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Interview : Bertrand Rambaud : financier... et accompagnateur

Interview : Bertrand Rambaud : financier... et accompagnateur
PHOTO : Céline VAUTEY

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Siparex fêtera ses 40 ans en 2017. Quelles évolutions notez-vous dans le secteur du capital-investissement ?

Dominique Nouvellet, le fondateur de Siparex, était un mousquetaire du capital-investissement en France. En 1977, le métier n’existait pas. Sa vision entrepreneuriale l’a conduit à aider des PME et des ETI régionales, familiales pour la plupart, dans leurs stratégies de croissance. Ce type d’entreprises était inconnu de la sphère financière, oeuvrait principalement dans la sous-traitance industrielle et n’était pas toujours très bien géré. Les dirigeants, peu formés au pilotage d’une entreprise, bénéficiaient d’une croissance économique que nous ne connaissons plus. Des facteurs extérieurs favorables aux affaires gommaient leurs erreurs de gestion. Aujourd’hui, le capital investissement évolue dans une phase de maturité avec près de 300 sociétés en France pour environ 10 Md€ injectés chaque année dans les entreprises. Le capital-investissement a permis « d’éduquer », au sens anglo-saxon du terme, toute une population d’entrepreneurs pour les sensibiliser aux enjeux de la gouvernance, de la transmission, de l’entrée des cadres au capital… La segmentation des fonds d’investissement, par secteurs d’activité, pour l’innovation, pour le développement, pour la transmission, a contribué à la professionnalisation des acteurs. Cette nouvelle profession, et Siparex en est le pionnier, accompagne un large panel de dirigeants issus d’entreprises de moyenne et petite taille.

La concurrence semble être de rigueur aujourd’hui. Comment se distinguer dans ce monde du capital-investissement ?

La concurrence se joue à plusieurs niveaux. Nos actifs sont les entreprises dans lesquelles nous investissons, et la compétence de notre équipe d’une centaine de collaborateurs. Notre actif émane des fonds qu’une centaine d’investisseurs confient à Siparex. Aujourd’hui, une entreprise dotée d’un manager compétent et s’appuyant sur un projet de qualité a le choix pour trouver de l’argent. Nous devons donc apporter autre chose qu’une simple ligne financière. L’accompagnement fait partie intégrante de notre offre. Idem du côté des investisseurs. L’accès à la ressource n’est pas toujours facile. Les taux d’intérêts et l’inflation sont très bas. Il nous faut saisir les bonnes opportunités.

" Les entreprises doivent vivre avec des crises à répétition, courtes et très violentes. Nous préférerions une économie qui booste avec des chefs d’entreprise qui ont le moral"

Comment peut évoluer le capital-investissement ?

Il est de toute façon nécessaire au financement de l’économie. Les jeunes dirigeants, formés à la gestion, ambitieux, font de plus en plus appel à nos métiers pour les accompagner dans les stratégies de développement, à l’international, sur les questions liées à l’innovation ou encore pour les opérations de croissance externe. Notre rôle d’investisseur s’est transformé en accompagnateur d’un projet d’entreprise pour soutenir des managers exigeants. Le capital-investissement a un bel avenir en France car il apporte de la performance au rendement et, en plus, dans l’économie réelle. Investir dans des entreprises locales à fort potentiel est un véritable atout pour convaincre les investisseurs. Qu’ils soient institutionnels ou familiaux, ils attendent une rentabilité. Ce sont des problèmes de riches, certes, mais un dirigeant qui a travaillé toute sa vie compte bien faire fructifier son patrimoine en obtenant un vrai retour sur investissement. En parallèle, le métier bouge beaucoup et il n’existe pas un modèle unique. Nous sommes des entrepreneurs comme ceux que nous accompagnons et nous devons nous poser les questions liées à la croissance de notre entreprise et à sa gestion.

Quels sont les grands enjeux pour Siparex dans les prochaines années ?

Le monde du capital investissement s’organise autour de trois grandes familles d’acteurs. Des sociétés composées de petites équipes concentrées sur des marchés de niches comme l’innovation, la santé, l’agroalimentaire… A l’opposé, de très gros acteurs internationaux du capital investissement se positionnent sur la dette, l’immobilier, l’asset management. Et au milieu, évoluent des sociétés comme Siparex qui s’ancrent sur leurs territoires comme une plateforme de private equity multi-spécialisée autour d’une marque ombrelle forte. Notre projet à l’horizon 2020 est de maintenir cette logique pour toujours accompagner des entreprises familiales. Il n’est pas question pour nous de sortir de cette voie. 2017 se concentrera davantage sur le soutien des ETI, avec la création de véhicules d’investissements plus importants destinés spécifiquement aux besoins de ces entreprises. C’est un changement également fondamental entre les débuts de Siparex et ses perspectives. Les premières équipes finançaient des projets pour quelques milliers de francs. Nos collaborateurs traitent des dossiers à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Vous avez des bureaux à Madrid, Milan et Munich. Quel est l’intérêt d’une entreprise multirégionale comme la vôtre de se développer à l’international ?

Tout d’abord, l’international est un vrai sujet pour les entreprises que nous accompagnons. Nous devons donc nous positionner. Or, l’international n’est pas aisé dans notre business. Le capital-investissement ne revêt pas les mêmes caractéristiques en Allemagne, où les entreprises ne sont pas du tout ouvertes sur la question, en Grande-Bretagne, qui, à l’inverse, est hyper-financiarisée, ou encore en Afrique, où la croissance économique est forte et les besoins en financement énormes mais l’instabilité politique risquée. Siparex a opté pour la prudence en y allant par dose homéopathique et toujours avec un partenaire connu. Nous fonctionnons en bilatéral, sur deux continents ou deux zones géographiques. Nous pouvons à la fois accompagner nos entreprises sur ces zones et, inversement, aider des entreprises du pays cible à s’implanter en France. Nous misons sur la présence partagée. C’est du sur-mesure à chaque fois et réellement en fonction du partenaire rencontré dans le pays. Notre réflexion porte actuellement sur un partenariat au Québec.

" Les Régions ont un rôle économique fort à jouer. Le digital constitue un sujet qu’elles ne doivent pas louper "

Le Brexit aura-t-il des conséquences sur nos entreprises régionales ?

Siparex ne finance aucune entreprise présente en Grande-Bretagne et n’a pas d’investissements directs là-bas, des points positifs pour l’entreprise. Mais si la Grande-Bretagne entre en récession, nos entreprises françaises seront forcément impactées à un moment ou à un autre puisque la place financière forte tire le secteur. Ces éléments extérieurs, comme les attentats, fragilisent le monde et l’économie alors que l’on percevait des petits signes positifs : une légère diminution du chômage, des résultats semestriels à fin juin plutôt bons, le secteur de la construction qui reprend…

Quels sont vos rapports avec l’équipe de la nouvelle grande Région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Nous avons été entendus sur différents sujets pour faire évoluer le Fonds régional d’investissement (FRI). Ces outils de financement public/privé constituent des véhicules très intéressants pour l’économie de proximité. Il existe de nombreuses entreprises qui, par leur métier de niche, leur histoire, leur particularité, ne cochent pas toutes les cases pour entrer dans les processus de financement classiques. Or, ces affaires ont des besoins et ce sont à ces entreprises que doivent être destinés ce type de financement. Nous avons nous-mêmes découvert des entreprises que Siparex n’aurait pas financées. Ce que nous avons préconisé à la nouvelle équipe de la grande Région est d’être encore plus ambitieux et de constituer des fonds plus importants. Le FRI est « seulement » doté de 30 M€. Or, pour aller sur les domaines du digital et de l’innovation, l’avenir des entreprises et aussi le souhait de la Région, il faut renforcer les véhicules existants avec du co-investissement et devenir plus lisible en s’inscrivant dans une logique de filière. La Région se met actuellement en place et nous réfléchissons aux offres pour les prochaines années. Auvergne-Rhône-Alpes dispose d’un vivier d’entrepreneurs positifs, riches d’idées nouvelles et innovantes et qui comptent déployer leurs entreprises. Ils peuvent nous rendre optimiste pour la France. A nous de les accompagner.

Ses dates clés

2009

Président de Siparex, à la suite de Dominique Nouvellet

2002

Directeur associé chez Siparex

1991

Chargé d’affaires chez Siparex

1983

Entrée à EM Lyon

1964

Naissance à Saint-Etienne

Quatre métiers

Siparex gère 1,5 Md€ d’actifs à travers quatre métiers :
- le venture capital et l’innovation, grâce notamment à l’acquisition d’XAnge private equity courant 2015, fortement positionné sur les nouvelles technologies ;
- le small cap avec Rhône-Alpes PME Gestion ;
- le middmarket (50 % de l’activité de Siparex) pour accompagner la croissance des PME et des ETI ;
- l’offre mezzanine, le dernier véhicule proposé par Siparex ;
La société de capital-investissement s’organise autour de ses filiales régionales à Lyon, Paris, Besançon, Lille, Nantes, Strasbourg et Limoges, et internationales à Madrid, Milan et Munich.



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