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« Un potentiel de leaders mondiaux en France ! », Fabrice Plasson, président-fondateur d'Amoeba

Publié le - - Grand témoin

« Un potentiel de leaders mondiaux en France ! », Fabrice Plasson, président-fondateur d'Amoeba
©Céline Vautey

Le président-fondateur de la biotech Amoeba, à Chassieu, a appris « la résilience » tout au long du parcours chaotique et formateur de son entreprise. Depuis cinq ans, il partage cette expérience en accompagnant d'autres chefs d'entreprise car il croit fermement aux talents français et à la réindustrialisation de la France.

Où en est Amoeba aujourd'hui ?

Amoeba a pour objectif de remplacer des produits non soutenables dans le temps pour traiter nos ressource clés que sont l'eau et la nourriture, aujourd'hui traités avec des outils chimiques car il n'existe rien d'autre sur le marché. Nos recherches ont permis d'utiliser une amibe vivante, pour le traitement de l'eau, et la même coupée en morceaux, pour l'agriculture afin de protéger les plantes, la vigne, les pommes de terre et les grandes cultures céréalières et le blé. Ce sont un agent de biocontrôle dans l'agriculture et un biocide biologique pour le traitement de l'eau. En plus, Amoeba présente une particularité très forte : nous avons réussi le pari de l'industrialisation de notre amibe. Or, l'industrialisation, en France, reste un élément très complexe car nous manquons de compétences et de connaissances pour l'industrialisation des nouvelles technologies. Notre site de production à Chassieu, d'une surface de 3 000 m2, comprend 1 500 m2 pour la production d'amibes, capables de traiter l'eau, l'agriculture et nous sommes en train d'élargir nos applications à la santé, pour traiter des plaies. Amoeba devient une véritable plateforme basée sur la connaissance de l'amibe et son industrialisation, en ayant acquis un savoir-faire énorme dans le domaine lors de la mise en place de nos propres process industriels, jusqu'à un produit fini. En produit propre pour le traitement de l'eau. Et en partenariat sur la partie agriculture. Nous poursuivons, en parallèle, le développement de notre connaissance scientifique dans le domaine des amibes.

Vos produits sont-ils sur le marché ?

Non. Nos innovations n'ont pas été soutenues par l'agence réglementaire française l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) qui n'a pas donnée l'autorisation de mise sur le marché et a rendu un avis de « non-approbation » en avril 2018. Pas parce que notre innovation présente un risque mais parce que les questions de l'Anses sont sans fin et que nous sommes trop disruptifs. Les agences réglementaires, notamment en France, interdisent tout. Alors que tout le monde veut sortir des produits chimiques pour traiter nos ressources vitales. Sur la partie biocontrôle, nous sommes moins de cinq start-ups dans le monde à présenter une telle innovation et Amoeba est la plus en avance avec plus de 10 ans de recherche. Nous défrichons mais nous n'imaginions pas que le réglementaire soit aussi frileux.

Quelles sont les conséquences de cette position de l'Anses sur les perspectives d'Amoeba ?

Nous avons dû procéder à un PSE en juillet 2018. L'entreprise a réduit ses effectifs de 56 à 17 salariés, alors que tout était prêt pour passer à l'industrialisation et la commercialisation. En juillet 2019, nous avons déposé notre dossier dans une agence réglementaire à Malte, avec le soutien d'experts hollandais, beaucoup plus pragmatiques que les Français. La fin de l'évaluation est escomptée pour fin 2020. On pense que nous aurons l'autorisation provisoire de commercialiser en Europe à partir de 2021. Puis nous allons déposer notre dossier aux agences réglementaires américaines en juin 2020. Nous nous appuyons sur près de 40 tests effectués dans le monde durant 10 ans. Le risque s'évalue aussi dans le temps. Jamais aucun dossier n'a présenté une telle antériorité.

Sans chiffre d'affaires et dans ces conditions, comment l'entreprise peut-elle continuer de vivre ?

L'entreprise est financée par des augmentations de capital depuis sa création. On est encore là car le potentiel d'Amoeba met suffisamment en confiance les investisseurs qui attendent aussi cette fameuse autorisation de mise sur le marché. Nous n'avons aucune raison de nous arrêter car nous sommes quasiment les seuls dans la course et avec une avance technologique énorme. Dès que nous aurons passé cette barrière réglementaire, normalement fin 2020, le potentiel de ventes est très important. Notre premier chiffre d'affaires est attendu pour 2024. Notre chance est d'être multi-applications. Nos actionnaires devraient laisser le temps à notre chiffre d'affaires de s'exprimer. Et nous savons que dès que nous aurons notre autorisation de mise sur le marché, nous serons convoités.

Quel est le prix d'une telle trajectoire ?

On a levé plus de 40 M€ depuis la création d'Amoeba en juillet 2010. Les aides et les subventions publiques ne représentent que 700 000 € de cette somme. Notre encours bancaire est de 8 M€.

Comment, depuis 2015, la Bourse vous a-t-elle aidée dans ce parcours et comment réagit-elle aujourd'hui ?

La Bourse était le seul moyen pour financer l'usine car les investisseurs privés ne voulaient absolument pas financer l'outil industriel qui a nécessité 10 M€. La Bourse a permis de lever 13 M€ la première année et 14 M€ la deuxième année. Elle a été un accélérateur phénoménal avec une capacité de mise à disposition d'argent immédiat et sans limite. Le pacte d'associés n'existe plus car tous les actionnaires ont le même poids. Avant, nous étions très challengés par les investisseurs, qui regardaient en priorité leur potentiel retour sur investissement. La Bourse redonne de la légitimité entrepreneuriale et montre au marché anglo-saxon que l'on se donne les moyens de réussir. Je ne suis pas certain que nous aurions passé le gué très complexe avec l'agence réglementaire française si nous n'avions pas été en Bourse. Notre niveau de crédibilité reste, fort même si le cours a très fortement dévissé. Le risque de rachat existe car Amoeba est moins valorisée aujourd'hui qu'en 2012 alors que les actifs sont bien supérieurs.

Qu'est-ce que ça a changé dans votre rôle de dirigeant ?

On passe d'un stade de chef d'entreprise, qui a une interaction avec l'ensemble des unités, je suis biologiste et financier donc je maitrise tous les aspects de l'entreprise, à une position de VRP. Je vois 300 à 600 investisseurs par an. J'ai changé de métier : 50 % de mon temps sont consacrés aux activités de représentations extérieures et 50 % à survoler l'interne que l'on a autonomisé au maximum avec des rôles clés et prédominants que sont ceux du codir et du Daf. La Bourse codifie énormément la gestion administrative et financière. Il faut être structuré avant l'introduction en Bourse. Ce que nous avions réalisé chez Amoeba.

Vous évoquez la création d'un fonds d'investissement doté d'au moins 45 M€. Parlez-nous de ce projet.

Avec d'autres entrepreneurs, nous partageons le constat que pour assurer le succès de neuf start-ups sur dix et non seulement deux ou trois, il faut les structurer très tôt, voire avant la création de l'entreprise. Olivier Solinas, ex-directeur des investissements chez Pulsalys et initiateur du projet, Nicolas Goiran, ex-Siparex, qui seront les gestionnaires du fonds, et des venture partenaires, les entrepreneurs Thomas Schmider, Pierre Lecoq et moi-même se donnent pour objectif d'accompagner 25 start-ups, sur 12 ans, au plus prêt, pour leur donner toutes les chances de réussir. L'idée est de réunir les personnes les plus expérimentées autour de ces entreprises pour en faire des leaders mondiaux dans les domaines des biotechs, des sciences de l'ingénieur, de la ville autrement ou encore de l'hydrogène ou de la médecine de demain. Notre fonds sera doté de 45 M€ auxquels pourront s'ajouter 30 M€ issus à l'AMI de la Métropole de Lyon, dont nous attendons les résultats.

Je m'implique aujourd'hui dans ce fonds et auprès des entrepreneurs car je suis reconnaissant de ce que l'écosystème m'a apporté et aussi parce que je suis frustré de constater qu'il y a un énorme potentiel en France et que de nombreux projets n'aboutissent pas faute de moyens et d'accompagnement.

Quel regard portez-vous sur la biotech à Lyon, est-ce réellement une place mondiale ?

La France dispose de la plus belle recherche productive au monde. A Lyon, cette recherche est concentrée autour de la santé et avec des usines de production. Mais par rapport à ce qui se pratique ailleurs dans le monde, je suis frustré de constater qu'on n'arrive pas à créer des leaders internationaux car les dirigeants ne disposent pas d'un accompagnement adapté. Nous n'avons pas suffisamment de biotechs internationales car les conseils d'administration manquent de pragmatismes et d'ambitions internationales.

Vous accompagnez aujourd'hui des jeunes entrepreneurs. Pourquoi ?

En 2014, Lyon science transfert, aujourd'hui Pulsalys, m'indique qu'il existe un brevet très intéressant mais pas de porteur de projet. Elle me laisse trois mois pour trouver un CEO sinon le brevet tombe dans le domaine public. Je structure un business plan et le présente à une personne qui, finalement, après trois mois de collaboration et la veille de signer le pacte d'actionnaires, décide de ne pas partir dans l'aventure. Quelques semaines auparavant, j'avais rencontré Marie-Hélène Gramatikoff, qui a en fait décidé de porter le projet Lactips, à Saint-Etienne, dédié à la conception d'un bioplastique. Nous sommes trois actionnaires, avec le chercheur. J'ai commencé le mentorat avec cette dirigeante qui peut me parler de manière ouverte de ce qui se passe dans sa vie de chef d'entreprise. Je partage mon expérience. Les dix années d'Amoeba m'ont procurées des leçons énormes à plusieurs niveaux de l'entreprise. Et on s'aperçoit que nous avons tous les mêmes problématiques. Chacun cherche l'effet miroir.

Quels moyens consacrez-vous à ces dirigeants ?

Un deuxième chercheur, Manuel Rosa Calatrava, fondateur de Signia Therapeutics, et un troisième, Guillaume Bezie, de Sibius, sont venus me voir pour me présenter leurs projets. J'agis selon le même modèle pour ces trois start-ups : 10 à 12 mois avant la création de l'entreprise, je les accompagne gratuitement 5 à 6 heures par semaine. Je leur demande, dès le départ, qu'ils acceptent que je rentre à leur capital, à l'issue de l'accompagnement. Je définis une somme d'argent, à eux de la valoriser avec un pourcentage du capital. Ils estiment ainsi la valeur de l'accompagnement. Et je m'engage à continuer à les suivre en étant actif au sein de leur conseil d'administration.

Quel regard portez-vous sur l'industrialisation en France ?

Avec toutes les difficultés que nous avons rencontrées, la France a de la chance que nous n'ayons pas déménagé notre usine ! Or, je suis persuadé que l'on peut réindustrialiser la France. Pourtant, les freins sont nombreux. On nous a dit que nous étions fous de vouloir construire une usine. Mais nous l'avons fait ! Nous avons dû inventer le process de production et la manière de le mettre en place. Les aides à la R&D sont très nombreuses. Mais rien pour ce type de projet, à part des lignes de crédit bancaire. Puis il faut trouver les compétences adaptées pour travailler. Il n'existe pas d'école de bioproduction. Nous avions formé en interne nos collaborateurs avant d'engager le PSE. Tout cela a été mis en péril par l'agence réglementaire française. Le discours politique laisse entendre que les usines sont les bienvenues mais elles doivent être non-polluantes et sans nuisance. Elles doivent employer beaucoup de personnel, être plutôt technologiques et sympathiques à visite !

5 dates

1997 - Ne pas faire ma thèse et partir dans un DESS Biologie et technique de commercialisation à Grenoble, donc me doter d'une double compétence

2007-2009– Mon MBA à EM Lyon qui a construit la texture du projet Amoeba

Juillet 2010- Création d'Amoeba qui a marqué 1,5 ans de travail préalable et de chômage

Juillet 2015 – Introduction en Bourse, un moment d'intensité énorme qui change résolument le quotidien du chef d'entreprise

Avril 2018 – Refus de l'Anses qui donne une leçon de résilience maximum. Ce fût une forme d'électrochoc qui incite à trouver de nouvelles solutions et à se reconstruire à partir d'un tel événement




Stéphanie POLETTE
Journaliste

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