AccueilActualitéGrand témoinAlain Denizot, Caisse d'Epargne Rhône-Alpes : "Les banques régionales ont du sens face à la crise"

Alain Denizot, Caisse d'Epargne Rhône-Alpes : "Les banques régionales ont du sens face à la crise"

Alain Denizot, Caisse d'Epargne Rhône-Alpes :

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Comment pourriez-vous définir l'année que nous venons de vivre ?

"Sur les 13 derniers mois, il y a d'abord eu le temps de l'urgence avec la mise en place des PGE, la CERA en a fait 7 000 pour un montant d'un milliard d'euros. Nous avons aussi effectué beaucoup de reports d'échéances de crédit. À partir de septembre, nous avons vécu une période d'incertitude craintive pour des entreprises de toutes tailles et en même temps, nous avons vu des secteurs qui ont mieux fonctionné, comme dans la santé ou le bâtiment par exemple.

Je tiens à souligner toute la clairvoyance de certains chefs d'entreprise de la région qui ont su réagir de manière remarquable quand leur activité était fortement touchée. Ils ont su prendre des mesures très puissantes et très éclairées pour se projeter. Et puis, il y a une nouvelle phase qui s'amorce, plus optimiste, mais qui reste, somme toute, modérée.

Les entreprises qui ont bien travaillé dans les premiers temps de la crise poursuivent dans cette trajectoire, celles qui ont été impactées mais qui avaient suffisamment d'assise financière pour résister se mettent dans une perspective de redémarrage et celles qui ont été très durement touchées peuvent encore bénéficier d'aides et de PGE."

© Marine-Agathe Gonard / Alain Denizot est président du directoire de la Caisse d'Epargne Rhône Alpes depuis 2018.

"En 2020, tout ne s'est pas arrêté"

Comment s'est déroulée l'activité commerciale de la CERA en 2020 ?

"Je constate d'abord que sur cette année, tout ne s'est pas arrêté. Nous avons continué à financer (hors PGE) les entreprises et les particuliers. Nous avons fait une très belle année en crédit immobilier. Nous avons aussi provisionné du risque d'anticipation, deux fois plus que ce que l'on avait eu en risque réel en 2019. Au final, nous obtenons un résultat de 140 Md€ contre 160 Md€ en 2019."

Le lancement d'Hyperia - votre banque privée - et de votre centre d'affaires répondent-ils à une logique de service renforcé aux entreprises ?

"Avec Hyperia, notre objectif est triple par rapport à l'entrepreneur qui est d'abord le responsable économique de l'entreprise qu'il dirige, qui est aussi un patron patrimonial et qui est aussi le membre d'une famille.

Hyperia travaille sur ces trois dimensions du dirigeant : la partie entrepreneuriale (avec nos centres d'affaires), l'ingénierie patrimoniale pour préparer les étapes de la vie capitalistique de l'entreprise et la gestion des comptes privée d'un entrepreneur. Jusqu'alors, nous ne gérions pas cette troisième activité."

Pourquoi Natixis est-il sorti de la cote au sein du groupe BPCE auquel vous appartenez ?

"Natixis a été introduit en Bourse il y a 15 ans et durant ces années, nous avons connu la crise majeure 2008/2011 et ses effets sur la régulation bancaire. Avant 2008, les résultats attendus des banques d'investissement par le marché étaient trop élevés, avec un risque associé par rapport aux volumes de capitaux qu'elles possédaient.

Le niveau de risque obligé des banques d'investissement, vu les normes des banques centrales, était considérablement réduit. De fait, le niveau de capital à mettre en face d'un résultat a augmenté. Avant 2008 par exemple, une valeur en Bourse où l'on mettait peu de capitaux pour avoir beaucoup de résultat, n'a plus cours aujourd'hui, car il faut mettre beaucoup de capitaux dorénavant. Il y a une logique économique qui s'explique aujourd'hui."


Ses dates clés

2018 Président du directoire de la Caisse d'Epargne Rhône Alpes

2017 Président du directoire de la Caisse d'Epargne Hauts de France.

2003 Directeur général d'Ecureuil Assurance IARD

1990 Rejoint le réseau des Caisse d'Epargne


"On commence à y voir assez clair sur les prêts garantis par l'Etat"

Le coût du risque va-t-il augmenter ? Quid d'une récession annoncée ?

"Nous avons connu une récession en 2020. Sur 2021, alors que l'on peut espérer que la pandémie s'atténue avant l'été et que l'activité économique ne s'est pas arrêtée, on peut s'attendre à une croissance étale, et pas aussi catastrophique que 2020. Il y a un an, nous étions dans un confinement dur et nous avons aujourd'hui une perspective par rapport à la vaccination."

Où en sont les entreprises par rapport aux prêts garantis par l'Etat, ou PGE ?


"On commence à y voir assez clair sur les PGE. Globalement, 90 % de nos clients mettent leur PGE en amortissement. Sachant que la décision a été prise de ne commencer à pouvoir amortir le capital qu'un an après. Ces processus sont mis en place au sein de la CERA et ils se déroulent bien. Nous les accompagnons en ce sens. Nous ne voulons pas qu'un client reste sans réponse."

© Marine-Agathe Gonard / "Cette crise, c'est aussi une chaîne de responsabilités des acteurs économiques. Et je trouve qu'elles ont été plutôt bien exercées."

"Des entreprises remarquables dans leur capacité à rester dynamiques"

Quel est l'état de résilience des entreprises après un an ?

"Je ne sais pas si elles sont résilientes car ce terme implique, à mon sens, une petite connotation d'immobilisme. Je les trouve plutôt remarquables dans leur capacité à rester dynamiques surtout quand leurs activités s'arrêtent. Cette crise, c'est aussi une chaîne de responsabilités des acteurs économiques. Et je trouve qu'elles ont été plutôt bien exercées.

Le PGE sert à passer d'une rive à l'autre du précipice même si celui-ci s'est un peu étendu au fil du temps. Au-delà des PGE, une solidarité s'est inscrite entre les entreprises dans une filière. Je pense à l'immobilier de tourisme par exemple où les négociations ont bien fonctionné entre exploitants et les propriétaires des murs.

Nous entrons par ailleurs dans une phase où nous allons réfléchir aux prêts participatifs de soutien à l'économie, qui vont apporter des fonds propres aux entreprises et dans lesquels d'autres acteurs économiques vont intervenir. Les banques vont instruire ces prêts, mais des investisseurs institutionnels vont entrer dans le dispositif comme les assureurs, assureurs-vie et les fonds de retraite.

On retrouve, en cette sortie de gestion de crise, ce que l'ensemble des pouvoirs publics pense depuis plusieurs années : faire intervenir indirectement l'épargne des Français dans les entreprises."

Quels sont les enjeux RH pour le secteur bancaire aujourd'hui ?

"Le fait d'avoir des métiers très qualifiés dans une banque crée des filières d'aspiration. Nous avons encore un défi de compréhension de ces enjeux auprès de nos équipes. À la CERA, des trajectoires de carrières existent et il faut le faire encore plus savoir en interne.

Nous avons recruté plus de 300 personnes en 2019, principalement des commerciaux. Il est donc nécessaire de valoriser en interne ces moteurs d'évolution professionnelle. Nous réfléchissons d'ailleurs à cette dimension RH dans notre futur plan stratégique 2022-2024. C'est un vrai sujet de valorisation des parcours."

Entre nous...

© Marine-Agathe Gonard

Son style de management... Participatif et exigeant, avec de la bienveillance auprès de mes équipes.

Ses lectures... La trilogie Berlinoise, de Philip Kerr

Ses inspirations Simone Veil, pour tous ses combats contre les discriminations faites aux femmes, dont l'accès au droit de vote et l'autorisation d'ouvrir un compte bancaire sans son mari.

Son lieu inspirant La montagne. Paradoxalement, elle arrête le regard mais ouvre vers des espaces infinis.

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