AccueilActualitéGrand témoinBéatrice Vessiller : "Une financiarisation de l'immobilier dans la métropole de Lyon"

Béatrice Vessiller : "Une financiarisation de l'immobilier dans la métropole de Lyon"

Béatrice Vessiller est membre de la garde rapprochée de Bruno Bernard à la Métropole de Lyon. L'élue est à la tête de la commission urbanisme et cadre de vie, un enjeu de taille dans le modèle de métropole que souhaitent insuffler les écologistes. Interview.
Béatrice Vessiller :
© J.T. - B.V : « Il faut envisager la ville avec de l'économie de proximité »

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Quel premier bilan faites-vous de votre début de mandature ?

Je mesurais bien qu'il s'agissait d'une délégation importante avec l'urbanisme (réglementaire, planification, opérationnel, aménagement, espaces publics), le foncier, la rénovation et le patrimoine de la Métropole de Lyon. L'urbanisme concentre également les enjeux autour de l'eau, de mobilité ou encore de l'environnement. Il y a aussi une gestion patrimoniale plus astucieuse et plus agile que nous devons mettre en place, autrement dit, comment faire vivre un lieu, un espace que nous possédons entre le moment d'achat et son aménagement effectif.

A l'inverse, lorsqu'on vend du foncier à l'image de celui du collège Maurice Scève, nous prévoyons d'en faire du logement abordable à la Croix-Rousse. Concernant des emprises de sites industriels plus grands, nous souhaitons les acheter pour en faire une réserve foncière de long terme. Dans le 7e arrondissement ou à Rillieux, nous aurions pu acquérir par exemple il y a plusieurs années du foncier industriel à moindre coût qu'aujourd'hui.

Un point sur le PLU-H qui a fait l'objet d'une délibération au dernier conseil métropolitain ? Quels en sont les points clés ?

Nous avons lancé la concertation pour la modification numéro 3 du plan local d'urbanisme et de l'habitat, approuvé en mai 2019. Elle porte sur la vision politique de l'exécutif à travers l'outil du PLU-H sans rentrer dans des révisions mais en approfondissant la dimension sociale et environnementale du PLU-H. Par exemple, l'insertion d'une trame verte, d'espaces naturels et agricoles et concernant l'habitat, la production de logements abordables en instaurant des quartiers de mixité sociale.

La part de logements sociaux reste encore faible dans la métropole même si des efforts ont été faits ces dernières années. Il s'agit ensuite d'urbaniser autour des gares (hors Perrache ou Part-Dieu), pour inciter les gens à utiliser encore plus le train et d'augmenter les normes de stationnement vélos dans les bâtiments d'habitation et réduire ainsi les exigences de stationnement voiture là où les dessertes de transports en commun sont bonnes. Le volet « nature en ville » concerne la création de nouveaux espaces végétalisés et l'augmentation des coefficients de pleine terre dans les opérations de construction.

Nous avons également analysé la valeur agronomique de certains sols destinés initialement à l'extension urbaine que nous allons laisser en terre agricole. Nous effectuons cette démarche dans la perspective du renforcement de la loi Climat qui tend notamment vers moins d'artificialisation des terres. L'objectif à terme est de densifier le tissu économique dans le tissu urbain ou dans les zones d'activités existantes. La concertation liées à cette modification du PLU-H portera sur la période du 13 avril au 20 mai.


Ses dates clés

2020 Vice-présidente en charge l'urbanisme à la Métropole de Lyon

2011 Conseillère générale du Rhône (canton de Villeurbanne centre)

2006 Responsable pédagogique à l'Ecole Nationale des Travaux Publics d'Etat (ENTPE)

2002 Chargée de mission au service Aménagement/transport au ministère de la Transition écologique


"Il faut créer une métropole du quart d'heure avec plus de commerces de proximité"

Quels sont les principaux enjeux d'urbanisme pour la Métropole de Lyon ?

Il faut envisager la ville avec de l'économie de proximité, des équipements publics comme les écoles et aussi avec des espaces publics pour lesquels nous nourrissons de grandes ambitions. Ceux-ci doivent êtres apaisés, partagés, végétalisés et favoriser l'égalité femme-hommes et être aussi inclusifs. Il va donc falloir aménager autre- ment nos rues et nos places hors des enjeux de mobilités stricto sensu. L'espace public doit être généreux et porteur d'usages.

La politique d'acquisition foncière que vous engagez passe notamment par une démarche de préemption que certains critiquent ? Quelle est votre réponse sur ce point ?

"L'exemple de la préemption de la rue Bugeaud, qui a fait coulé beaucoup d'encre, porte sur des montants, certes élevés mais qui ne le sont pas plus que d'autres préemptions réalisées sous l'ancienne mandature (L'immeuble en question a été acheté 13,6 M€ puis revendu à un bailleur social privé 6,8 M€, ndlr). Si les montages juridiques n'étaient pas les mêmes, le coût au mètre car- ré l'est en revanche. L'objectif et de produire du logement social où il n'y en pas beau- coup (11 % dans le 6e arrondissement) et contenir ainsi les prix.

Depuis quelques années, nous assistons à une explosion des prix de l'immobilier qui est scandaleuse. Nous savons très bien que ce type d'investisseur, ils sont une douzaine à Lyon, achètent puis revendent, voire certaines fois, évincent les locataires pour en faire des résidences de standing pour gagner beaucoup d'argent. Dans le cas de la rue Bugeaud, nous l'avons donc acheté, au prix des Domaines je le précise.

Dans le premier arrondissement, un autre investisseur a acheté un immeuble en 2005 à moins de 2 millions d'euros. Il l'a revendu en 2012 à 6 millions d'euros sans travaux à part celui la façade puis a été revendu 11 millions d'euros en 2019. Il s'agit de culbutes scandaleuses. On assiste à une financiarisation de la ville à cause de ces fonds vautours. A tel point que j'ai reçu dernièrement un mail de locataires m'exhortant à la préemption car visés par une opération immobilière d'un investisseur qui souhaite réaliser des logements de standing."

En matière de renouvellement urbain, le déconstruction-reconstruction de certains logements n'est pas votre priorité, pourquoi ? Ne pensez-vous que les grands ensembles qui parfois ont pu mener à une forme de guettoïsation ne sont plus d'actualité ?

"Dans l'absolu, la construction-déconstruction conduit à un bilan social, environnemental et financier catastrophique. Pour autant, nous arrivons dans une période où les conventions avec l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) sont déjà signées dans 10 sites de la métropole. Plus de 600 logements ont été démolis et 3 000 autres sont programmés. Je reconnais que certaines fois, la déconstruction est nécessaire.

Sinon, dans le cadre d'opérations qui ne sont pas encore actées, comme à Bron-Parilly le long de l'A43, le débat reste ouvert avec l'Anru. Nous serions enclins à réhabiliter cet espace en intégrant la construction de nouveaux logements. Nous travaillons également la réorientation du projet Part-Dieu pour limiter les démolitions notamment sur la place de Milan qui prévoyait une forêt de tours. Nous allons par exemple conserver le bâtiment du Sytral le long des voix ferrées."

Arena de l'OL : "Ce n'est pas un projet qui me fait rêver"

Où en est le projet d'Arena du groupe OL ? Les autorisations sont-elles données pour le lancement du chantier ?

"Nous avons voté la poursuite du projet en décembre. Une phase d'enquête publique pour la mise en comptabilité du PLU-H pour permettre la réalisation de l'Arena va être lancée. (15 avril-20 mai). La délibération devrait avoir lieu à l'automne avec une délivrance du permis de construire prévue pour la fin d'année. Ce n'est pas un projet qui me fait rêver, pour autant, nous devons être garant son amélioration sur certains points (gestion, environnement).

La concertation a permis de faire entendre à l'OL que certains dysfonctionnements apparaissaient notamment les soirs de grands matches auprès des riverains qui sont inquiets de voir se construire un nouvel équipement. Je salue la réactivité de l'OL dans cette concertation, qui est à l'écoute des riverains. Nous avons d'ailleurs mis en place un comité de suivi partenarial du projet. L'OL a ainsi réduit son empreinte carbone pour ce projet."

L'urbanisme transitoire semble gagner du terrain dans les grandes métropoles européennes ; est-ce l'une des clés pour les années à venir ?

"L'urbanisme transitoire possède beaucoup d'avantages. D'abord parce qu'il utilise du foncier bâti et non bâti qui est resté vacant pendant des années. J'espère que l'on pourra optimiser tous ces fonciers disponibles sur la métropole. Nous souhaiterions intervenir sur le logement d'urgence, l'activité économique ou culturelle ou sur des espaces fleuris. Par ailleurs, d'autres sites plus grands comme le Technicentre à La Mulatière et les Halles Sernam à Jean Macé sont stratégiques dans cette démarche et nous devons échanger avec leurs propriétaires."

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