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Aline Sam-Giao : « Nous fonctionnons comme une PME »

le - - Grand témoin

Aline Sam-Giao : « Nous fonctionnons comme une PME »
© Céline Vautey

À la tête de l'auditorium-Orchestre national de Lyon depuis deux ans, Aline Sam-Giao est une directrice plutôt satisfaite. Précédemment administratrice de l'Orchestre des pays de Savoie, cette ancienne joueuse de hautbois prend très à cœur sa mission de piloter l'une des deux plus prestigieuses formations musicales de l'agglomération. Véritable PME, de 150 permanents, doté d'un budget de 15 M€ en régie directe, l'Auditorium et l'Orchestre national sont pleinement intégrés dans la politique de la Ville de Lyon. Un statut pas toujours très agile.

Quel bilan tirez-vous de ces deux ans ?

Les promesses qui étaient là à mon arrivée sont toujours là, le niveau artistique de l'orchestre, le côté incroyable de certains concerts donnés en salle, les premiers auxquels j'ai assisté, notamment. Non seulement, ça se confirme et même, je dirais que ça s'amplifie. En effet, nous revenons d'une tournée en Allemagne, où nous avons joué pour la première fois dans deux salles vraiment mythiques qui sont la Philharmonie de Berlin et le Gewand Haus de Leipzig, et d'autres salles très importantes comme Munich et l'orchestre est dans une forme incroyable, en sonorité, en musicalité, avec une entente parfaite dans l'orchestre et avec notre directeur musical honoraire Leonard Slatkine. Musicalement, c'était extraordinaire. Ça démontre mon ambition pour cet orchestre, qu'il soit reconnu au niveau international comme l'un des meilleurs orchestres français et qu'il tienne sa place parmi les très grands orchestres internationaux. Voilà pour le bilan artistique. Concernant l'auditorium lui-même, nous continuons à faire en sorte que tout le monde puisse pousser des portes, puisque c'était l'ambition de mon prédécesseur, la mienne et celle de la nouvelle équipe. Imaginer des nouveaux formats, comme les after-works, les concerts expresso. En revanche, le fait que ce soit un bâtiment qui a plus de 40 ans, avec des possibilités mais aussi des difficultés, je le ressens fortement au bout de deux ans. Tout n'est pas possible alors que le champ des possibles est très vaste. C'est un peu frustrant d'avoir beaucoup d'envies, beaucoup de possibilités, un public qui répond présent à chaque nouvelle proposition et d'être un peu limité parce qu'il nous manque une salle intermédiaire de 500 places, parce qu'on aimerait faire davantage d'accueil de grands événements, comme le salon des innovations du Progrès et qu'aujourd'hui nous sommes un peu limité. Limité par notre modèle économique, nos équipes, notre modèle juridique. Alors qu'il y a une grande potentialité avec ce quartier de la Part-Dieu qui se transforme. D'ailleurs nous n'avons par vécu les meilleurs moments de mutation du quartier qui est en pleins travaux, notamment les parkings où nos spectateurs venaient. Pour autant, je continue d'être optimiste et enthousiaste sur la promesse d'avenir au regard des chiffres de cette année, et sur la place de l'auditorium dans ce futur là, un projet prioritaire pour moi. Et maintenant, il va s'agir de contourner les obstacles pour aller plus loin.

Y-a-t-il des projets de réaménagement prévus dans un avenir proche ?

Il y a plus que des projets, puisque quand je suis arrivée, un budget venait d'être débloqué par la Ville de Lyon pour une petite rénovation, et j'ai travaillé ardemment avec la municipalité pour compléter cette somme avec une aide du ministère de la Culture que nous avons obtenue. Soit 2 M€ qui ont été ou vont être investis entre 2017 et 2020 pour une rénovation qui touche la remise au propre des circulations et des bureaux et la création d'une nouvelle salle pédagogique. L'un des grands événements de notre rentrée, parmi d'autre, à côté de notre tournée en Allemagne est l'ouverture de notre atelier sonore qui sera inauguré prochainement. Il est accessible pour des enfants dès 3 mois, nous sommes donc sur une nouvelle offre qui est originale et complémentaire à celle des conservatoires. Mais pas seulement, il y a aussi les travailleurs de la Part-Dieu, des salariés qui peuvent venir entre midi et deux heures sur le principe du team building, c'est-à-dire l'idée de s'approprier la pratique musicale pour être plus à l'aise dans sa pratique professionnelle. Ce sont quatre sessions, une approche par la pratique en faisant le lien avec certains concerts programmés dans la saison, pour plusieurs tranches d'âge.

Comment fonctionne une maison comme l'Auditorium ?

C'est une PME, qui compte 150 permanents, en ajoutant les agents d'accueil et les intermittents, nous arrivons à environ 200 personnes avec 15 M€ de budget en régie directe, un statut pas très agile. La régie directe, ça veut dire que nous sommes un service de la ville de Lyon. Nous ne sommes pas une association Loi 1901 comme l'Opéra ni une structure privée ni une régie personnalisée autonome, nous sommes comme les espaces verts. Cela implique que le centre décisionnaire se situe au niveau de la tête de la collectivité et ça implique de rentrer dans une culture ville de Lyon. Ce qui a des avantages et des inconvénients : nous sommes pleinement intégrés à la politique de la ville, comme lorsque nous sommes partis en Allemagne, nous sommes intégrés à la réflexion sur le jumelage, l'économie... L'inconvénient, c'est son manque d'agilité, le fait que les décisions sont plus lentes à monter puis redescendre. Dans le quotidien, c'est comme une entreprise.

Comment s'articule votre budget ? Pensez-vous que le mécénat est nécessaire ?

Dans ce budget, nous avons 70 % de subventions publiques et 30 % de recettes propres, essentiellement par la billetterie. La part de mécénat est très faible aujourd'hui mais nous nous structurons pour la développer dans les années qui viennent. Le mécénat me semble indispensable pour monter certains projets parce que les financements publics stagnent depuis des années et que si nous voulons nous développer, nous devons trouver de l'argent ailleurs. Le mécénat est indispensable aussi dans notre politique générale parce qu'il permet de faire découvrir la musique à d'autres publics qui pourront revenir d'eux-mêmes à d'autres occasions. Le mécénat permet une réelle implantation dans la société. Je ne vends pas l'Auditorium, je défends la musique, la musique classique. Si tout le monde y a accès, le monde s'en portera mieux... et les gens seront plus heureux.

Quel rôle ce genre de structure doit jouer dans la cité ?

Un rôle très important. La cité je la prends au sens large, en fait pour moi, la cité c'est la citoyenneté. Nous défendons l'art, ce n'est pas seulement pour l'art mais pour le transmettre. Et l'art pour moi sert à révéler notre part d'humanité. Soit parce qu'il fait débat, soit parce qu'il vient toucher quelque chose très intime. Il ouvre un espace de liberté, parce qu'avec l'art tout est possible, il n'y a pas de limite. Quand nous avons, chacun, cette capacité de penser le possible, nous sommes un citoyen qui agit autrement, qui pense autrement.

Que pensez-vous de la nomination du nouveau directeur musical de l'ONL, Nikolaj Szeps-Znaider ?

Je suis ravie de ce choix car il correspond à presque tous les critères que nous nous étions fixés avec la ville et les musiciens, au premier rang desquels l'incroyable musicalité de ce chef et son talent qui va pouvoir s'épanouir avec un orchestre à lui. Sa personnalité ouverte, moderne et charismatique nous promet un lien toujours étroit avec le public, celui d'aujourd'hui comme celui de demain, et un travail étroit ensemble.

Quels sont les principaux atouts d'un orchestre comme l'Orchestre national de Lyon ?

Il a pour lui d'être un orchestre symphonique à 104 musiciens, il peut donc vraiment remplir sa mission généraliste. Il peut balayer un pan extrêmement large de l'histoire de la musique et proposer des concerts qui vont de Bach au XXIe siècle en passant par les grands romantiques. Un autre atout de cet orchestre est qu'il possède sa propre salle et c'est extrêmement rare en France. Ce qui fait que nous concevons la programmation en fonction de l'Orchestre qui est prioritaire. Il a donc toute latitude pour répéter dans de bonnes conditions sur le plateau, pour programmer des œuvres qui nous semblent importantes à programmer avec l'Orchestre. Il a également des atouts artistiques importants. C'est un orchestre qui travaille depuis son origine sur la musique française qui n'est vraiment pas une musique facile, notamment la musique du début du XXe siècle, Ravel, Debussy, etc... Celle du XIXe siècle, comme Berlioz. Il est aussi composé de musiciens de très grand talent. Les concours de recrutement se déroulent au niveau international, il y a beaucoup de nationalités dans l'orchestre, les concours sont très sélectifs, officialisé au bout d'un an d'une .période d'essai. Nous avons donc des individualités qui sont de remarquables musiciens et nous y faisons attention, une attention constante pour maintenir ce niveau-là.

Quelles particularités possède-t-il par rapport à l'orchestre de l'Opéra national de Lyon ?

Il n'est pas attaché à une maison d'Opéra. Il fait du répertoire symphonique, il est plus important donc il peut aller plus loin dans le répertoire. Il a également une activité hors les murs assez dense. Évidemment ce ne sont pas les mêmes directeurs musicaux, ce sont des personnalités différentes qui ont une ligne artistique différente. Et puis ils n'ont pas tout à fait les mêmes missions. L'orchestre national de Lyon n'a pas vocation à faire du lyrique, on en fait d temps en temps et nous choisirons plutôt des ouvrages que l'Opéra ne réalise pas, soit qui sont davantage adaptés à l'Auditorium. Nous sommes en totale complémentarité. La preuve de cette complémentarité est que les deux maisons sont pleines ; nous faisons également des choses ensemble, nous faisons notamment souvent appel aux choeurs de l'Opéra de Lyon pour des concerts choraux. Et depuis quelques années nous accueillons une production non mise en scène de l'Opéra avec choeurs et orchestre de l'Opéra à l'Auditorium, pour Nabucco pour cette année. (Le point en commun qu'ont ces deux formations est leur qualité).

Quelle est la politique de programmation ?

Nous avons 170 concerts par an, donc il y a plusieurs lignes de forces, mais celle qui transcende le tout, c'est que le spectateur qui vient à l'Auditorium, quoi qu'il y trouve, est sûr d'avoir un label qualité indiscutable. C'est la promesse que nous faisons à nos spectateurs. Ensuite, concernant l'orchestre national de Lyon, la programmation symphonique constitue la majorité de notre programmation et nous essayons d'installer un subtil équilibre entre les œuvres de découverte et les grandes œuvres du répertoire que tout le monde attend. Pour que le public puisse se faire plaisir en venant écouter des œuvres qu'il écoute à la maison mais aussi pour qu'il découvre des pièces de la création contemporaine, de jeunes solistes que personne ne connaît en France, ou des œuvres du répertoire moins souvent jouées, comme celles de compositrices telles Louise Farrenc ou Camille Pépin. Enfin l'objectif est d'ouvrir le spectre le plus largement possible du champ musical pour pouvoir toucher des spectateurs à différents endroits. Ce champ-là, esthétiquement, va des musiques actuelles, sur lesquelles nous avons beaucoup investi cette année avec un programmateur dédié jusqu'à la musique baroque ou la musique contemporaine, en partenariat avec le Grame en passant par le jazz, les ciné-concerts, des formes spécialement dédiées au jeune public ou des formes un peu scéniques comme notre concert d'ouverture de saison [Ndlr avec Saburo Teshigawara et dans le cadre de la Biennale de la danse]. On réfléchit même à faire revenir les musiques du monde, puisque dans le passé elles ont été présentes. Nous cherchons également à varier les formats qui ouvrent la porte à des publics divers pour que petit à petit ils viennent découvrir cette musique symphonique, classique ou contemporaine que nous aimons tant.

Si vous étiez une œuvre musicale, quelle serait elle ?

Ma mère l'oye de Maurice Ravel.




Gallia VALETTE-PILENKO
Journaliste

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