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Pascale Jouvanceau (U2P Auvergne-Rhône-Alpes) : « Nous revendiquons une place pleine et entière "

Publié le - - Grand témoin

Pascale Jouvanceau (U2P Auvergne-Rhône-Alpes) : « Nous revendiquons une place pleine et entière "
U2P Auvergne-Rhône-Alpes

Native d'Oullins et cogérante d'un salon de coiffure dans le 6e arrondissement de Lyon, Pascale Jouvanceau est, depuis 2016, présidente de l'Union des entreprises de proximité (U2P, issue de la fusion entre l'UPA et l'UNAPL) Auvergne-Rhône-Alpes. Plus que jamais après la crise du Covid-19, elle revendique des actions visant à placer les TPE-PME au centre de la scène économique et sociale.

Vous avez été élue à l'U2P Auvergne-Rhône-Alpes en 2016. Présentez-nous votre parcours...

Après avoir passé un CAP coiffure en 1976 puis un brevet professionnel en 1978, je me suis installée à mon compte en1986. Depuis 2005, je suis cogérante d'un salon de coiffure cours Vitton, à Lyon, avec un de mes fils.

Après avoir adhéré au syndicat de la coiffure, l'Udec [Union départementale des entreprises de coiffure, Ndlr], je m'y suis investie, considérant toute l'importance de défendre ma profession et de permettre aux chefs d'entreprise de rompre leur isolement. J'ai ensuite pris des responsabilités : je suis présidente de l'Udec 69 depuis 2014 et présidente de l'U2P Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2016 pour un mandat de quatre ans.

Pourriez-vous nous présenter l'U2P Auvergne-Rhône-Alpes ?

LU2P Auvergne-Rhône-Alpes est l'organisation patronale qui représente les artisans, commerçants et professionnels libéraux. Elle a quatre adhérents : la Capeb pour l'artisanat du bâtiment, la CGAD pour l'artisanat des métiers de bouche et l'hôtellerie-restauration, la Cnams pour l'artisanat des services et de la fabrication et l'UNAPL pour l'ensemble des professions libérales (santé, juridique...). Elle a également un membre associé, la CNATP, pour l'artisanat des travaux publics et du paysage. Les entreprises n'adhèrent pas directement à lU2P, elles adhèrent à leur organisation professionnelle de métier.

LU2P Aura représente les deux tiers des entreprises de la région. Son cœur de cible, ce sont les entreprises de moins de onze salariés et des entreprises sans salarié. Son rôle est de les défendre, de les promouvoir et de les représenter, aussi bien auprès des élus politiques que des pouvoirs publics régionaux, dans les relations avec les syndicats de salariés et avec les acteurs économiques régionaux.

Les entreprises de l'artisanat, du commerce de proximité et des professions libérales figurent parmi les plus touchées par la crise du Covid-19. Comment les adhérents de l'U2P ont-ils vécu la crise et quel est leur état d'esprit aujourd'hui, plusieurs semaines après le déconfinement et la reprise d'activité ?

La situation pendant et après le confinement est contrastée et hétérogène en fonction des métiers et des territoires. Néanmoins, les artisans, commerçants et professionnels libéraux ont vécu un tsunami avec les fermetures administratives et la disparition de leur clientèle. C'est bien souvent le travail personnel de toute une vie qui est menacé, alors même qu'ils n'en sont pas responsables. Ils ont aussi très mal vécu les injonctions contradictoires, entre la reprise de l'activité et l'application des mesures sanitaires. Il en est de même avec la complexité et la lourdeur des mesures barrières à mettre en place, qui peuvent menacer la rentabilité et la survie des entreprises. Certains ont pu et su s'adapter, d'autres ont vu leur « bébé » s'effondrer. Il y a eu de la détresse et un effet de sidération.

Actuellement, nous sommes dans une phase d'attente avec des métiers qui ont repris une bonne activité mais qui est retombée rapidement, comme la coiffure et l'esthétique. L'hôtellerie-restauration est en situation extrêmement difficile, tout comme les taxis. La boucherie a gagné du chiffre d'affaires. Les professionnels libéraux reprennent une activité, bien souvent ralentie cependant par les mesures de prévention... Quant aux artisans du bâtiment, ils ont plus « d'optimisme ».

« Le pouvoir appartient au consommateur, il nous appartient de le lui rappeler et de faire en sorte qu'il continue d'utiliser les produits et services de nos entreprises de proximité »

Comment l'U2P a-t-elle soutenu ses adhérents tout au long de la crise ?

L'U2P, à tous les niveaux territoriaux, a eu un rôle de recueil et d'analyse des informations venant des entreprises et de ses organisations pour ensuite faire des propositions de mesures et d'adaptation des mesures. Ses interlocuteurs sont les élus politiques et les pouvoirs publics : gouvernement, conseils régionaux, collectivités territoriales, préfectures, direction du travail... L'U2P s'est battue pour la mise en œuvre de mesures adaptées à nos entreprises et pour qu'il n'y ait pas d'oubliés. Par exemple, c'est l'U2P qui a demandé et obtenu la mise en place du Fonds de solidarité pour les indépendants.

L'U2P a défendu plus particulièrement les métiers selon leurs spécificités : les taxis, les fleuristes, le bâtiment, les artisans des marchés, les métiers de bouche, les libéraux de la santé et du droit, les pharmaciens...

La lutte continue puisque le 20 mai dernier, l'U2P a mis en place deux dispositifs : un site pour s'approvisionner en équipements de protection et une cellule d'accompagnement psychologique. Racontez-nous...

LU2P devait répondre aux deux demandes principales venant de ses organisations et des chefs d'entreprise. Ces demandes correspondaient aux deux sujets principaux : celui du manque d'équipements de protection et celui de la solitude du chef d'entreprise, encore plus dure à supporter en cette période de crise.

Il fallait mettre en place des dispositifs simples, rapides et efficaces, correspondant à la taille et à la spécificité des TPE artisanales et des professions libérales et dans lesquels les chefs d'entreprise auraient confiance, aussi bien pour les commandes d'équipement que pour l'accompagnement psychologique. Celui-ci est effectué grâce aux syndicats des psychologues membres de l'UNAPL. C'est la force de l'U2P de pouvoir répondre aux besoins du terrain par l'intermédiaire et la variété de ses organisations.

Vous avez également lancé, tout début juin, la campagne de communication « Jaime mon entreprise de proximité, je la soutiens », visant notamment à encourager les Français à se tourner vers les professionnels locaux...

La crise sanitaire a révélé à tous le caractère indispensable du tissu économique de nos entreprises de proximité : une présence dans toutes les communes, des produits et des services de qualité, disponibles pour tous, des circuits courts, des emplois locaux... Il ne fallait pas que le soufflé retombe avec la reprise. Le pouvoir appartient au consommateur, il nous appartient de le lui rappeler et de faire en sorte qu'il continue d'utiliser les produits et services de nos entreprises de proximité. Et ce pour préserver non seulement des emplois, mais aussi du lien social.

Le 4 juin, le gouvernement a présenté son plan de relance de l'apprentissage, comprenant notamment des primes à l'embauche de 5 000 à 8 000 €, des aides financières élargies, ou encore un délai supplémentaire de six mois pour permettre aux jeunes de trouver une entreprise... L'apprentissage est un thème qui vous tient à cœur : quelles sont vos propositions pour soutenir la filière ?

L'artisanat représente environ la moitié des apprentis de la région, nous sommes donc tout particulièrement concernés par la relance de l'apprentissage. Celle-ci est vitale pour nos entreprises, non seulement pour la transmission des savoirs, mais aussi parce que les apprentis deviennent des salariés, qui ensuite deviennent, pour une partie d'entre eux, des repreneurs ou des créateurs d'entreprise.

Pour aller plus loin dans les mesures, nous proposons notamment, pendant un an, de porter la date de début de formation pratique chez l'employeur à un délai de douze mois suivant l'entrée du jeune en CFA (contre trois mois portés à six mois actuellement) ; dans ce cas, prévoir que la prise en charge par les Opco [opérateurs de compétences, Ndlr] puisse se déclencher dès l'inscription du jeune en CFA, et pas à la signature du contrat d'apprentissage. Nous proposons également d'élargir aux contrats de professionnalisation les dispositions applicables aux contrats d'apprentissage, notamment en matière d'aide aux entreprises, ainsi que la possibilité de commencer un cycle de professionnalisation en centre de formation sans tuteur. Notre troisième point se concentre sur une réévaluation des coûts-contrat pour les CFA, afin de tenir compte du surcoût engendré pour ces derniers par la prise en compte des gestes barrières dans la mise en œuvre des formations (respect des distances physiques, notamment pour les plateaux techniques et les services de restauration ou d'hébergement lorsqu'ils existent, et donc diminution des effectifs potentiels par classe, recours à des parcours mixtes de présentiel et de formation à distance, etc.). Enfin, il s'agit d'organiser une vaste campagne de communication pour la promotion de l'apprentissage.

Vous êtes en communication permanente avec les confédérations. Je pense bien évidemment à la Capeb, mais aussi aux professions libérales, aux professionnels des services... Comment fonctionnez-vous au quotidien ?

L'U2P Auvergne-Rhône-Alpes est la tête politique de nos organisations membres, ce sont elles qui prennent les décisions à l'unanimité, dans un esprit de dialogue et d'équité entre elles, quels que soient leurs domaines d'activité ou leur poids économique. Nous fonctionnons donc avec des échanges permanents, ainsi qu'avec des décisions prises en réunions statutaires. La crise sanitaire a montré que nous sommes capables de nous adapter et de prendre des décisions rapides dans l'intérêt de tous. Chaque organisation traite des sujets des métiers quelle représente, lU2P prend en charge les sujets partagés interprofessionnels et une équipe de collaborateurs est chargée de la mise en œuvre des décisions prises par les organisations membres.

Suite à votre élection, vous annonciez vos différentes priorités d'action, parmi lesquelles la baisse du coût du travail ou encore un recentrage de la politique économique vers les TPE. La crise est depuis passée par là : la feuille de route a-t-elle changé ?

La crise sanitaire na fait que renforcer ces deux priorités de baisse des charges et de recentrage des politiques vers les TPE. J'ajouterai aussi la simplification administrative, avec notamment la réduction de ce que nous appelons « l'impôt papier », c'est à dire le temps passé à faire de la paperasse. Dans ce cadre, nous attendons aussi des réponses plus rapides de l'administration aux questions posées par les chefs d'entreprise.

Il est également primordial que les politiques publiques prennent en compte l'économie de proximité en tant que telle, avec tout son poids économique, social et environnemental, et non pas en tant que sous-filière dont le développement ne dépendrait que de la réindustrialisation. Nous revendiquons une place pleine et entière, au même titre que d'autres secteurs ! La crise sanitaire a renforcé notre place, les leçons tirées ne doivent pas être oubliées !

Ses dates clés

2016

Elue présidente de l'U2P Auvergne-Rhône-Alpes

2014

Elue présidente de l'Udec 69

2005

Devient cogérante d'un salon de coiffure cours Vitton, à Lyon 6e

1986

S'installe à son compte

1978

Titulaire d'un brevet professionnel de coiffure




Charlotte ROBERT
Journaliste

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