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Antoine Quadrini, prés. Ceser : « Les corps intermédiaires sont indispensables à la démocratie »

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Antoine  Quadrini, prés. Ceser : « Les corps intermédiaires sont indispensables  à la démocratie »
Céline Vautey

Porté à la tête du CESER Auvergne-Rhône-Alpes au début de l'année dernière, Antoine Quadrini est le premier président de cette instance à ne pas être issu du collège 1, qui réunit les représentants des organisations patronales. Une véritable révolution, qui n'a pas été facile à faire admettre, mais dont cet ardent défenseur de la cause des corps intermédiaires saisit parfaitement toute la portée, à l'heure où la société est frappée par une grave crise de confiance envers les élites et les élus. Chantre de la défense des territoires, apôtre de la collégialité, toujours en quête du consensus pour faire avancer la cause du collectif, Antoine Quadrini s'applique inlassablement depuis son élection il y a un an, à expliquer le rôle du CESER et à renforcer sa notoriété. Auprès des élus du Conseil régional, tout d'abord, dont il attend une plus grande écoute, mais aussi auprès du grand public, et notamment des jeunes. Une ambition naturelle, pour cet ancien instituteur, convaincu que l'éducation est la meilleure des parades face à la montée des extrémismes.

De l'Éducation nationale au CESER, en passant par les Fédérations des Œuvres Laïques, l'engagement au service d'un projet collectif est en quelque sorte le fil rouge de votre carrière professionnelle. D'où vient cette vocation ?

Je suis fils d'immigré, voire immigré moi-même, puisque je suis né en Italie, même si je n'y ai que très peu vécu, et je considère que mon parcours a été rendu possible par l'école publique. Je me considère vraiment comme un pur produit de l'école publique.

La connaissance des autres, l'ouverture d'esprit, le respect, ce sont des valeurs que j'ai acquises à ce moment-là et cela a marqué ma vie. C'est ancré profondément en moi. Je considère donc qu'on m'a beaucoup donné et j'ai considéré, à un certain moment, que je devais donner à mon tour. A travers des engagements bénévoles, dans un premier temps, en encadrant des jeunes dans diverses activités, puis professionnellement dans l'enseignement et dans les Fédérations des Œuvres Laïques.

Mon implication au CESER constitue le prolongement presque naturel de cet engagement. Je trouve normal d'apporter ma pierre à la reconnaissance de cette société civile que les gouvernants ne sollicitent pas assez et surtout n'écoutent pas assez depuis de longues années. Les personnes qui vivent dans les territoires excentrés de notre région rencontrent des problèmes dont nos élites n'ont même pas conscience. C'est le rôle du CESER, et donc le mien, de faire en sorte qu'ils soient enfin écoutés et surtout entendus.

A travers ces territoires et cette société civile que l'on n'écoute pas assez, n'est-ce pas la place et le rôle des corps intermédiaires qui sont remis en cause ?

J'ai le sentiment, en effet, que notre démocratie souffre de ne pas avoir de relais reconnu à leur réelle valeur entre les gouvernants et les citoyens. C'est en tout cas l'un des problèmes majeurs que rencontre la France depuis de nombreux mois, voire de nombreuses années. C'est le rôle que tenaient hier les corps intermédiaires : syndicats patronaux, syndicats de salariés, réseaux associatifs… et le CESER bien entendu. Prenons garde toutefois de ne pas tomber dans les raccourcis hâtifs et de faire l'économie d'une autocritique salutaire ! Il serait contre-productif de se contenter d'accuser les gouvernements successifs. Peut-être que de notre côté, dans les réseaux associatifs par exemple, nous n'avons pas suffisamment bien fait les choses.

C'est-à-dire ?

Quand des jeunes venus des quartiers se revendiquent soudainement d'une idéologie destructrice, c'est sans doute aussi parce que nous n'avons pas fait tout ce qui était souhaitable pour les en dissuader. Ce qui ne m'empêche pas de penser, cependant, que les gouvernants n'ont pas fait ce qu'il fallait pour faciliter le travail de ces corps intermédiaires. Ainsi, on a cantonné les associations dans leur mission stricto sensu, sans se préoccuper du rôle qu'elles pouvaient également jouer dans le lien social et dans le lien territorial. Les gouvernants ont préféré s'adresser directement aux citoyens et ils constatent aujourd'hui que c'était une erreur. Les corps intermédiaires sont indispensables à la démocratie. D'autant que cette méthode s'apparente à mes yeux à l'illusion de la démocratie directe. D'où ma crainte, d'ailleurs, pour les prochains mois, de voir aboutir un Référendum d'initiative citoyenne qui ne serait qu'une illusion, en donnant la parole aux citoyens sur des questions qu'ils n'auraient pas définies eux-mêmes. Je pense, pour ma part, qu'il est préférable de régénérer la démocratie représentative, de faire en sorte qu'elle soit beaucoup plus percutante. Il faut également que les élus de proximité soient mieux mis en valeur, que l'on redéfinisse le rôle de ceux qui sont indispensables sur les territoires, qu'il s'agisse des maires, des conseillers départementaux et régionaux. Le « dégagisme » qui est à la mode me semble très dangereux pour la démocratie.

Vous êtes le premier président du CESER à ne pas être issu du collège patronal ; qu'est-ce que cela vous inspire ?

En premier lieu je tiens à souligner qu'il s'agit d'une évolution forte, qui n'a pas été simple à faire accepter par tous. Cela faisait 45 ans que le collège 1 présidait le CESER et il a fallu beaucoup de persuasion pour faire admettre à ses représentants qu'un membre issu d'un autre collège pouvait accéder à la présidence. Mais je leur ai clairement indiqué que mon ambition était avant tout de porter la voix de l'ensemble des représentants de notre assemblée et qu'il n'était pas question de remettre en question l'importance de l'économique dans notre travail. Mon discours a fini par porter, puisque j'ai été élu sans concurrence avec l'ensemble des voix de tous les collèges.

Est-ce que cela a été un changement plus facile à faire accepter parce que vous aviez travaillé avec les présidents précédents ?

Oui, sans doute un peu également. J'ai effectivement travaillé avec tous les présidents depuis Gérard Geoffray et j'ai occupé tous les postes : président de commission, deuxième vice-président avec Bruno Lacroix, premier vice-président avec Sybille Desclozeaux. Malgré nos différences, et c'est ce qui fait la richesse du CESER, nous avons toujours réussi à travailler ensemble et surtout à construire ensemble. Je m'inscris dans la continuité de ce que nous avions mis en place au cours des précédentes mandatures, tout en m'efforçant d'impulser davantage d'autres choses. La dimension économique reste très importante, mais je souhaite que nous prenions également en compte la culture et l'éducation. Ce sont deux axes que nous pouvons promouvoir également.

Un an après votre élection avez-vous le sentiment que chacun a trouvé sa place dans le nouveau CESER ?

Oui, sincèrement je le pense. Pour y parvenir, je me suis appuyé sur ma propre pratique dans les Fédérations des Œuvres Laïques, en essayant d'apporter un peu plus de collégialité dans la préparation de l'ensemble de nos décisions. C'était déjà le cas auparavant, puisque j'ai toujours participé à la préparation de ces décisions quand j'étais deuxième et premier vice-président, mais j'ai essayé d'aller encore plus loin dans cette voie. Nous avons également fait évoluer le travail de notre bureau, qui est devenu la véritable instance collégiale de décision. Enfin, j'ai essayé de faire en sorte que nos territoires soient mieux représentés. Pour cela, nous avons fait élire 11 vice-présidents, qui sont tous chargés d'un territoire. Nous avons bien entendu fait le nécessaire pour qu'il y ait une logique géographique dans ces désignations.

Au lendemain de votre élection, vous aviez également insisté sur la notion d'écoute, en expliquant que le CESER devait être plus et mieux écouté, que ses avis devaient être mieux pris en considération…

Tout à fait et cela constitue un de nos grands combats actuellement. En creusant un peu, nous avons constaté que nos interlocuteurs avaient finalement très peu de temps à consacrer à la lecture de nos documents. Nous avons donc fait le choix de réduire nos commentaires, afin que les élus du Conseil régional puissent lire nos avis en 10 minutes. Pour cela, nous avons défini de nouvelles règes en interne. Ensuite nous avons dispensé une formation à nos présidents de commission, qui sont là pour produire nos avis, mais aussi aux salariés du Conseil régional qui sont chargés d'études en interne. Nous sommes maintenant en train de préparer l'étape suivante, celle qui consiste à faire le nécessaire pour que nos préconisations soient facilement compréhensibles et facilement mises en œuvre.

Comment pensez-vous parvenir à vos fins ?

Nous avons notamment décidé de numéroter nos préconisations et nous avons nommé un vice-président en charge du suivi de celles-ci. Nous nous réservons également le droit de demander aux conseillers régionaux pour quelle raison ils ont ignoré telle ou telle préconisation : parce qu'elle était mal rédigée, parce qu'elle ne correspondait pas du tout à ce qu'ils voulaient faire… Enfin, pour être mieux entendus, il faut que nous ayons des contacts encore plus réguliers avec le Conseil régional. Il est clair que, pour le moment, tous les conseillers régionaux ne sont pas forcément sensibilisés à ce que pourrait leur apporter le CESER. Mais peut-être nous écouteraient-ils plus facilement s'ils nous connaissaient mieux. A cet effet, nous avons organisé un congrès l'année dernière, en réunissant les deux assemblées, pour évoquer ce que nous pouvions apporter aux conseillers régionaux et de quelle manière nous pouvions produire nos avis pour être plus intéressants pour eux.

Comptez-vous renouveler cette opération ?

J'ai rencontré Etienne Blanc, le premier vice-président du Conseil régional, il y a quelques semaines, car j'aimerais en effet que nous reproduisions cet événement d'ici la fin de l'année. Nous souffrons sans aucun doute de notre manque de notoriété, y compris dans l'assemblée régionale, même si Laurent Wauquiez est très à l'écoute de notre travail et de nos propositions. Il s'applique d'ailleurs à me faire intervenir lors de chaque assemblée plénière, pour que j'exprime le point de vue du CESER sur tous les sujets qui sont abordés.

Envisagez-vous d'autres initiatives pour lutter contre ce manque de notoriété ?

Nous estimons que notre notoriété passera par notre visibilité. Nous avons donc constitué une équipe restreinte, au sein de laquelle le premier, le deuxième et le troisième vice-président m'accompagnent, pour être présents sur chaque événement susceptible d'intéresser le CESER. Plus nous serons visibles sur le terrain auprès des élus régionaux, plus notre notoriété sera assurée et sans doute mieux nous serons écoutés. Par ailleurs, toujours dans cet optique, nous allons ouvrir dans les prochains mois un site internet indépendant de celui de la Région et nous allons augmenter notre présence sur les réseaux sociaux.

En clair vous voulez passer d'un rôle consultatif à un rôle un peu plus incitatif ?

C'est un peu cela en effet. Pas pour avoir la fierté d'être écoutés, mais parce que la richesse du CESER tient à sa composition et parce qu'il réunit des personnes de toutes les origines socio-professionnelles, mais aussi de tous les territoires. Actuellement, nous travaillons notamment sur le développement du numérique à très haut débit dans les territoires. Nous savons tous pertinemment qu'un territoire tenu à l'écart du développement numérique est condamné à la disparition. Nous planchons également sur un autre sujet très concret et qui est au cœur de cette problématique des territoires en Auvergne-Rhône-Alpes : la mobilité. Voilà un sujet majeur, qui concerne la vie quotidienne des habitants. Sur celui-ci comme sur tous les autres, nous avons décidé de faire de nouvelles propositions dans les prochains mois, notamment en ce qui concerne la liaison entre Lyon et Saint-Etienne.

Quels sont, à vos yeux, les sujets les plus urgents actuellement ?

Il n'y a pratiquement que des urgences. A commencer par la question de l'environnement. Sur ce point, nous travaillons notamment sur la gestion des déchets. Mais nous travaillons aussi sur l'éducation à l'environnement. Le rapport que nous avons produit sur ce sujet a été remarqué par la DREAL, qui compte le mettre en œuvre et qui nous invite à participer à un comité de pilotage pour prolonger ce travail. Nous destinions en effet cette éducation à l'environnement à un public de jeunes, mais la DREAL voudrait aller au-delà de nos préconisations, en étendant ce programme à d'autres couches de la population.

Les jeunes sont au cœur de vos réflexions ?

Les choix que fait et que fera notre société pour préparer l'avenir de sa jeunesse sont essentiels. Nous avons d'ailleurs fait connaître notre désaccord, lorsque le gouvernement a décidé de retirer la compétence de l'apprentissage aux Régions pour la transférer au niveau national et nous encourageons vivement la Région à rester impliquée sur ce dossier. Par ailleurs, nous allons lancer très prochainement le CESER Junior. Il sera mis en place avant l'été 2019 pour être pleinement opérationnel dès la rentrée de septembre prochain.

De quoi s'agit-il exactement ?

Le CESER Junior aura pour ambition de jouer un rôle dans l'éducation civique des jeunes. Nous allons leur expliquer ce que fait le CESER, mais aussi ce que fait la Région, puisque nous travaillons avec elle, et ce que fait le Conseil départemental… C'est un projet que nous allons monter avec le Rectorat. Je suis convaincu que l'éducation et la connaissance du cadre civique dans lequel nous vivons sont les véritables fondements de la démocratie. J'ai gardé en permanence à l'esprit cette idée fondatrice, que la transmission est absolument nécessaire dans l'action du CESER. Nous faisons à la fois de l'éducation civique mais aussi plus simplement de l'éducation autour de l'ensemble des sujets qui sont traités dans la société.

Il y a un an vous aviez indiqué que vous souhaitiez porter des messages en tant que président du CESER ; quels sont-ils ces messages ?

Le premier c'est celui que j'évoquais précédemment, lorsque je parlais des risques de la démocratie directe telle que certains la réclament actuellement. Le second est d'ordre sémantique. Il y a un mot dans la langue française qui est mal compris, ou plutôt mal interprété, alors que nous l'utilisons souvent au CESER : consensus. Quand on évoque cette notion, la plupart des gens l'associent à consensus mou. Cela me semble très regrettable. Dans notre vie quotidienne, y compris familiale, nous sommes en permanence dans le consensus, parce que c'est ainsi que l'on peut avancer en satisfaisant les uns et les autres. Or dans le fonctionnement démocratique de notre pays, cette recherche de consensus n'existe pas. Dans chaque assemblée, on retrouve une majorité et une opposition, qui défendent ou combattent des projets par principe. C'est une erreur. On peut trouver de la nuance dans chaque projet. Le CESER m'a appris cela : on peut être du Medef ou de la CGT et traiter d'un sujet en regardant au-delà de ses propres idées pour faire avancer les choses. Le CESER a ce mérite de faire parler des gens qui ne sont pas sur la même ligne, mais qui s'écoutent et qui construisent ensemble. Et c'est ainsi que nous arrivons à un consensus qui n'a rien de mou.




Jacques DONNAY
Journaliste

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