AccueilActualitéGrand témoinAlexandre Fourtoy, président d'1Kubator: "L'effet crise a provoqué une volonté forte d'entreprendre"

Alexandre Fourtoy, président d'1Kubator: "L'effet crise a provoqué une volonté forte d'entreprendre"

Alexandre Fourtoy, président d'1Kubator:

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Sur quel modèle différenciant avez-vous bâti 1Kubator ?

"Le cœur de notre modèle réside dans le fait que nous investissons dans les projets. 90 % d'entre eux ne sont pas créés lorsqu'ils arrivent chez nous. Nous sommes ainsi co-fondateurs du projet avec les entrepreneurs dans 90 % des cas. En montrant notre engagement par de l'investissement financier, nous nous engageons aussi dans la réussite de leurs projets.

De leur côté, c'est un lien fort qui les engage à travailler du mieux possible. 1Kubator ne forme pas, n'éduque pas, ne conseille pas : il sert à travailler main dans la main avec l'entrepreneur. Autre différence : le programme, très dense avec 90 ateliers, des mises en pratiques individuelles, des points hebdomadaires avec les start-ups managers, plusieurs étapes d'échéances, des solutions de production et de prototypage…

Nous fournissons aussi de l'accompagnement à la structuration de l'équipe, à la levée de fonds, sur le volet humain (qu'est qu'un fondateur, un associé …). C'est un travail lourd, mais les entreprises sont reconnaissantes : on ne le chouchoute pas, on les challenge. Nous sommes dans la volonté de travailler en commun."

"Nous avons su construire des écosystèmes extrêmement vertueux"

Pourquoi se démarquer ainsi ?

"Après ma carrière dans les médias et la communication, notamment à l'UEFA (l'Union des associations européennes de football, Ndlr), j'ai voulu me lancer dans un projet entrepreneurial. J'ai eu l'idée d'1Kubator suite à de nombreuses sollicitations pour aider des jeunes porteurs de projets.

À l'époque, l'accompagnement des start-ups était essentiellement porté par des structures pédagogiques et les pouvoirs publics... cela manquait de pragmatisme.

En considérant que l'on ne pouvait pas aider les gens à créer leur entreprise s'ils n'avaient pas encore pensé à un business modèle qui fonctionne déjà pour eux-mêmes, qu'une start-up devait se gérer comme une entreprise classique et que les régions constituaient un terrain fertile d'innovation et de créativité en créant une dynamique vertueuse entre les acteurs locaux, je me suis lancé."

© Marine-Agathe Gonard / "J'ai eu l'idée d'1Kubator suite à de nombreuses sollicitations pour aider des jeunes porteurs de projets."

Pourtant, le Graal parisien existe encore puisque la capitale concentre la majeure partie des levées de fonds conséquentes ?

"Aujourd'hui, non. Nous avons su construire des écosystèmes extrêmement vertueux qui permettent de réussir depuis les régions vers la France ou le monde. Ce que veulent les start-ups, c'est réussir. Et il vaut mieux réussir à Lyon, Bordeaux ou Rennes que d'aller échouer seul à Paris. Je crois même au phénomène inverse.

Nous ouvrons ainsi un concept à Paris (en mars prochain, Ndlr) où chaque porteur de projets choisit une de nos villes en région où créer sa start-up. Nous comptons sur le dynamisme du tissu économique local pour valoriser une innovation et qui ne se trouve pas forcément sur Paris."

Développer et investir

Depuis votre lancement, vous vous êtes déployé dans six villes en France, quatre autres sont en gestation, et quatre villes en Afrique et en Chine… à quoi va, justement, servir votre dernière levée de fonds ?

"Toutes nos levées correspondent à un besoin de financement des start-ups, d'abord par le biais d'ouvertures de bureaux et par la mise en place d'un système de franchise qui permet à des incubateurs ou à des centres de coworking indépendants et où nous ne sommes pas installés, de rejoindre notre réseau.

Nous avons aujourd'hui 150 start-ups en portefeuille et comptons doubler notre contingent sur la seule année 2021.Globalement, 2020 reste une belle année pour les levées de fonds dans le domaine de l'innovation, sans pour autant être exceptionnelle. Un contexte favorable aux start-ups qui digitalisent les métiers et qui provoquent la transformation numérique de l'économie. En cela, elles sont les premiers réacteurs de l'innovation et de la transformation digitale."


Ses dates clés

2021 Levée de fonds de 6 M€

2015 Création d'1Kubator

2012 Fonde et préside Hoople

2001 CEO de l'UEFA


Les porteurs de projets sont-ils plus aguerris qu'avant ?

"On entre sur une phase de maturité de notre activité. J'ai toujours pensé que nous étions positionnés sur un secteur artisanal qui allait se professionnaliser et s'industrialiser. Notre taux de sélectivité est élevé, donc la qualité des projets progresse. Nous recrutons tous les trimestres.

La campagne « hiver 2021 » a été la plus forte en matière de candidature de l'histoire d'1Kubator. D'abord par notre dynamique de croissance et notre notoriété grandissante mais aussi par un effet « crise » qui a provoqué une volonté forte d'entreprendre."

Reste-t-il malgré tout encore des écueils dans les projets que vous recevez ?

"Encore trop souvent, les porteurs de projets n'ont pas testé leur idée en validant préalablement ce qui existait déjà. Beaucoup de projets se considèrent ainsi innovants alors qu'ils ne le sont pas. Le deuxième écueil réside dans une mauvaise préparation. Pour se lancer dans l'entrepreneuriat, il faut avoir une vision réaliste et pragmatique du temps que ça prendra.

C'est pour ça que nos incubations durent une année. Le degré d'innovation devient aussi plus élevé, plus disruptif, plus scientifique, plus technologique : les porteurs de projets oublient encore trop souvent ces réalités."

Le développement chinois d'1Kubator est-il corrélé au tropisme asiatique fort de l'innovation ?

"Nous sommes présents en Chine mais également en Afrique, à Dakar (Sénégal) à Bobo-Dioulasso et Ouagadougou (Burkina Faso) par le biais d'un système de franchises. L'international a été surtout l'affaire de rencontres. Nous avons pénétré la Chine dans un mode exploratoire via un partenaire local, sur un marché où, certes, l'innovation est massive, mais aussi où tout est très différent.

Nous créons un programme de soutien aux start-ups françaises qui veulent sourcer localement du matériel. Nous développons par ailleurs un programme d'accueil d'entreprises françaises à l'étranger de manière à démythifier ce que peut-être le marché chinois.

C'est un modèle différent de ce que nous développons en Afrique, où nos partenaires appliquent le modèle d'1Kubator en France. Une fois que nous aurons stabilisé notre modèle de croissance en Europe, nous serons prêts pour une expansion, et la Chine en cela, sera une destination incontournable à ce dessein."

© Marine-Agathe Gonard / "Une fois que nous aurons stabilisé notre modèle de croissance en Europe, nous serons prêts pour une expansion."

Nourrissez-vous par-là des rêves de licorne ?

"Notre business model ne repose pas sur les licornes. Mais si on en possède une, nous ne nous plaindrons pas. Notre pied en Chine favorisera ces rêves pour les meilleures start-ups qui auront accès à un marché sans commune mesure avec ce que nous pouvons proposer en France."

Dans ce contexte, quelle est la pertinence du financement public-privé de la Tech en France ?

"Elle est réelle et indispensable. La dynamique du financement en France ne pourrait être celle d'aujourd'hui sans l'intervention publique. Je rappelle, à ce titre, que le premier actionnaire d'1Kubator est Bpifrance. C'est un outil fantastique et efficace qui symbolise cette puissance publique-privée. Ensuite, le tissu de la recherche en France est majoritairement porté par le secteur public.

Nous sommes par exemple co-fondateur avec Pulsalys (Satt, structure publique) du consortium French Tech pour les Deep Tech. C'est un atout français bien trop sous-exploité. Seul, le privé ne pourrait supporter l'innovation en France."

Entre nous...

© Marine-Agathe Gonard

Son rituel du matin... Prendre un café : un moment de calme entre moi et ma tasse.

Son style de management... Participatif, de confiance où toutes les équipes sont impliquées et qui vise à responsabiliser.

Ses inspirations... Je n'ai pas de modèles : ce n'est pas de l'arrogance, j'ai tendance à préférer admirer une action, un résultat, un mode de pensée.

Son lieu ressource... La montagne pour respirer, notamment le Beaufortain.

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