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Biennale de la danse : clap de fin !

La fête bat son plein ! Où chaque soir amène son lot de surprises, où certains spectateurs trépignent d'impatience en attendant leur billet de dernière minute (beaucoup de salles sont pleines). Où la physionomie de cette 17e Biennale se dessine peu à peu, privilégiant une communauté de corps, un « être ensemble » tout à fait palpable, même s'il est plus ou moins réussi.
Biennale de la danse : clap de fin !
Blandine Soulage-Rocca - " Corbeaux ", compagnie O

CultureSpectacle vivant Publié le ,

Des corps tordus et torturés de Yuval Pick à ceux haletants d'Olivier Dubois, en passant par ceux scandant des onomatopées de Daniel Linehan, il partagent cet ensemble, qui n'est pas forcément un unisson, mais une réunion d'individualités, et serait le reflet de notre aujourd'hui, ou plus surement ses espoirs et ses aspirations.

La quête du bonheur

Aspirations comme celle du bonheur que cherche (sans trouver, comme il le constate lui-même) Olivier Dubois dans sa dernière création Auguri. Soit une quête éperdue de 22 individus vers un ailleurs inaccessible. On pourra reprocher à Olivier Dubois son esthétisme, très prégnant dans cette nouvelle pièce, mais certainement pas son engagement et son goût du dépassement de soi, ni celui de ses danseur(euses) qui se jettent littéralement dans la bataille quand ils ne dégoulinent pas des cubes qui composent l'essentiel de la scénographie. Succession de courses effrénées sans but (sauf celui de disparaître dans les coulisses, ou dans les abysses), Auguri emporte le spectateur comme une vague de fond par la puissance qu'il dégage, par ces corps lancés à toute vitesse comme des catapultes ou des météorites. Même si elle n'a pas (encore) la force tellurique de la précédente, Auguri reste un sacré voyage.

La transe

Tout comme celui qu'ont offert les 24 Corbeaux de Bouchra Ouizguen, dans l'amphithéâtre des Trois Gaules, sous la verrière des Subsistances et sur le parvis du TNP et du musée des Confluences. Toutes en noir, un fichu blanc sur la tête, elles arrivent telles un essaim, serrées les unes contre les autres. Puis l'une se détache, puis une autre, ainsi de suite, elles construisent un espace, se tenant immobiles et entonnent un son guttural qui tient du râle, accompagné d'un balancement. Frisson, puissance du chant qui prend aux tripes et laisse sans voix !

La fantaisie

À l'instar de la prouesse technique des cinq interprètes de DBDDBB (prononcez dibi didi bibi), du chorégraphe newyorkais installé à Bruxelles Daniel Linehan, qui offrent sans doute le spectacle le plus joyeux de la Biennale. Inspiré de Dada, cet opus délirant explore le motif de la marche et toutes ses variantes, militaire, nuptiale, protestataire, etc... tout en imposant à ses interprètes de vocaliser pendant tout le spectacle, puisque les recherches de Daniel Linehan portent sur une « langue physique impliquant des effets de résonance dans le corps ». Ainsi assiste-t-on à un réjouissant poème dansé, une performance dada du XXIe siècle qui laisse pantois.

Le chaos

Enfin, il faut évoquer la pièce de Alain Platel, Nicht schlafen, une réflexion sombre sur notre époque troublée, traversée de vents contraires et de déchirures. Huit hommes et une femme donnent corps à ce cauchemar éveillé où les interprètes se battent et se débattent, dans d'incessants va-et-vient entre communauté et individualités, entre mouvements d'ensemble et micro-histoires. Troublant spectacle qui happe tout en lâchant parfois le spectateur par ses longueurs, qui fascine et révolte, qui captive et ennuie, mais met tout le monde d'accord sur la qualité et la justesse des interprètes.

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