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Alain Galliano, VRP de la métropole de Lyon

Alain Galliano, VRP de la métropole de Lyon
Photo : Céline VAUTEY

ActualitéGrand témoin Publié le ,

Vous avez derrière vous une longue et riche carrière, en poste à l’étranger et depuis la France. Comment la caractériseriez-vous ?

Dans mon parcours, tout est en double. J’ai fait des études en France (EM Lyon) et au USA (MBA à New York), mené ma carrière en France et à l’étranger, avec l’international comme fil conducteur. A la sortie de l’ENA, mon choix s’est porté sur la diplomatie du Trésor, pour aider les entreprises à exporter, à réussir à l’international. J’ai été en poste six ans à New-York, trois ans en Malaisie puis en Californie, avant de prendre la direction du Comité des foires et salons pour la France.

Puis ma vie a basculé avec l’élection à la mairie de Craponne et un recentrage de ma carrière en France, comme directeur régional du commerce extérieur pour PACA Corse, Rhône-Alpes, Bourgogne. Et le poste de directeur général de la Maison de la France, patron mondial du tourisme !

J’entame ensuite ma troisième vie, avec la volonté de rétrocéder aux jeunes ce que j’ai appris, via des conférence sur la géostratégie (comment travailler avec la Chine, les USA…) dans les universités et les grandes écoles. Avant que le président de la Métropole de Lyon Gérard Collomb ne me propose de prendre en charge l’international. Je fais pour la Métropole ce que j’ai fait pour la France, avec le rayonnement international et l’attractivité, que ce soit au niveau des entreprises (Aderly), du tourisme et des congrès (marque Only Lyon).

Qu’est ce qui est le plus dur : « vendre » la France ou la métropole lyonnaise à l’étranger ?

La vente, c’est bien, mais l’important c’est le produit. J’ai eu la chance d’être numéro 1 mondial, patron de la Maison de la France. Je retrouve la même chose à la Métropole, avec une concurrence très vive mais un très bon produit. Il a y une douzaine d’années, Lyon n’était pas dans les écrans radars. Aujourd’hui, la métropole est 10e en Europe et 20e dans le monde en termes d’attractivité. Lyon est très très vendeur.

Autrefois, les relations internationales s’établissaient entre Etats, puis au niveau des régions. Aujourd’hui, de plus en plus, c’est l’Europe des métropoles qui se dessine. Au niveau mondial, il y en a 500 de plus d’1 M€, 300 représentent plus de 50 % du PIB mondial. Dans 20 ans, 75 % de la population habiteront dans des métropoles.

« Nous avons la même attractivité que Paris, mais à une échelle humaine »

La dimension internationale de Lyon a longtemps été un vœu pieu, une incantation des responsables politiques. Aujourd’hui, les faits, statistiques et classements sont là : Lyon est une ville internationale. Quel a été le ou les tournant(s) ?

Il faut rendre à César… Les choses ont été préparées : Michel Noir a embelli Lyon, notamment avec le plan Lumière. Avec Raymond Barre, c’est l’ouverture internationale, pour ne citer que la tenue du G7. Gérard Collomb, au lieu de pratiquer des ruptures avec la politique de ses prédécesseurs, a capitalisé sur tout ça, en ayant une vision pour Lyon .

Dans la concurrence internationale, quels sont les points forts de la Métropole de Lyon ?

Derrière la marque Only Lyon, nous avons 25 partenaires privés et publics. Et une promotion qui s’appuie les volets académique (universités et grandes écoles), culturel et économique. Lyon ayant par ailleurs 23 000 ambassadeurs dans le monde entier. C’est la force des réseaux ! Nous avons tous les atouts pour attirer les entreprises : un vivier intellectuel (145 000 étudiants dont 10 % d’étrangers, 13 300 chercheurs), une qualité de vie : sports, gastronomie, culture, patrimoine… Inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco, Lyon est la 2e ville Renaissance, après Venise ! Et ses aménagements ont permis aux Lyonnais eux-mêmes de redécouvrir leur ville.

Nous avons la même attractivité que Paris mais à une échelle humaine, et un coût de la vie deux fois moindre.

A contrario, quelles sont ses faiblesses, les secteurs à renforcer en priorité ?

Les liaisons directes depuis l’aéroport Lyon-Saint Exupéry, pas suffisamment nombreuses par rapport à d’autres capitales, même si nous en avons déjà 112. Manquent notamment la Chine et les USA. On voit qu’uneligne directe est un vecteur d’attractivité, à l’image de Dubaï : 5 liaisons par semaine et le souhait des utilisateurs d’en avoir 7.Dubaï qui constitue un hub pour l’Australie (trafic en hausse de 35 %) et la Chine (+ 15 %). Citons également deux nouveautés : Moscou et Montréal. En trois mois, le nombre de visiteurs montréalais a été multiplié par deux, et les Canadiens font aujourd’hui partie du « top 5 » des nationalités des touristes à Lyon.

Deuxième point faible : la circulation. Sinon, pour le reste, nous avons selon moi tous les ingrédients qui font de notre ville la première destination européenne pour les courts séjours.

Canada et Union Européenne viennent de signer l’accord de libre-échange Ceta… quatre mois après que le Royaume-Uni ait choisi la voie du Brexit. Quelles peuvent être les conséquences, au niveau régional et métropolitain ?

Avec l’accord Ceta, 99 % des droits de douane vont être supprimés entre le Canada et l’UE. En plus des touristes, on peut s’attendre à un courant d’affaires plus important.

Concernant le Brexit, j’y vois un intérêt. La Grande-Bretagne était considérée par certains pays comme une tête de pont de l’Union Européenne. A nous de faire en sorte que sa sortie de l’Union soit une opportunité pour Lyon.

Le déficit du commerce extérieur de la France (- 4,3 Md€ en août 2016) est un mal récurrent. Comment l’analysez-vous ?

C’est la même rengaine depuis 40 ans. Nous avons moins de points forts que nos concurrents, pour ne citer que la mécanique et la chimie ; c’est là un problème structurel. Et deux fois moins de PME exportatrices qu’en Italie, trois fois moins qu’en Allemagne. Ce sont les 20 plus grands groupes qui concentrent l’exportation. Or ce sont les PME qui créent le plus d’emplois.

Ceci dit, les jeunes voyagent de plus en plus, maitrisent au moins une langue étrangère. A l’image de Lyon, longtemps repliée sur elle-même, et qui s’est ouverte au monde.

« La France est divisée en deux : ceux qui sont crispés sur leurs avantages et ceux qui veulent bouger »

Parmi les candidats déclarés ou potentiels aux élections présidentielles de 2017, en voyez-vous un (ou plusieurs) à même de proposer des solutions pertinentes en la matière ?

C’est le maire qui vous répond. Je pense que le clivage gauche / droite ne devrait plus exister. Aujourd’hui, la France est divisée en deux, entre ceux qui sont crispés sur leurs avantages, contre la mondialisation, et ceux qui veulent bouger. Nous retrouvons droite et gauche dans les deux camps. Ce qui compte, ce ne sont pas les partis mais les hommes et les idées.

Vous êtes maire de Craponne depuis 1989. Comment jugez-vous l’évolution de votre commune en plus d’un quart de siècle ? Et celle de la place de la commune en général dans notre organisation territoriale ?

Je suis arrivé à la mairie de Craponne avec une vision. En 1989, j’ai vu la ville en 2025. Et puis, ce n’est pas l’argent de la politique qui me faisait vivre, ayant par ailleurs un métier de rêve. Première grande vision : la requalification du centre-ville pour laquelle il a fallu 25 ans. Avec l’économie comme point fort et les 4 000 emplois que propose la commune. Sur les cinq dernières années, nous avons eu la plus forte progression démographique de la région. Je reconnais qu’il y a une chose que je n’ai pas vu venir : le vieillissement de la population, les 60-70 ans des communes alentours vendant leur maison pour venir s’installer à Craponne, un pôle important en matière de santé (avec le centre Aqueduc Santé). Les prix de l’immobilier ont donc fortement augmenté, avec 4 200 € le mètre carré pour le neuf. Reste la problématique du transport, de la liaison avec Lyon aux heures de pointe, même si nous avons mis en place une ligne directe avec le Sytral. A l’horizon 2030, je vois un tramway.

Concernant l’évolution de la commune en général, onne va pas pouvoir continuer à avoir autant de communes en France que dans le reste de l’Europe, une aberration. Au Japon, le mot utilisé pour « crise » signifie à la fois le chaos et le rebondissement : la crise financière que nous connaissons a cela de bon qu’elle force à mutualiser, à regrouper les communes (peut-être 15 000 au lieu de 36 000), qui doivent cependant continuer à être le lien direct avec la population.

Ses dates clés

2014

Vice-président de la Métropole de Lyon, relations internationales - attractivité

1996

Directeur général de la Maison de la France (agence touristique du gouvernement, chargée de la promotion de la France à l’étranger, aujourd’hui Atout France)

1993

Directeur régional du commerce extérieur à Lyon (jusqu’en 1996 puis à nouveau en 2009)

1989

Elu maire (DVD) de Craponne (réélu en 1995, 2001, 2008 et 2014)

1980

ENA - promotion « Voltaire »

1968

Diplômé de l’ESC Lyon (aujourd’hui EM Lyon)

1946

Naissance à Lyon

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