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« Nous sommes des chercheurs d'or », Sophie Jullian, présidente de Pulsalys

le - - Grand témoin

« Nous sommes des chercheurs d'or », Sophie Jullian, présidente de Pulsalys
Céline Vautey

La présidente de Pulsalys donne une nouvelle dynamique à la Satt depuis son arrivée à sa tête le 3 avril 2017. Sa conviction : les laboratoires recèlent des pépites qui ne demandent qu'à trouver un marché. Faire se rencontrer des passionnés, de la recherche et de l'entrepreneuriat, guide son quotidien.

Rappelez-nous les grandes missions d'une Satt ?

L'objectif d'une Société d'accélération de transfert de technologie (Satt) est d'accélérer la transformation de la valeur créée dans les laboratoires de recherche en un bénéficie pour la société civile. Cette connaissance présente dans les laboratoires publics est une matière brute qui peut constituer un réel patrimoine pour une start-up ou pour une entreprise existante qui cherche à innover grâce à de nouvelles briques technologiques. Cette valeur permet de booster la compétitivité d'une entreprise.
Pulsalys propose ainsi de transformer cette matière, des pépites brutes d'or, en patrimoine. Le mécanisme choisi s'oriente vers la création de start-ups auxquelles nous confions ce patrimoine issu des laboratoires de recherche pour en faire leur ADN. C'est une spécificité de la Satt du site de Lyon Saint-Etienne. Toute la difficulté réside dans le fait que ces start-ups évoluent dans le deeptech. Leur force et leurs racines se trouvent dans le monde de la recherche, les derniers pans de la connaissance. Mais cet environnement présente aussi des fragilités : leur marché est en devenir, il faut les accompagner les premières années en attendant les premiers revenus.

Combien de start-ups sont nées grâce à cette mise en relation par Pulsalys entre des laboratoires de recherche et des candidats à l'entrepreneuriat ?

Sur la période 2014-2018, 57 start-ups ont été créées. Elles emploient 150 personnes pour un chiffre d'affaires cumulé de 2,8 M€. Surtout, certaines ont levé des fonds à hauteur de 17 M€ en cumulé. A l'avenir, la création de start-ups représentera 50 % de notre activité puisque nous souhaitons favoriser le transfert de technologies vers les PME.

Qu'en est-il de la relation avec les PME ?

Grâce à quatre années de pratique avec les start-ups, nous allons désormais accélérer sur le transfert vers des PME confrontées à un frein technologique. Un offre qui leur est dédiée est en cours de constitution, pour 2018, par les équipes de Pulsalys. La collaboration avec les pôles de compétitivité, les clusters, les agences de développement économique, les financeurs comme Bpifrance ou la Caisse des dépôts, mais aussi les branches et syndicats professionnels, proches des entreprises, va nous permettre d'identifier des PME compétitives, qui ont une excellente connaissance de leur marché mais qui se trouvent freinées par une barrière technologique. Cette offre permettra de connecter les savoirs des laboratoires avec des questions réelles des acteurs de terrain confrontés au marché. Je suis persuadée que de nombreux services peuvent être rendues aux entreprises en partant de la connaissance présente dans les laboratoires de recherche.

Le temps de l'entreprise n'est pas toujours celui de la recherche. Comment faire matcher cette échelle temps entre laboratoires et PME ?

Pulsalys a les moyens financiers pour mettre à disposition un expert chargé de passer plusieurs mois dans un laboratoire pour développer un prototype, par exemple, et mettre en place un mode opératoire pour répondre aux attentes des start-ups et des PME. Notre objectif est d'accélérer sur la technologie push. Les laboratoires sont capables de sortir un produit qui adresse un marché détecté par une entreprise.

Comment réagit l'écosystème local face à cette nouvelle approche de Pulsalys ?

Nos interlocuteurs y sont favorables. Les nombreux acteurs en charge de la relation avec les entreprises en direct ont la capacité de détecter les plus matures qui connaissent parfaitement leur marché sur le plan économique mais pas ce qui se passe dans les laboratoires de recherche. Nous pouvons pleinement exercer notre métier qui est de transformer la valeur créée dans les laboratoires en apportant des éléments de différenciation pour les entreprises.

Quels sont les domaines d'activité où le transfert est le plus facile ?

Les secteurs de la santé, des biotechs, de la pharma et du numérique pratiquent facilement le transfert de technologie. L'offre de Pulsalys est d'ailleurs bien installée dans ces domaines. Certains industriels collaborent aussi très bien avec des laboratoires de recherche. L'enjeu se tient davantage au niveau de la sous-traitance industrielle qui présente des compétences dans les capteurs, la robotique, la mécanique, la chaudronnerie… Ces métiers représentent un bassin d'emplois important en Auvergne-Rhône-Alpes mais collaborent encore peu avec la recherche académique, à l'inverse des sous-traitants allemands ou suisses par exemple qui savent se tourner naturellement vers la recherche publique.

Pensez-vous qu'il manque une culture de l'innovation dans les PME françaises ?

Beaucoup de PME ont envie de faire de l'innovation mais traiter directement avec un laboratoire leur semble compliqué et risqué. La Satt peut tout à fait les aider à faire le premier pas, grâce à une prestation de services R&D externalisée, en choisissant un projet aux risques limités. La difficulté pour nous reste la détection de ces entreprises. Car, à l'inverse, nous sommes en mesure d'identifier le laboratoire dont le contenu scientifique est susceptible de répondre au cahier des charges d'une PME en quête de solutions innovantes et différenciantes, sources de compétitivité.

Comment réagissent les chercheurs face au transfert de technologie, de leurs idées, vers une entreprise commerciale ?

Tous les chercheurs souhaitent que leurs recherches contribuent à un monde meilleur. Or, les modalités de ce monde meilleur ont une réelle connotation politique. Je constate que nous avons toujours un écho positif de la part des laboratoires quand on explique comment la recherche va contribuer à créer une start-up et à générer des emplois. Quand il y a création de valeur économique et financière, il y a forcément un retour vers les inventeurs et les laboratoires. Dès le premier euro investi, les partenaires académiques ont un retour sur investissement au moins égal à 25 %.

Ces modalités financières sont-elles une source de motivation pour les laboratoires et leurs chercheurs ?

Elles sont une source de motivation pour les équipes mais elles ne sont pas uniques. Dans le cadre d'un projet, le laboratoire bénéficie de financements avant même un quelconque retour sur investissement. Surtout, un transfert de technologie ne signe pas la fin de la collaboration entre le laboratoire et l'entreprise. Bien souvent, les deux entités poursuivent le travail. La Satt Pulsalys se positionne en passeur entre ces deux mondes. Je revendique le fait que l'on développe l'agilité nécessaire pour que tout fonctionne parfaitement bien entre les laboratoires et les entreprises.

Comment mesurerez-vous les retombées économiques de vos actions ?

L'Etat, la cour des comptes, l'ANR nous auditent très régulièrement sur l'utilisation des fonds publics dédiés à l'amorçage. Nous mesurons principalement deux indicateurs : notre retour financier à travers les licences accordées aux entreprises et la progression des chiffres d'affaires et des embauches des start-ups créées. Fin 2019 marquera la fin de la deuxième période triennale de la Satt. Un bilan sera dressé. Sur l'offre dédiée aux PME, nous souhaitons accompagner trois à cinq PME avec des projets démarrés. C'est-à-dire qu'il nous faut détecter et étudier près de 35 dossiers. C'est un réel pari que nous engageons avec les acteurs de l'innovation locale.

Il existe quatorze Satt au niveau national, créées dans le cadre du Plan d'investissements d'avenir. Quelles relations entretenez-vous avec elles ?

J'anime le groupe de travail dédié aux start-ups pour l'ensemble du réseau des Satt car Pulsalys détient une expertise et une avance dans ce domaine. L'objectif est de faire remonter les bonnes pratiques de chacun et de développer des outils à mutualiser. Nous collaborons également sur l'offre à proposer aux grands comptes, un groupe de travail piloté par la Satt Paris-Saclay. L'idée est que chaque Satt soit pilote d'un projet pour l'ensemble des Satt. Cette approche fonctionne plutôt bien.

Comment Pulsalys est-elle un outil attractif pour l'Université de Lyon, un de ses partenaires privilégiés ?

La Satt est un outil magique pour faire de l'université un contributeur essentiel au développement économique local. Sur la partie innovation et grâce à son contenu technologique, la Satt est essentiel au paysage. L'écosystème local dispose de tous les outils et les moyens pour favoriser le développement économique de proximité. La Satt est ainsi un élément d'attractivité important pour des étudiants qui veulent faire leur thèse à Lyon mais également pour attirer des enseignants-chercheurs de renom. La Satt se positionne comme l'articulation essentielle entre la connaissance produite à l'Université de Lyon et son potentiel d'innovation, le besoin des filières économiques et les attentes de la société et des acteurs de la région.
De plus, Pulsalys est identifiée, à l'international, par des acteurs qui font un métier similaire. Nous venons de signer une convention de partenariat avec l'accélérateur de l'université de Sherbrooke au Canada, déjà partenaire de l'UDL, pour échanger trois start-ups en résidence. Certes, un tel projet ne fait pas partie des missions exigées par l'Etat mais nous restons dans notre rôle d'accélérateur puisque trois start-ups de Pulsalys bénéficieront de cet échange. Une telle initiative participe à l'attractivité du site académique et économique de Lyon Saint-Etienne.

Un chercheur et un chef d'entreprise sont un peu animés par la même passion selon votre discours…

Mon cœur de métier est de donner du sens. Je me retrouve dans cette stratégie et les visions que portent, chacun dans leur domaine, un chercheur et un chef d'entreprise. Ils ont 1 000 idées à la minute et c'est passionnant de voguer d'un monde à l'autre, qui ne sont pas aussi différents qu'on le pense. La même rigueur est exigée pour la rédaction d'une publication scientifique et pour bâtir un compte de résultat. Un chercheur peut aussi être un serial-entrepreneur. Il faut la même intelligence analytique. Susciter ces rencontres reste passionnant. L'intelligence collective naît du respect du travail de chacun. Pulsalys et ses équipes sont au cœur du processus. On se régale !

Vous portez souvent une touche de couleur orange dans votre tenue vestimentaire. Expliquez-nous pourquoi.

Ce n'était pas prémédité mais effectivement, désormais, pour les rendez-vous importants où je représente la Satt, je porte une touche de couleur orange. Elle symbolise notre communication mais surtout le dynamisme et l'innovation portés par Pulsalys. Tous les collaborateurs ont un foulard en soie orange, qu'ils peuvent également porter. On réfléchit à un objet de communication orange à remettre à nos partenaires pour créer un repaire, une reconnaissance de notre action et surtout rappeler nos convictions : nos laboratoires recèlent de pépites et elles sont la compétitivité française de demain.

Quelques dates

Avril 2017 : présidente de Pulsalys
Septembre 2013 : nommée Déléguée régionale à la recherche et à la technologie (D2RT) Auvergne
Avril 2010 : directeur scientifique d'IFPEN à Paris
Avril 2001 : directrice de l'IFP Lyon, participe au lancement d'Axens
1988 : soutenance de thèse sur la caractérisation des fluides à l'Université Pierre-et-Marie-Curie, Paris VI




Stéphanie POLETTE
Journaliste

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