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Apprentissage à Lyon et dans la région : la voie royale vers l'emploi face à la crise ?

Si la crise touche de nombreux métiers, les assez bons résultats de l'apprentissage en France - près de 500 000 contrats en 2020 - renforcent l'idée que la méthode demeure une voie plus sûre pour l'insertion dans le monde du travail. La situation actuelle préoccupante du monde étudiant renforce davantage cette tendance.
Apprentissage à Lyon et dans la région : la voie royale vers l'emploi face à la crise ?

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Les décisions politiques et les réformes successives (2010, 2015, 2018) couplées à l'évolution globale de la société, des entreprises comme des parents d'élèves, ont permis, au fil du temps, de redorer le blason de l'apprentissage. Avec 500 000 contrats (11,7 millions de 15-29 ans en France), il reste encore marginal mais progresse inexorablement : la courbe s'est accentuée de 40 % rien qu'entre 2019 et 2020. Bien sûr, l'aide gouvernementale de juillet 2020, "1 jeune-1 solution", aux entreprises sur chaque contrat d'apprentissage signé (5 000 € pour un mineur / 8 000 € pour un majeur) a aidé à booster les signatures. Mais la tendance à la hausse est plus ancienne. Elle est constante depuis 2014 (+45,23 % entre 2014 et 2020), les aides gouvernementales, plus modestes, étant déjà en vigueur.

Dossier réalisé par Éric Séveyrat et Séverine Renard.


Sommaire

1- Que pèse l'apprentissage ?

2- En Auvergne-Rhône-Alpes, GRDF prépare l'avenir avec l'alternance

3- A l'IGS Lyon, l'apprentissage ne connait pas la crise

4- Vourles : Procaly, spécialiste du câblage électrique, forme les maîtres d'apprentissage

5- Stéphane Mahaud : "La mécanique de l'apprentissage est enclenchée"


Que pèse l'apprentissage ?

Au 22 janvier 2021, la région Auvergne-Rhône-Alpes, enregistrait 59 749 contrats signés, soient 12,2 % des embauches en France, deuxième région derrière l'Île-de-France (108 000 contrats) et devant l'Occitanie (42 000 contrats).

Les chiffres consolidés du département du Rhône, par métiers, sont attendus à la fin du premier trimestre 2020. Du côté de la chambre de métiers du Rhône, le solde de contrats signés est positif (+ 2 000 en 2020-21 dans les entreprises artisanales du Rhône). Tous secteurs confondus, la CMA du Rhône totalise 15 000 contrats chez ses ressortissants (13 000 en 2019).

Fin 2020, la CMA Rhône comptait plus de 42 000 entreprises artisanales inscrites, dont 8,84 % pour l'alimentation, 22,71 % pour la production, 37,05 % pour le bâtiment et 31,39 % pour les services. "Nous avons toujours plus de candidats que d'offres […] C'est notre rôle de promouvoir l'apprentissage auprès des jeunes comme des entreprises", souligne Géraldine Jacquin, responsable du Centre d'aide à la décision service jeunes/entreprises de la CMA du Rhône.

La SEPR (société enseignement professionnelle du Rhône) propose plus de 60 métiers pour plus de 100 formations à partir du CAP, BP jusqu'au Bac, BTS et licence, et forme 3 400 apprentis sur 4 000 apprenants, dont un lycée pro sous contrat. Les métiers les plus chargés sont le pôle beauté (esthétique, coiffure…), le pôle bâtiment (topographie, électricité…) ; l'automobile, le cycle ; les métiers de bouche (boulangerie, pâtisserie, cuisine…).

© Pxhere.com

La SEPR en première ligne à Lyon

La SEPR se distingue sur le plan national, par son pôle métiers d'art : bijouterie, ébénisterie, et des métiers d'art rares, que sont luthier, tapissier, taxidermiste… "Sur les métiers de la restauration et du service, nous avons fait une bonne rentrée mais nous avons été impactés par la suite […] L'attribution du diplôme va être compliquée. En période de crise, les artisans se sont tournés plus facilement vers un apprenti, pour ne pas risquer d'embaucher en CDI", explique Marie Chausse, directrice pédagogique de la SEPR.

"Pour contrer les effets de la crise, le centre met en place enseignements à distance, contacts téléphoniques quotidiens, renfort de moyens de suivi, écoute psychologique des jeunes… Le décrochage est toujours possible face à un public de 16-25/29 ans, parfois en situation précaire « qui n'a pas toujours un ordinateur à la maison. La pratique en atelier chez nous est toujours possible à 70%, poursuit la directrice.

Des entreprises qui sollicitent parfois beaucoup les jeunes. "Certaines connaissent un surcroît de travail et des salariés absents…", conclut-elle.

Des aides salutaires

Depuis la Loi Avenir de 2018, qui a déconnecté les CFA et la formation en général des conseils régionaux, les entreprises doivent se rapprocher de leur OPCO, ces nouveaux opérateurs de compétences agréés. Ils remplacent les anciens organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) et ont pour missions de financer l'apprentissage en redistribuant la taxe d'apprentissage (avant l'Urssaf en 2022), d'aider les branches à construire les certifications professionnelles et d'accompagner les PME pour définir leurs besoins en formation.

Parallèlement ; un nouvel organisme, France Compétence, a pris la main sur l'apprentissage en France. Désormais, l'ensemble des centres doit passer la certification Qualiopi, elle comporte une mission de suivi des diplômés à 6 mois et à 1 ans.

Les centres de formation doivent prouver que leurs apprentis sont bien embauchés dans le métier, dans le poste, et au niveau de rémunération adéquats, à la sortie du contrat d'alternance. Ces données comptent non seulement dans l'obtention de la certification Qualiopi, mais aussi dans le renouvellement des délivrances de titres et diplômes qui sont accordées par l'Etat aux centres de formation.

Harmonisation : un référentiel unique

Structurellement, l'organisation des financements de l'apprentissage, reprise en main par l'Etat depuis 2018-19, via les nouveaux OPCO, à la suite des Régions, est plutôt bien vécue par les organismes formateurs, qui ne sont plus tributaires des attributions de subventions de tel ou tel conseil régional. Ainsi, par exemple, le CNAM Auvergne-Rhône-Alpes avait perdu, en 2015, une grosse partie de ses financements lors de la dernière alternance politique à la Région.

L'organisme France Compétence a ainsi harmonisé et publié un référentiel unique, avec l'ensemble des niveaux de prise en charge des contrats d'apprentissage. Pour l'heure, les aides à l'embauche sont prorogées jusqu'au 31 mars 2021, l'annonce probable d'une nouvelle prolongation (jusqu'à fin 2021 ?) pour préparer la rentrée 2021-2022 est vivement attendue par les CFA et certaines entreprises.

Alain Audouard : "l'artisanat recrute, et nous incitons nos ressortissants à embaucher des apprentis"

D'ici au 31 mars, seules les grandes entreprises pourront fixer le nombre d'apprentis qu'ils embaucheront et signer des contrats. Pour les ETI, PME, a fortiori les TPE, se serait trop hasardeux, dans la conjoncture sanitaire de ce premier trimestre 2021. L'artisanat, qui connait de nombreux métiers en tension (coiffure, bâtiment, mécanique auto) a besoin de l'apprentissage.

"Pour l'année 2021-2022, il nous faut la prolongation des aides, sinon nous aurons une cassure, en mars-avril. C'est ce que nous avons demandé au ministre Alain Griset, délégué aux Petites et moyennes entreprises, que nous avons rencontré début février. L'artisanat recrute, et nous incitons nos ressortissants à embaucher des apprentis. Généralement, lorsqu'un artisan prend un apprenti, c'est pour le garder. De plus, cela lui permet de trouver de potentiels repreneurs", affirme Alain Audouard, le président de la CMA du Rhône. Dans l'artisanat, plus de la moitié des chefs d'entreprise sont issus de l'apprentissage.

© Studio6

Des données encourageantes

Certes, c'est seulement avec une ou deux années de recul que l'insertion de ces apprentis "Covid" dans l'emploi sera quantifiable et comparable aux autres cursus mais "côté insertion des apprentis, tous les secteurs se sont plutôt bien portés malgré la crise", estime Géraldine Jacquin.

En attendant, une note du 9 février dernier, émanant du ministère de l'Éducation et de la direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES, ministère du Travail), et qui ne prend pas en compte les apprentis embauchés dans le secteur public (5 à 10 % dans les secteurs sanitaire et social, collectivités, communication), indique des taux de réussite antérieur à la crise très intéressants.

"Parmi les apprentis inscrits en dernière année d'un cycle d'études professionnelles en 2018-2019, de niveau CAP à BTS, un sur trois est toujours en formation l'année scolaire suivante. 62 % de ceux qui sont sortis du système scolaire sont en emploi salarié en France six mois après leur sortie. Plus le niveau de formation est élevé, plus les chances de trouver un emploi rapidement sont importantes. L'obtention du diplôme préparé favorise l'insertion professionnelle. Dans toutes les régions, l'insertion est meilleure pour les spécialités relevant de la production que des services".

Des passerelles vers les niveaux supérieurs

Alors que, par ailleurs, "parmi les lycéens du public et du privé sous contrat inscrits en dernière année d'un cycle d'études professionnelles en 2018-2019, de niveau CAP à BTS, un sur deux est toujours en formation l'année suivante. 41 % de ceux qui sont sortis du système scolaire sont en emploi salarié en France six mois après leur sortie. Plus le niveau de formation est élevé, plus les chances de trouver un emploi rapidement sont importantes", relève la note.

L'une des spécificités de l'apprentissage en France, est de posséder des filières complètes, et de proposer des passerelles vers les niveaux supérieurs. Certains apprentis ont eu le bac pro, puis le BTS, le bachelor, et le master, le tout en apprentissage. Ces expériences conviennent mieux à un public qui n'est pas enclin, a priori, à des études longues, et qui se prend au jeu au fil des années, avec un mode d'enseignement en alternance qui leur convient mieux.

Plus la voie secondaire

Dans certaines filières, 20 à 50 % des apprentis poursuivent au niveau supérieur, dans la même ou une autre entreprise. Un autre intérêt de l'apprentissage : les personnes ayant subi un accident de la vie peuvent y avoir accès sans limite d'âge. Elles se dirigent le plus souvent dans les filières de gestion administrative. L'apprentissage est aussi un pourvoyeur très prisé des métiers en tension : commerciaux, gestionnaires de paye, informatique, bâtiment…

L'apprentissage élargi aux 16-29 ans, n'est plus la voie secondaire. En bac +3,4 ou 5, l'apprentissage est extrêmement bien vu. Les entreprises trouvent ce qu'elles cherchent dans leurs recrutements : des soft skills (savoir être en entreprise) et des compétences. Autant d'atouts qui devraient permettre aux apprentis de surfer sur la crise, voire de moins la subir que leurs pairs.

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