AccueilActualitéGrand témoinBertrand Barré, PDG du groupe Zebra : "L’innovation industrielle passe par la coopération"

Bertrand Barré, PDG du groupe Zebra : "L’innovation industrielle passe par la coopération"

Concevoir et fabriquer des textiles innovants en Auvergne-Rhône, bien loin des usines asiatiques, c’est la belle promesse de TexInnLab une entreprise co-construite par les groupes Chamatex et Zebra. Bertrand Barré, dirigeant du groupe lyonnais Zebra spécialisé dans le conseil en innovation présente cet « ovni entrepreneurial » qui pourrait bien transformer le monde de l’industrie en France.
Bertrand Barré, PDG du groupe Zebra : "L’innovation industrielle passe par la coopération"
© Marine-Agathe Gonard - Bertrand Barré est un ancien sportif de haut niveau, passé par l’Asvel avant de créer son entreprise

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Comment définir l’activité du groupe Zebra ?

Le groupe Zebra a 35 ans. Nous avons débuté dans le design industriel mais aujourd’hui notre activité tourne autour de trois piliers : conseil en stratégie pour innover, création de l’offre et l’impact au sens de l’accès au marché. Car pour pouvoir innover il faut une bonne stratégie, des bonnes solutions et pouvoir les amener sur le marché. Notre travail est donc d’accompagner les entrepreneurs et les grands groupes à travers ces trois piliers.

De quelle manière évolue ce marché mondial du conseil en innovation ?

C’est un secteur mondialisé, qui résonne plus à l’étranger qu’en France. Dans notre pays, être spécialiste de l’innovation sans être spécialisé dans un domaine est très choquant. Les grandes écoles type Centrale ou Arts et Métiers qui forment les ingénieurs, n’ont pas réservé un accueil très chaleureux à la fonction innovation. Bien souvent encore, dans l’organigramme, la hiérarchie ou le Comex des entreprises, l’innovation n’a pas la place qu’elle devrait avoir. L’innovation est une façon de reconsidérer un état actuel en imaginant son futur, autrement dit la prochaine normalité.

L’innovation selon moi, c’est beaucoup de transfert, c’est-à-dire que ce qui a marché dans un domaine, va fonctionner dans un autre. Innover c’est prendre des risques et notre métier c’est d’éliminer ces risques. L’uberisation est un terme qui a par exemple infusé dans d’autres secteurs que celui du transport. Tous les métiers où il y avait des intermédiaires se sont ainsi désintermédiés. L’innovation est au 21e siècle ce que l’ingénierie était au 20e siècle. Nous sommes passés d’un monde agraire, rural à un monde industriel. Aujourd’hui nous sommes dans un monde où les sauts technologiques ne sont plus aussi importants qu’auparavant, comme l’électricité ou le rail.

"S’allier et partager pour réindustrialiser"

Les entreprises industrielles ont-elles cette capacité à innover, surtout après ces deux dernières années ?

Il y a trois camps : les fatiguées, les malades et les conquérantes. Les fatiguées sont les entreprises intermédiaires qui n’ont ni subi ni profité de la crise et qui rament. Les malades ont subi la crise et ne peuvent pas faire autrement, je pense aux entreprises qui ont décidé de sous-traiter à la Chine ou l’Europe de l’Est il y a 20 ans. Et puis, il y a les entreprises qui profitent de la crise, comme dans la santé ou le textile par exemple. Le début de cette démondialisation, dû à la guerre, au covid et aux enjeux climatiques, a accéléré la prise de conscience de ne plus produire à l’autre bout du monde. Ces grands changements sont une chance pour l’industrie. Mais si on veut rapatrier la production de ces produits, il va falloir les « réingénierer » complètement.

Comment TexInnLab s’est imposé dans votre aventure entrepreneuriale ?

Le groupe Zebra est une fabrique d’innovation. Depuis le début, nous ne sommes pas seulement des consultants mais aussi des faiseurs, en déposant notamment pas moins de 130 brevets. Nous avons tenté régulièrement d’investir et de partager les risques aux côtés de nos clients. Je veux aujourd’hui accélérer « le faire » pendant les 10 prochaines années qu’il me reste à travailler.

Se lancer dans l’innovation suscite encore beaucoup de craintes, pourtant il y a beaucoup d’argent disponible pour aider l’industrie à innover. Les discours sont là mais il manque d’entrepreneurs. A mon sens, le mythe industriel est abimé. L’industrie traine encore l’image du patron exploitant et des salariés exploités.

A travers l’usine d’ASF 4.0 située en Ardèche et pilotée par le groupe Chamatex, TexInnLab c’est la volonté de prouver qu’il faut agir collectivement pour dépasser les grands enjeux industriels comme la transformation digitale, l’automatisation ou la prise en compte climatique. Ce n’est pas individuellement que nous pourrons résoudre ces problématiques. Nous avons ainsi lancé la notion de « coopérance », c’est-à-dire la coopération au-delà de la concurrence.

Collaboration industrielle

Nos clients du footwear ont été condamné très tôt à aller, chacun de leur côté, à produire en Asie. Nous avons donc proposé à ces industriels de porter un projet commun en co-actionnariat pour développer des produits 100 % fabriqués en France et en l’occurrence en Auvergne-Rhône-Alpes. Salomon, Babolat et Millet sont ainsi devenus les trois actionnaires d’ASF. En cela nos ETI pour passer à l’étape supérieure n’ont pas besoin de le faire seul. On fait de l’open innovation sans perdre son capital et on partage son savoir-faire. Salomon partage par exemple son savoir-faire en production de chaussures à d’autres marques au sein de notre usine ASF. Cela parait invraisemblable alors que c’est ce qui se passe en Chine depuis 20 ans. L’accélération des connaissances, nécessaires à la survie d’une entreprise est exponentielle : les flux financiers, les connaissances technologiques, la refonte des réseaux de distribution ou encore l’accès au marché… Les entreprises ne peuvent plus compter sur elles-seules pour assurer leur croissance. Il faut s’allier et partager. La région Auvergne-Rhône-Alpes possède en cela un atout extraordinaire, c’est une concentration de pouvoir industriel et d’entrepreneuriat. Ce sont des terres de travail.

TexInnLab serait un nouveau modèle de réindustrialisation des territoires ?

C’est d’abord une réaction au danger d’un nouveau récit : « Monte ta start-up et tu seras riche ». Changer le monde et digitaliser anime les jeunes entrepreneurs qui le plus souvent ne parviennent à concrétiser leurs projets. TexInnLab c’est la volonté de profiter de la révolution industrielle que propose le textile, car présent dans de nombreux secteurs comme la santé, le sport ou l’aérien.

Mon associé Gilles Réguillon, président de Chamatex possède les outils de production et nous avons chez Zebra, le savoir-faire d’innovation que je décrivais : trouver la bonne idée, la produire et la mettre sur le marché. Chez TexInnLab nous contrôlons nos projets, du fil au produit final. Nous envisageons d’ailleurs de faire la boucle complète c’est à dire de récupérer la matière pour faire du fil, par exemple recycler des vêtements. Nous allons débuter par la production de sneakers avant d’enchaîner sur une gamme de vêtements sports-loisirs et de bagagerie. D’ici une dizaine de mois, nous pourrons communiquer sur le nom de la marque. Ce que je peux dire c’est que notre innovation ne vient pas de la fabrication ou de la conception mais du mode de commercialisation. Si nous parvenons à réussir dans le footwear nous saurons réussir dans d’autres domaines.

"Notre innovation portera sur le mode de commercialisation"

En quoi la puissance publique est-elle déterminante dans la réussite de tels projets industriels ?

Si les pouvoirs publics ne se mobilisent pas, on ne pourra rien changer. Ils sont capables d’attirer les investisseurs extra-régionaux par exemple, de donner confiance et de servir de porte-voix, pour créer une force d’entraînement. Ils sont capables de construire des territorialités et de réorganiser les territoires. Les pouvoirs publics ont aussi un rôle majeur dans la formation pour répondre à la demande de entreprises.

En coulisses

Bertrand Barré est l’auteur d’un ouvrage intitulé Innover juste, pas juste innover, paru aux Editions Product Center. Il y décrit la méthode de Eye-novation pour mieux appréhender les problématiques liées à l’innovation.

Ses dates clés

1981 : Arrivée à l’Asvel pour devenir joueur professionnel

1986 : Création de Zebra

2000 : Une date symbolique ou j’ai compris que le récit était plus important que la réalité

2022 : Création de TexInnLab, début d’une belle période pour l’innovation

Entre nous

Son style de management

La démocrature, je n’aime pas demander l’avis à tout le monde.

Ses lectures

Les bandes-dessinées, que je considère comme des romans modernes qui me transportent rapidement.

Ses inspirations

Aimé Jacquet, car il a su faire bouger les plus grands et piloté de vrais chevaux de course.

Son lieu ressourçant

La Dombes, ou j’habite. C’est calme et lumineux

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