AccueilCultureSpectacle vivantCanard sauvage » d'Ibsen par Braunschweig : Toute vérité n'est pas bonne à dire !

Canard sauvage » d'Ibsen par Braunschweig : Toute vérité n'est pas bonne à dire !

Metteur en scène du « Canard sauvage » d'Henrik Ibsen, Stéphane Braunschweig signe un spectacle, net et tranchant, sur les méfaits de la transparence
Canard sauvage » d'Ibsen par Braunschweig : Toute vérité n'est pas bonne à dire !
© elisabeth Carecchio - Dans un décor épuré, Stéphane Braunschweig analyse les mécanismes de la manipulation

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Rongé par la culpabilité de son père, un riche négociant trousseur de jupons, et par son propre échec, Gregers s’installe dans la maison de son ami d’enfance Hjalmar. Celui-ci, un raté qui se berce de l’illusion d’être un grand inventeur, vit avec Gina, sa femme, Hdvig, sa fille, Ekdal son père et un canard sauvage enfermé dans un grenier. Chacun d’entre eux a un grain, jusqu’au docteur Relling, adepte du « mensonge vital ».
Tout ce petit monde va vaciller après les révélations de Gregers. Il y a quelque chose de Tartuffe dans ce personnage qui impose la tyrannie de la transparence, le primat de l’idéal sur la réalité. Sa recherche obsessionnelle de la vérité et sa capacité à instiller le soupçon chez les plus faibles vont dynamiter l’équilibre d’une famille qui s’était arrangée avec les fantômes de son passé. Cette quête masque aussi ses propres failles que la mise en scène de Stéphane Braunschweig suggère subtilement dans cette lecture implacable, clinique, du « Canard sauvage » d’Ibsen.
Dans un décor épuré, s’ouvrant sur une forêt de sapins, le nouveau directeur de l’Odéon analyse les mécanismes de la manipulation. Ni manichéenne, ni complaisante, hermétique au pathos, sa mise en scène avance par petits pas jusqu’au paroxysme d’un dénouement cruel où le dramaturge norvégien règle ses comptes avec les charlatans et les veules. Ce jeu de massacre épargne Gina, mère pragmatique, et Relling, médecin positiviste sans illusions sur la nature humaine.
Même s’il fait écho à une actualité malmenée par le radicalisme, le texte d’Ibsen a pris quelques rides que Braunschweig assume avec une direction d’acteurs classique, naturaliste, voire froide. André Duparfait (Gregers), Rodolphe Congé (Hjalmar), Chloé Rajon (Gina) et Suzanne Aubert (Hedvig) dominent une distribution toujours juste, qui accompagnent la montée en puissance d’une tension dramatique parfaitement huilée dans ce spectacle net et tranchant.

TNP, 2 au 6 février

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