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Révolution de palais en Vallée du Rhône

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Révolution de palais en Vallée du Rhône

Baisse de la consommation, demandes récurrentes de qualité et de transparence, prise en compte de l'environnement… Les vins de la Vallée du Rhône, à l'instar d'autres vignobles, sont soumis à de fortes tensions tant sur la production que sur les ventes. En jeu, la capacité d'un vignoble d'anticiper et de s'adapter à ces nouvelles habitudes de consommer le vin, « moins mais mieux », et à un échelon mondial. Deuxième vignoble d'AOC français avec 68 000 hectares et une production de 2,7 millions d'hectolitres, la Vallée du Rhône a déjà posé les bases d'une réinvention sur les 20 prochaines années grâce à une mobilisation de ses producteurs et négociants via l'interprofession.

Michel Chapoutier
« Nous assistons à une montée en gamme de nos vins »

Dans un contexte mondial incertain bouleversé par des changements profonds d'habitudes de consommation, les vignobles de la Vallée du Rhône tirent leur épingle du jeu. Michel Chapoutier, président d'Inter Rhône, l'interprofession (vignerons et négociants) témoigne de ces enjeux qui impactent un terroir forcément en pleine réinvention grâce à des vins plus qualitatifs.

Vous parlez de période charnière pour les vignobles de la Vallée de Rhône, pourquoi ?

L'arrivée des Millennials sur le marché de la consommation de vin bouleverse la manière de produire au sein de nos vignobles. Cette jeune génération bois moins mais mieux. Le vin n'est plus un produit de consommation de première nécessité comme nos parents et nous avons pu connaître. Il y a une attente de plus en plus en plus forte quant à la transparence et la qualité des vins. Son identité, son histoire, sa méthode de fabrication, la prise en compte de l'environnement, sont des tendances lourdes que les producteurs doivent aujourd'hui intégrer. Les clients sont aujourd'hui occasionnels d'où la nécessité aussi d'aller les chercher hors des frontières. Notre vignoble regroupe un grand nombre d'AOP, une force pour notre territoire de se réinventer. Nous pouvons compter sur une montée en gamme de nos vins qui profite positivement à l'appréhension de ces nouveaux enjeux.

Justement comme l'interprofession se mobilise-t-elle pour insuffler cette nouvelle dynamique ?

Nous avons d'abord engagé un travail d'élaboration de charte paysagère, intégrant les notions de biodiversité, de protection de la nature et d'identité touristique à travers l'oenotoursime. Nos appellations côte-du-rhône et côte-du-rhône village font aussi l'objet de mesures agro-alimentaires destinées à limiter le désherbage chimique.

Environ 4 000 opérateurs sur 40 000 ha se sont engagés dans une démarche de sortie progressive du glyphosate. 65 % de la surface de ces deux appellations ne recevra plus aucun désherbant.

Des démarches de certification haute valeur environnementale (HVE) auprès de plusieurs producteurs sont d'ores et déjà lancées. Nous n'avons pas attendu la loi EGalim (ndlr : promulguée en novembre 2018 visant à l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et à une alimentation saine et durable). En matière de responsabilité sociétale des entreprises, ce sont 58 maisons de négoces qui se sont engagées dans cette voie. Et puis nous avons engagés un travail important de prospective avec la mise en place d'outils de pilotage des vignobles pour mieux anticiper l'avenir (lire page 20).

Quel bilan tirez-vous de vos performances économiques 2018 ?

Dans un contexte de baisse de la consommation en France les vins de la Vallée de Rhône résistent, en ayant réussi à monter en gamme tout en limitant leur baisse de volume. -4% contre -17% à l'échelon national. Soit 2,7 millions d'hl produits. La commercialisation de nos AOC a représenté un volume d'affaires de 506 M€ à l'export (+9% en volume) et 481 M€ pour la grande distribution, nos deux principaux marchés soit respectivement 33% et 32 %). Viennent ensuite les réseaux traditionnels (29%) et le hard discount (6%).

Quand on se donne les moyens de faire des vins meilleurs et responsables, ça marche !

L'offre de la Vallée du Rhône reste majoritairement rouge (85 % de la production totale, dont les volumes de ventes sont passés de 88 % à 79 %) tandis que les rosés ont progressé passant de 11 % à 19 %. On note une progression des ventes de blancs mais les volumes restent faibles.

Quels sont les pays principaux d'exportation ?

Les Etats-Unis représentent notre première destination de ventes avec 150 000 hl/an, où nous enregistrons une progression de 120% en valeur sur 10 ans. Le Royaume-Uni est notre 2e marché export avec 90% de ventes en rouge tandis que la consommation entre les trois couleurs tend à s'équilibrer aujourd'hui. Le Brexit implique de nombreuses interrogations de notre part bien évidemment. La Belgique représente notre 3e marché sur lequel nous avons enregistré une baisse de 6% en volume mais une hausse de 6% en valeur. Il s'agit là des effets de notre politique « premium » qui nous a fait perdre des parts de marché puisque localement les clients cherchent plutôt de l'entrée de gamme.

Le potentiel du vin blanc en réflexion

Terre de rouge par essence avec 85% de la production dédiée, la Vallée du Rhône pourrait-elle devenir plus « blanche » ?

« Nous menons une réflexion profonde sur le potentiel du blanc. Un virage pas forcément facile à appréhender pour les producteurs mais les changements d'habitudes de consommation favorisent des vins à servir frais et le développement des blancs pourrait répondre à la demande mondiale » explique Eric Rosaz, délégué régional d'Inter Rhône. Ce dernier évoque à l'horizon des 20 prochaines années une baisse des vignobles de rouge à 70% du territoire, « sans arracher de vignes mais plutôt en plantant plus de blanc ».

La Vallée du Rhône produit actuellement près de 300 000 hl de blanc (Soit 6% des sorties de chaix). Dans cette dynamique, Inter Rhône évoque même la possibilité de pouvoir créer un jour un « Crémant du Rhône », s'appuyant sur le savoir-faire issus du Diois, dont les 4 appellations ont rejoint cette année l'interprofession.

Le SIG accompagne d'ailleurs cette réflexion puisqu'il permet de faire un état des lieux parcelle par parcelle afin de connaître le nombre de cépages blancs plantés, leur âge, de quels terroirs ils sont issus, sous quels climats et où ils s'expriment le mieux.

Inter Rhône joue à plein son rôle de conseil auprès des différents opérateurs en s'appuyant sur des données précises grâce aux outils développés. « Il faut que les producteurs prennent confiance en leurs blancs ; ceux-ci peuvent vieillir comme des rouges et nous avons le le savoir-faire pour fabriquer de vraies signatures dans cette couleur. Pour prendre ce virage, nous avons la chance d'appartenir à une région gastronomique qui promeut l'association mets et vins, et le blanc s'inscrit totalement dans cette dynamique » ajoute Michel Chapoutier.

Des outils de pilotage pour anticiper l'avenir

La mission principale d'Inter Rhône est d'apporter aux opérateurs des informations complètes, rapides, et fiables. D'où l'expérimentation de nouveaux indicateurs économiques prospectifs depuis l'année dernière et qui s'étend sur 2019. Celle-ci permettra de tester l'outil de collecte et de traitement des données. « Bien souvent dans les crises, les baisses de consommation sont ciblées trop tard car les indicateurs ne sont pas assez pénétrants. Il faut donc remonter jusqu'au client final c'est à dire le consommateur, en jalonnant précisément l'ensemble du parcours de vente pour faire remonter le maximum d'information » explique-t-on à Inter Rhône.

5 appellations se sont portées candidates pour cette expérimentation : côtes-du-rhône, côtes-du-rhône Villages, crozes-hermitage, hermitage, ventoux et beaumes-de-venise.

Inter Rhône déploie par ailleurs un système d'information géographique (SIG) permettant de réaliser l'inventaire du potentiel de la production et ainsi de mieux piloter stratégiquement le vignoble et d'anticiper son avenir pour chacune des appellations (ndlr : photo-interprétation, validation des zonages avec les vignerons et techniciens, mise en place d'un atlas cartographique). Un véritable tableau de bord stratégique à destination des producteurs et négociant.




Julien THIBERT
Journaliste

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