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Dominique Perrault : «To-Lyon, une tour qui s'enracine dans les usages de la ville »

le - - Grand témoin

Dominique Perrault : «To-Lyon, une tour qui s'enracine dans les usages de la ville »
© Alexandre Tabaste

Ce ne sera pas la tour la plus haute de Lyon mais elle s'imposera dans la skyline lyonnaise. L'édifice To Lyon (170 mètres), dont la première pierre a été posée le 9 septembre (livraison prévue en 2022) participe, avec ses voisines Incity (202 mètres), Silex 2 (130 mètres) et Oxygène (117 mètres), de la réinvention architecturale de Lyon. Construit par Vinci Immobilier d'Entreprise, ce programme (dont le montant avoisine les 600 M€) tient une place particulière au cœur de la Part Dieu puisqu'il s'érigera à la sortie de la gare SNCF, place Béraudier, et sera donc le tout premier bâtiment visible par ses usagers. Une porte d'entrée sur la ville que son concepteur, l'architecte Dominique Perrault (DPA Architectes) a souhaité massive, dense, mixte et solidement ancrée au centre du pôle d'échanges multimodal en construction. D'allure contemporaine par ses façades vitrées et plissée, la tour To Lyon, créée une certaine profondeur et incarne un vaste phénomène de renouveau des métropoles mondiales. Place à la densification intelligente grâce à des bâtiments ouverts, connectés au terrain et surtout en phase avec les nouveaux usages de la ville.

Comment s'intègre le programme To Lyon dans votre parcours architectural ?

Nous travaillons autour de programmes immobiliers en lien fort avec les transports et la mobilité urbaine. To Lyon en est un exemple en prenant ainsi racine au coeur du nouveau hub de la métropole de Lyon. Ce programme n'est pas isolé des grandes tendances métropolitaines mondiales. A Séoul par exemple nous travaillons sur des projets de grandes tour entre 300 et 500 mètres de hauteur. Notre parti pris est de concevoir des bâtiments qui ont une prise forte au sol et qui s'insèrent dans la vie de la cité, en cohérence avec ses multiples usages. Ainsi, nous n'envisageons plus les programmes immobiliers tertiaires de manière isolés. C'est le cas pour la Piazza Garibaldi à Naples et qui prévoit un urbanisme connecté au réseau de métro. Il en va de même pour le projet de gare du Grand Paris.

Que nous apprend cette tour sur l'évolution de la métropole de Lyon ?

Les métropoles ont d'abord conquis des territoires qui ont permis d'organiser de nouvelles entités urbaines par un mouvement horizontal. Et puis, s'est dessiné un autre mouvement pour limiter le grignotage de l'espace rural. Place alors à un raisonnement de densification, avec l'objectif de rapprocher un maximum d'habitants près de leurs lieux de travail et de loisirs. Aujourd'hui on y a ajouté des éléments de mixité, de profonfeur et d'ouverture pour équilibrer ce phénomène de densification.

Quelles sont les caractéristiques de la tour To Lyon

Outre ses dimensions (Ndlr : 170 mètres de hauteur, 80 000 m2 de surface), je qualifierais cette tour de monolithe, fortement ancré au sol, massif et solide. N'oublions pas que c'est le premier bâtiment que les gens vont découvrir lorsqu'ils vont sortir de la gare. Il s'insérera aussi dans la skyline lyonnaise qui petit à petit se dessine. Il ne s'agit pas de la plus haute tour de Lyon mais elle fait partie du club restreint des « sommets à plus de 4 000 mètres ». Ses dimensions au sol sont plutôt larges ce qui permet d'avoir des plateaux de grandes surfaces. Il s'agit d'un immeuble au contact des commerces environnants, ouvert sur ses quatre côtés et à l'effet centrifuge. Ce n'est pas donc pas une tour avec une seule entrée avec un lobby d'entrée. Bien que d'une forme massive, le To Lyon est compact avec une surface au sol maîtrisée ce qui nous permis de gagner 40 mètres de profondeur sur la place Béraudier.
La façade vitrée a été conçue avec des plis lui conférant cette profondeur recherchée. Ce qui donnera un effet de kaléidoscope lorsque la lumière viendra refléter et de fait se fragmenter sur le bâtiment (Ndlr : certifié NF HQE et BREEAM niveau excellent. A l'étude, une labellisation Well).

Quelles ont été les principales contraintes liées à la conception d'un tel programme ?

Il a fallu embrasser une mécanique de plusieurs projets tant la Part Dieu dans son ensemble est vaste, de surcroît situé en coeur de ville. Nous ne sommes plus dans une approche de zoning mais sur un ensemble organique. Nous avons dû par exemple régler de manière très fine les passages du tram et des vélos sur un espace public ouvert et créer un lien pour dégager le passage sous la gare. Le projet a donné lieu à de nombreuses discussions entre associations locales, aménageurs et donneurs d'ordres, avec de grandes structures comme Vinci, la SNCF ou la métropole de Lyon. C'est un projet qui au final est très contemporain et partagé. C'est quelque chose de nouveau pour nous architectes.

Quel a été justement votre rôle parmi l'ensemble de ces acteurs ?

Notre rôle a évolué car les donneurs ont évolué dans leurs commandes. Il existe aujourd'hui une forme de partage qui n'existait pas dans la première partir du XXe siècle. Jusqu'à 20 ans en arrière, la commande était publique pour ce type de grands projets car liés à de grands programmes urbains issus de vastes politique territoriales d'aménagement. Aujourd'hui, les acteurs privés ont émergé et travaillent de manière très proche avec les institutions. Si la commande publique est éclairée par ces expertises elle aboutira à des projets pertinents. On s'approche alors de ce que l'on nomme la commande internationale dans laquelle les projets d'investisseurs privés sont adoubés par les pouvoirs publics.

Le renouveau de la Part Dieu, se construit non pas d'une feuille blanche mais sur un bâti existant... Quelle est votre analyse ?

Ce quartier qui date des années 70 n'a pas été rasé. Au contraire il sert de patrimoine à la naissance d'un nouveau quartier du XXIe siècle. Nous sommes finalement dans une histoire classique où l'on construit une ville sur la ville. Lyon était déjà moderne mais elle devient contemporaine. A l'image du quartier de la Défense à Paris qui veut casser son modèle reposant aussi sur un système de dalles. Si la Part-Dieu intègre une mixité d'usages, il reste encore à penser son espace public.

Quel est l'avenir des tours de grande hauteur ?

Le seul calendrier de notre cabinet suffit pour vous répondre : Nous allons donc posé le 9 septembre la première pierre du programme To Lyon. 10 jours après nous inaugurerons les tours de la Cour Européenne de Justice au Luxembourg. Fin septembre, nous déposerons une demande de permis de construire pour deux tours de logements à Vienne (Autriche). Les bâtiments de grande hauteur sont développés depuis toujours. Nous travaillons sur des programmes qui forment un ensemble donc non isolées. Une ville se définit et se décrit par sa silhouette. Une tour c'est aujourd'hui l'émergence d'une ville connectée.

Ses dates clés

2019 : Tour To lyon

2015 : Élu à l'Académie des Beaux-Arts

2010 Tour Fukoku, Osaka, Japon

2008 : Hôtel Me Barcelona, Barcelone

1993 : Grand prix national de l'architecture pour l'Hôtel Industriel Jean-Baptiste Berlier et la Bibliothèque François-Mitterrand

©Miguel Fernandez Galiano




Julien THIBERT
Journaliste

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