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Cédric Denoyel (PDG du H7) : "Associer les start-up à l'économie réelle"

Publié le - - Grand témoin

Cédric Denoyel (PDG du H7) : "Associer les start-up à l'économie réelle"
© Marine Gonard

Cédric Denoyel a pris les rênes du H7 en avril dernier. Après 9 mois d'activité, il fait un premier bilan d'une structure originale dédiée à l'accélération du business. Préférant le terme d'entreprises à celui de start-up, Cédric Denoyel incarne une vision mûre et contemporaine de l'entrepreneuriat mêlant business et intérêt général. Les 70 entreprises hébergées dans ce lieu « totem » dédié à l'innovation œuvrent ainsi à la création de valeur dans un esprit collaboratif. La Métropole de Lyon, propriétaire des lieux a choisi en ce sens Arty Farty comme concessionnaire de cette entité structurante d'un territoire, qui après son lancement ultra médiatisé est rapidement passée en mode « travail ». On décèle déjà une certaine patine qui imprègne le site malgré son jeune âge.

Vos motivation à devenir un entrepreneur ?

Ma première motivation était d'être actif sur des sujets qui m'importaient, notamment l'impact des individus sur la société ou comment l'économie influençait les enjeux de société. J'ai toujours pensé aussi que business et solidarité n'étaient pas incompatibles. C'est d'ailleurs cela qui m'a poussé à lancer mon entreprise en 2012, après avoir occupé des postes de direction générale.

Comment se prépare-t-on à l'entrepreneuriat ?

C'est plutôt mes convictions qui m'ont poussé à prendre le bâton de l'entrepreneuriat. Il faut aller au bout de ce que l'on imagine professionnellement et par n'importe quel moyen, si cela passe par l'entrepreneuriat, tant mieux. Ce qui me motive c'est la création de valeur de l'entité que je dirige. Cette création de valeur n'est pas que financière. Les salaires que l'on peut distribuer chaque mois et qui font vivre les collaborateurs, tant sur le plan économique que de l'expérience en entreprises sont aussi des sources de satisfaction pour un entrepreneur. Le rôle de l'entrepreneur se joue évidemment sur l'impact social et sociétal qu'il génère.

Un terreau familial spécifique pour développer cet entrepreneuriat humaniste ?

J'ai suivi des études dans le privé. Mais je me suis réellement arrêté après le bac car je me suis ensuite perdu à l'université. Mon père avait monté plusieurs entreprises mais je n'ai pas été imprégné par sa carrière entrepreneuriale. On devient entrepreneur parce qu'on se sent investi d'une mission et qu'on a envie de la mener au bout. En entrant chez Arty Farty comme trésorier, j'ai en revanche découvert un modèle qui a changé beaucoup de choses dans ma vie. Se servir de la culture comme objet de reconstruction massive, notamment sur la notion de démocratie et de lutte contre la montée des populismes prouve que l'entrepreneuriat est un moyen extraordinaire d'impacter la société.
Si demain nous n'avons plus que des chefs d'entreprises qui prennent soin de leurs salariés, qui fabriquent tous des produits en phase avec les enjeux sociétaux et environnement, nous n'aurons plus de gilets jaunes dans 20 ans. C'est bien d'ailleurs l'économie capitalistique qui les a fabriqués. Je fais d'ailleurs un distinguo entre entrepreneur et patron qui sont des fonctions différentes. On peut être un bon entrepreneur mais un mauvais patron. A contrario on peut être un très bon dirigeant sans avoir monté une seule entreprise.

Sur quelle(s) différence(s) se joue la nuance ?

Je pense à la phase de création, de démarrage d'une entreprise qui est à mon sens la plus compliquée. Dans les faits, ce n'est qu'une étape mais elle demande beaucoup d'énergie, d'abnégation et de remise en question. Toute l'alchimie nécessaire au fonctionnement d'une entreprise est énorme et éprouvant. J'ai vécu ces phases d'hypercroissance, de trous d'activité, j'ai dû gérer des problématiques RH. Je sais aussi ce qu'on endure lorsqu'il faut prendre sa mallette et aller vendre son produit.

Qu'est ce qui a motivé la vente de Capsa Container après l'avoir lancé 5 ans auparavant ?

L'entrepreneuriat c'est un peu comme une grossesse. On donne naissance à un projet qui va avoir ensuite une âme, qui va évoluer dans une fratrie et une famille. Le projet devient alors commun et n'appartient plus à son seul créateur. J'ai préféré confier ce bébé à une entreprise industrielle qui avait la structuration adaptée pour le faire grandir et évoluer dans les meilleures conditions, et faire passer l'entreprise de 10 à 20 M€ de chiffre d'affaires. C'était important pour moi de savoir qu'il pouvait avoir un après, même si je n'étais plus aux manettes. J'ai coupé le cordon, Capsa existe toujours et emploie 50 personnes ce qui me rend heureux.

Pourquoi avoir pris les rênes du H7 ?

Quand nous avons décidé avec Arty Farty de partir sur le dossier H7, j'étais motivé à prendre la présidence de cette structure avec l'envie de transmettre mon vécu d'entrepreneurs à des porteurs de projets et de diffuser des ces valeurs qui me sont chères.

Le projet du H7 a-t-il évolué entre sa phase de création et son lancement ?

Il a évolué dans la partie organisationnelle du quotidien mais le fond est resté le même tel que défini au départ. Le message est clair : nous ne cherchons pas licornes. Nous préférons faire émerger 10 entreprises qui emploient in fine 10 salariés, qu'une seule qui va créer 100 postes. Certes, le temps d'accompagnement est plus long mais il reste certain que ces entreprises vont réussir à leur niveau d'échelle et dans leur business. Car trouver la perle rare reste une quête fastidieuse et le risque est grand de laisser sur la route des gens qui ont de la valeur et leur place dans l'entrepreneunariat. Stéphanie Paix, ancienne présidente du directoire de la Caisse d'Epargne Rhône-Alpes m'a confié un jour que le H7 allait fabriquer les artisans de demain. J'adhère totalement à ses propos. Nous sommes quasiment d'intérêt public.

Quid du côté hybride autour de cette notion patrimoine innovant qu'incarne le H7 ?

C'est une alchimie. Notre mission première est celle d'agrégateur. Comme une recette, nous avons les ingrédients et nous nous appliquons à en faire un plat délicieux. Arty Farty le développe depuis de nombreuses années, comme il l'a fait par exemple au Sucre. L'entrepreneuriat tel que nous le dispensons, c'est de l'accompagnement mais aussi une ouverture vers les entreprises classiques, via notre structure « Home » pour qu'elles montent leurs évènements ici avant pourquoi pas de travailler avec les start-up hébergées. Ce qui nous a poussé à monter « Heat ». On crée ainsi des rencontres et des échanges inopinés qui peuvent déboucher sur des projets communs.

Y-a-t-il eu un écueil de l'élitisme par rapport à l'aura médiatique qu'a engendré la restructuration de la Halle Girard en « lieu totem du numérique » ?

Il y a moins de douze mois, je ne savais pas ce qu'étaient une verticale, un seed, une série A ou B… Je viens du monde de l'entreprise, je n'est jamais levé de fonds, j'ai monté une société industrielle qui mélangeait l'art, l'intérêt général et le business. Je ne pouvais donc pas tomber dans cet écueil élitiste lié qui peut parfois coller à la peau de l'innovation et du digital. Cela nous importe peu qu'une entreprise qui vient chez nous veuille faire 1 Md € de CA dans trois ans. Ce qui m'intéresse est de savoir si nous pouvons l'aider. Car chacun a le droit à sa chance et nous ne pouvons pas uniquement miser sur des éventualités de réussite. Je crois assez peu à la spéculation. Ce qui nous intéresse, c'est le l'individu qui porte le projet, son état d'esprit, ses motivation à créer une entreprise et regarder si il a les yeux qui brillent lorsqu'il en parle, jusqu'où est-il prêt à aller… Nous ne détenons pas la vérité sur ces critères mais nous restons persuadés que c'est dans cet esprit là que l'on pourra préparer au mieux les gens ici aux business de demain.

Quel est le cahier des charges lié au fonctionnement du H7, les critères de sélection des start-up?

Nous avons réalisé un portrait robot de la start-up idéale : 3 à 6 salariés, développant un chiffre d'affaires ou au moins une preuve de concept, et qui ont besoin de développer du chiffres d'affaires car possédant une technologie. Notre mission est de les positionner en hypercroissance ou en scale. Si par exemple une start-up possède un client à 50 000 euros en entrant au H7, elle doit faire 500 000 euros de chiffres d'affaire en sortant. Nous devons leur faire franchir des paliers. Ces étapes sont basée sur la mise en relation, d'où la nécessite de savoir si elles ont déjà des clients pour leur produit.

Pourriez-vous développer une activité d'equity ?

Cette activité surviendra lorsque nous développerons du résultat et que je pourrai monter un fonds afin d'utiliser cet argent pour accueillir des projets géniaux qui n'auront pas de finalité business. Je pense à des projets de politique publique d'intérêt général. Nous sommes indépendants et souhaitons que les entreprises hébergées restent également indépendantes. Je pense qu'il est incompatible d'investir dans une affaire et de rester indépendant dans son accompagnement.

Comment s'inscrit le H7 dans l'écosystème régional de l'innovation ?

A l'origine, la métropole de Lyon qui nous a concédée la gestion des lieux, souhaitait que l'on anime un lieu totem et que l'on accélère le développement des start-up. Il faut réussir ces étapes avant de penser à un rayonnement plus large, notamment à l'international. Il n'est pas possible de partir en quête de partenariat en Israël ou à Boston en promouvant le seul H7. Il faut qu'on parte avec des entreprises que l'on a accompagnées et des résultats probants, sinon on se brûlerait les ailes par manque de crédibilité.

Quel est le modèle économique du H7 notamment associé aux partenariat avec les grands groupes ?

Le H7 est un lieu initié par les pouvoirs publics qui a profité de cette impulsion. Nous avons reçu beaucoup d'aides de la Région et de la Métropole sur l'accès aux grands comptes. Notre mission est de consolider à présent ces partenariats, d'apporter des retours sur investissements à ces groupes comme Suez par exemple. Au-delà du discours, de l'image et du rayonnement, nous devons passer à l'action. Il faut associer le monde des start-up à l'économie réelle et les faire devenir des Pme. Le budget annuel tourne autour de 2,5 M€ de budget par an. Nous sommes entièrement privés et ne touchons aucune subvention. Le loyer annuel de 387 000 € est reversé au propriétaire des lieux, la Métropole de Lyon.

Un mot justement sur le récent partenariat avec Suez ?

Il s'agit d'un des partenariats les plus faciles à défendre. Parce Suez à une appétence à l'innovation et aux enjeux de société qui est énorme, par rapport à la qualité de l'eau ou la gestion des déchets. Ce type d'opérateur à tout intérêt à trouver des solutions innovantes autour de ses différents métiers. Nous parlons le même langage autour de l'innovation ce qui facilite les synergies.

L'entrepreneuriat doit-il être absolument promu ? Quid du salariat dans une épopée entrepreneuriale ?

La difficulté dans l'entrepreneuriat c'est le suivi du porteur de projet. Beaucoup de monde a de bonnes idées, mais parfois il faut faire prendre conscience que le projet ne passera le cap escompter. Trop d'écoles et de formations véhicules des images erronées de l'entrepreneuriat. Tout le monde ne pourra pas réussir il faut se le dire. Je pense qu'il faut aller chercher l'intérêt général, le sens d'un projet et la démarche collaborative lorsqu'on parle d'entrepreneuriat. Si on parvient à faire évoluer la mentalité des entreprises, on pourra faire en sorte que le salariat devienne une forme d'implication dans la recherche de sens autour d'un produit développé. Si les entrepreneurs parviennent à irriguer leurs équipes avec ces valeurs, ça donnera beaucoup plus de sens au salariat et freinera les velléités de certains à justement tout claquer pour se lancer dans l'entrepreneuriat afin de chercher du sens.

Quelles évolutions prévues pour le H7 ?

Un des enjeux sur 2020-2021 est d'attirer les Pme. Faire en sorte qu'elles s'intéressent à un endroit comme celui-ci. Les dirigeants de Pme ont la tête dans le guidon et ne sont pas toujours réceptifs aux enjeux de digitalisation. Pourtant c'est indispensable de s'en emparer. Ce que l'humain peut maîtriser de 0 à 10 M€ de CA, il ne pourra pas le faire pour faciliter et industrialiser un process et passer un cap supplémentaire. Un de nos axes de développement est de bénéficier du réseau de notre principal partenaire bancaire, le Crédit Mutuel en termes de client Pme pour les sensibiliser aux fonctions de H7.

Ses dates clés

2019 : PDG du H7

2017 : Directeur général du Sucre

2013 : CEO de Capsa Container

2010 : Trésorier d'Arty Farty




Julien THIBERT
Journaliste

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