AccueilGrand témoinBernard Accoyer, désigné secrétaire général du parti Les Républicains

Bernard Accoyer, désigné secrétaire général du parti Les Républicains

Bernard Accoyer, désigné secrétaire général du parti Les Républicains
© : DR

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Parti du constat que les questions de santé étaient peu traitées dans le débat public, le médecin ORL porte, avec un autre lyonnais le professeur de médecine Jean-Michel Dubernard, 72 propositions pour réformer le système. Pour ce collectif, la santé de demain devra être connectée, collaborative, indépendante de tout pouvoir politique et responsable, au risque de ne plus pouvoir sauver la Sécurité Sociale.

Quel regard portez-vous sur le système de santé actuel ?

Il est à bout de souffle. Son fonctionnement souffre de l'absence d'une politique de santé à long terme, sans continuité, quel que soit le pouvoir en place. À chaque nouveau ministre, sa grande loi de santé "révolutionnaire", qui chasse la précédente, mais qui au final n'a pas le temps d'être mise en place. La main mise de l'État et ses décisions dogmatiques ne servent pas l'intérêt général. On ne cesse d'opposer le public et le privé quand il faudrait faire converger les deux secteurs. On a besoin de toutes les compétences.

A quel futur modèle de santé pour la France pourrait aboutir cette réforme?

Un modèle où la santé s'affranchirait du pouvoir politique. Pour cela nous imaginons la création d'un Commissaire Général au Plan National de Santé. Il assurerait cette continuité, comme un secrétaire général qui garantirait l'absence de changement de cap. Il dirigerait l'ensemble des structures existantes et assurerait la cohésion des différentes directions sanitaires fusionnées. Notre réflexion ne signe pas la fin d'un modèle, elle vise juste à corriger les défaillances du dispositif actuel. L'idée est bien de sauvegarder l'Assurance-maladie comme pivot essentiel de la couverture maladie. Mais si on ne fait rien, elle ne pourra plus répondre à ses missions initiales.

"Le tiers-payant universel est une mesure politique et cosmétique qui fragilise encore plus le dispositif actuel".

Pourtant, vous refusez le tiers-payant universel par exemple ?

J'y suis totalement opposé. C'est ingérable pour les médecins. Il ne faut pas oublier que sur un acte à 23 €, il y a 3 € qui sont utilisés administrativement pour récupérer des honoraires. Or le médecin a besoin de temps médical. Pour ce qui est de l'accès aux soins pour les plus démunis, on sait que ce sont seulement la lunetterie et les prothèses auditives qui ne sont pas assez prises en charge. Pour le reste, en hospitalisation par exemple, il n'y a pas de difficultés. Le tiers-payant universel est une mesure politique et cosmétique qui fragilise encore plus le dispositif actuel.

Selon vous, les hôpitaux doivent mieux collaborer avec la médecine de ville. Si dans les métropoles l'offre semble suffisante, quid des zones où l'offre de soins est plus distante et moins abondante.

Il y a des zones sous-dotées en médecins comme elles manquent de bureaux de poste, d'épiceries et d'autres commerces de proximité. La désertification rurale a entrainé la fermeture des collèges, des lycées. Cette situation freine les ardeurs des jeunes médecins qui aspirent à d'autres conditions de vie. Pour s'installer quelque part, il faut s'y sentir, et sa famille avec, plutôt bien. C'est pour cela qu'il faut favoriser la création de maisons médicales pluridisciplinaires. Il ne faut pas lutter contre la désertification en imposant des mesures contraintes. Actuellement, un amendement est en passe de restreindre la liberté d'installation. Au lieu de cela, on pourrait imaginer, à l'occasion du concours de première année, l'ouverture de quelques places supplémentaires à condition de s'installer dans des lieux vacants.

Les régions ne sont donc pas toutes logées à la même enseigne. Est-ce problématique ?

Appliquer le même dispositif à Paris, à Lyon ou à Lille n'est pas rationnel. Je suis favorable à une régionalisation des conventions, un espace de manœuvre de liberté qui permettrait de revoir le maillage sérieux de chaque tissu hospitalier. Il n'y a pas, actuellement, de place pour les initiatives locales. Dans notre région, nous avons deux groupements hospitaliers de territoire, résultat de fortes pressions politiques. Ce n'est pas nécessaire. Et paradoxalement, le secteur médico-social est sous-doté. Par exemple, en Haute-Savoie, la prise en charge psychiatrique est insuffisante. Elle est 40 % moins accessible que dans le Rhône.

Est-ce que revoir le maillage signe la fin de l'hospitalisation de proximité ?

Il faut réévaluer la prise en charge des urgences ambulatoires qui ne relèvent pas de l'hospitalisation. Elles encombrent les services. Il faut repenser la permanence des soins en remettant la médecine de ville au cœur du système. Il faut que le maillage hospitalier soit gradué avec une prise en charge de la maladie en fonction de sa nature et de sa gravité : une médecine de proximité, une hospitalisation intermédiaire et une hospitalisation de pointe. Il a été prouvé qu'il est dangereux d'aller se faire opérer dans un hôpital qui pratique peu d'intervention et où la sécurité est moins bien assurée. Il faut oser transférer les compétences : il y a trop de lits d'hospitalisation en France au détriment, par exemple, des places en soins de suite ou de réadaptation de proximité. Il ne faut pas avoir peur de faire évoluer le parc actuel.

"Il y a trop de lits d'hospitalisation en France"

Quelle est la place de la e-santé dans cette organisation ?

C'est une façon de répondre aux déserts médicaux et, plus généralement, une voie prometteuse de la santé en France. Il est possible de transmettre les symptômes, les images, avancer dans le diagnostic. Mais attention, il faut imaginer un système qui rembourse la télémédecine qui, rappelons-le, reste un acte médical. Les projets médicaux et technologiques devraient être évalués et labellisés par la nouvelle autorité. L'idée, c'est de revaloriser le rôle du médecin généraliste qui doit être un pivot du parcours de soin. Aujourd'hui, sa rétribution de l'acte atteint le niveau d'une coupe de cheveux ! Or, même si je suis très respectueux du travail du coiffeur, le médecin n'a pas les mêmes connaissances et la responsabilité, toujours engagée, est importante.

La recherche publique trouvera-t-elle sa place à l'avenir ?

La recherche est actuellement trop éclatée en France. C'est dommage, car notre recherche est excellente. Nous sommes un vrai pays d'innovation médicale. Aujourd'hui, nos chercheurs doivent avant tout chercher des financements et se tourner vers le privé au risque d'être racheté, une fois développé, par des étrangers. Encore une fois, notre politique générale manque de cohérence.

Vous êtes favorable au remboursement des actes en lien avec la prévention, n'est-ce pas donner encore plus de poids aux complémentaires santés ?

Là aussi, il n'y a pas de politique de prévention de la santé digne de ce nom. Il faut que l'État fixe un cadre et que des acteurs concernés la mettent en œuvre. La prévention permet d'authentiques économies en matière d'impact sur l'espérance de vie et sur le remboursement des soins. Cela ne me choquerait pas que l'assurance offre un rabais à un assuré qui ferait des efforts pour son hygiène de vie ou se ferait régulièrement vacciner contre la grippe. Il n'y a pas lieu d'enfermer les complémentaires santé dans un carcan comme le fait le gouvernement. Il faut les laisser évoluer dans une saine concurrence qui servira vraiment les intérêts des familles.

Dates
Né le 12 aout 1945 à Lyon
Années 70 : Faculté de médecine de Lyon (spécialité oto-rhino-laryngologie) puis soutien sa thèse de médecine à l'Université de Grenoble.
1972 : Invente l'implant cochléaire multicanal destiné aux sourds
1977 : S'installe en Haute-Savoie et exerce à la Clinique du Lac d'Annecy
1989 : Maire d'Annecy-le-Vieux, réélu depuis sans interruption
Mars 1993 : Premier mandat de député de la première circonscription de Haute-Savoie. Réélu en 1997, en 2002, en 2007 et en 2012.
26 juin 2007 : Président de l'Assemblée nationale jusqu'en juin 2012

Partage
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?