satellites comme au H7 où nous avons trois bureaux avec 20 personnes. Nous réfléchissons à ce genre de croissance en travaillant avec d'autres structures « amies ».

Existe-t-il un enjeu de durée de passage d'un incubateur pour gérer de manière optimale vos flux ?

Les incubateurs-accélérateurs restent des lieux de passages, d'autant plus avec cette notion d'accélération des cycles. Il n'y a donc pas de raisons de contenir ni de retenir une start-up chez nous. Nous n'avons posé aucune contrainte de temps et d'espace pour les entreprises que l'on héberge. Tant que les porteurs de projets créent de la valeur et qu'il y a de la place, ils restent.

Quel est l'état des incubateurs en région et en France ?

Lyon possède une très belle dynamique entrepreneuriale avec de belles initiatives. Depuis 15 ans les modèles ont évolué. On parlait avant de pépinières d'entreprises qui n'existent plus aujourd'hui. Il a fallu créé de la valeur. Il y a des modèles d'incubateurs qui fonctionnent avec de l'argent public, mais celui-ci baisse. Nous avons fait le choix de l'equity pour notre part. Car créer de la valeur, ça pèse financièrement.

Il y a de moins en moins de structures généralistes. Elles fonctionnent par spécialité en travaillant sur des verticales métiers. Nous sommes ainsi spécialisés sur la transformation numérique des grandes organisations. Historiquement nous accompagnions principalement les fintechs mais aujourd'hui nous accompagnons également les startups qui évoluent dans le champ des ressources humaines, de communication, de la logistique, de la sécurité.

Ses dates clés

2019
Lancement du Hub 612

2016
Création de l'incubateur B612

2014
Directeur du pôle « start-up » chez Pulsalys

2011
Directeur de l'incubateur Crealys

2007
Fondateur de la start-up Cereal Energy




Julien THIBERT
Journaliste

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