AccueilSociétéBeaujolais - Vendanger tardivement : c’est possible avec le Gamay et le Chardonnay !

Beaujolais - Vendanger tardivement : c’est possible avec le Gamay et le Chardonnay !

Du côté de sa mère, les recherches généalogiques montrent que l’on est viticulteur depuis au moins l’an 1500 ! Du côté de son père, cela fait au moins 200 ans.

ActualitéSociété Publié le ,

Autant dire que Gérard Gutty est né avec des « pépins » dans les cellules ! Il a d’ailleurs toujours voulu travailler dans la vigne alors que ses parents n’y étaient pas spécialement favorables au début. Après son BEPC, il rentre au Crédit agricole. Mais l’appel du raisin est trop fort et il rejoint finalement l’exploitation familiale, avec ses parents et ses deux frères. Tout d’abord membre d’un GAEC familial, il exploitera ensuite seul, puis avec sa femme. Son cuvage est à Bagnols. Il le partage avec deux de ses fils, Julien et Frédéric, qui, bien sûr, sont viticulteurs également ! Ils vinifient 28 ha en propriété et fermage. De Saint- Jean-des-Vignes à Jarnioux, en passant par Bagnols, ils cultivent du Gamay pour le Beaujolais et le Beaujolais rosé, du Chardonnay pour le Beaujolais blanc. Gérard a aussi quelques ares de Morgon hérités de ses parents sur la commune de Villié. Communauté d’infrastructures mais pas communauté de vin. « Chacun vinifie différemment », prévient Gérard Gutty, adepte de la vinifi cation traditionnelle beaujolaise tandis que son fils Julien a plutôt une recette bourguignonne. La réunion des trois permet aussi de proposer une gamme très large : Beaujolais Nouveau, Beaujolais, Beaujolais rosé, Beaujolais blanc, Morgon, jus de raisin, pétillant blanc, pétillant rosé et… vin de table rosé doux.

Une dénomination à trouver

Sous cette dernière appellation un peu mystérieuse, se cache un vin issu de vendanges tardives. « La vendange tardive est une mention qui ne peut légalement s’appliquer qu’aux vins d’Alsace, explique Gérard. Il nous faut donc utiliser une autre expression pour le désigner ». L’idée émane de Julien. En 2007, une parcelle de gamay n’avait pas été vendangée. Il eut l’envie d’utiliser tout de même ses raisins, pour le plaisir. « Nous aimons bien vendanger et vinifier, précise Gérard. Pour cela, notre métier est ingrat : on travaille un an dans les vignes pour en profi ter pendant 15 jours ! » Début décembre 2007, la famille Gutty retourne donc dans les vignes. La situation était idéale : gel et brouillards matinaux avaient dessécher le raisin sans le faire éclater. Il était « barbu » à souhait (un champignon de pourrissement) et concentré en sucre.
En 2011, nouvel essai avec du chardonnay et une vendange au 11 novembre. « Nous avons pressé. Il n’y avait presque pas de jus. Puis nous avons lancé normalement la vinification. Avec ce produit, la fermentation a lieu trois fois moins vite. Il y a moins de levure. Et lorsque l’alcool est formé en grande quantité, le peu de levure est détruit. Comme le jus initial était très sucré, nous avons l’alcool et le sucre. Avec un jus de départ à 250 g de sucre par litre, sachant qu’un degré d’alcool nécessite 17 g de sucre, nous avons obtenu un vin à 14 degrés d’alcool et 25 g de sucre résiduel par litre. Pour comparaison, notre vin blanc habituel fait 12 degrés d’alcool pour 2 g de sucre résiduel par litre.»

Difficile équilibre

La fermentation vient donc de s’achever (il faut compter deux mois contre une semaine pour un Beaujolais). « Ce sont des essais, prévient Julien. Nous apprenons ». D’ailleurs, les volumes sont restreints : 300 bouteilles seront disponibles cette année. Le prix est provisoire. A 7 € les 50 cl, on est loin du compte pour équilibrer l’opération. Songez que le rendement avec ce genre de vin n’est que de 10 hl/ha contre 50 pour le Beaujolais ! « C’est d’abord une passion », justifie presque Gérard Gutty, qui estime diffi cile de faire un jour un véritable business avec son vin tardif. Son activité, Gérard Gutty l’axe à la fois sur le négoce et la vente directe. 50 % de sa production est faite en Beaujolais Nouveau ; le reste est réparti entre les autres produits. Sur le primeur, la moitié est vendue au négoce, l’autre moitié est mise en bouteille pour vente directe. Pour vivre (ou survivre !) dans le Beaujolais, il faut trouver le bon équilibre entre volume et prix. « On vend deux fois moins de Nouveau qu’il y a dix ans, note Gérard. Et on le vend au même prix qu’il y a 25 ans ! » En revanche, le prix des bouteilles a été multiplié par deux. Au final, c’est beaucoup plus dur aujourd’hui qu’autrefois. Gérard regrette d’ailleurs que ses fi ls n’aient pas connu « la belle époque ». De fait, la pression est assez élevée aujourd’hui. Et le Nouveau, s’il n’est plus la locomotive qu’il a pu être, continue d’être au centre des préoccupations. « Sur ce produit, on n’a pas le droit à l’erreur, commente Gérard. Il faut qu’il soit bon pour que l’on puisse vendre le reste ! Le Nouveau donne une idée précise de ce que seront les vins de garde ». Et c’est bien là que l’expérience ancestrale et familiale intervient pour maintenir une certaine qualité.

Alban Razia

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