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« Le pouvoir se trouvera à la Métropole de Lyon », Renaud Payre, directeur de Sciences Po Lyon

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« Le pouvoir se trouvera à la Métropole de Lyon », Renaud Payre, directeur de Sciences Po Lyon
Sciences Po Lyon - Renaud Payre

Renaud Payre, directeur de Sciences Po Lyon, est aussi professeur de science politique. Ses enseignements sur l'action publique urbaine, les sciences de gouvernement et les temporalités du politique en font un observateur de la vie politique de premier plan. A quelques jours de l'élection du 5 novembre 2018 à la mairie de Lyon, il livre son analyse des bouleversements politiques que connaît la France depuis l'élection d'Emmanuel Macron, un président atypique dans la 5ème République. Des changements qui touchent inévitablement la sphère politique locale dont les enjeux se situent aujourd'hui au niveau de la Métropole de Lyon davantage qu'à la Ville. Propos recueillis pas Stéphanie Polette

Comment analysez-vous le paysage politique français actuel ?

Un réel bouleversement s'est produit au printemps 2017 avec arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée. Il a été élu sur un pari qui était le dépassement d'un clivage, très ancien en France, gauche-droite, tout en cherchant à imposer un nouveau clivage, progressiste-conservateur. Or, je pense que le clivage gauche-droite perdure. Le nouveau parti de La république en marche contribue à redéfinir le paysage mais le clivage va rester ancrer. On voit bien qu'il se réactive à l'approche des élections. Une nouvelle définition se dessine avec Les Républicains et les alliances de centre gauche mais ceci n'est pas une négation du clivage.

Quelles nouveautés notez-vous depuis l'élection d'Emmanuel Macron ?

Les règles de fonctionnement de notre vie politique ont été perturbées. Les Français ont élu un président âgé de 40 ans. L'Assemblé nationale a été renouvelée, ce qui a entrainé une rupture dans le personnel politique. Les précédents présidents ont tous échoué avant d'arriver au pouvoir. François Mitterrand et Jacques Chirac se sont présentés plusieurs fois avant d'être élus. Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient ancrés dans le paysage politique depuis au moins trois décennies. Les Français étaient habitués à cette profondeur. Or, le premier mandat d'Emmanuel Macron a été le mandat présidentiel. C'est une rupture et ce candidat a profondément renouvelé la conception même du mandat électoral, tout en restant fidèle à la 5èmeRépublique et en renouvelant les pratiques politiques.

Plus de 18 mois après cette élection, peut-on tirer un bilan ?

Le président se trouve actuellement dans une situation complexe et doit gérer une phase délicate, alors que sa première année de mandat s'est déroulée sans grandes difficultés. L'affaire Alexandre Benalla, le départ précipité de Nicolas Hulot du gouvernement, le deuxième remaniement, avec la démission de Gérard Collomb, plus inquiétante, à gérer le mettent dans la tourmente. Mais ce n'est pas pour cela que tout est terminé. Méfions-nous de l'homme providentiel. Toutefois, le président de la République vit une période importante de son mandat. Celui qui s'est imposé d'emblée comme un président, il a été haut fonctionnaire, ministre et connaît les rouages politiques et la fonction présidentielle, expérimente aujourd'hui le fait d'être entouré d'un personnel politique novice. Avoir une immense majorité, sans devoir composer avec une autre force politique, devient une faiblesse. Le deuxième remaniement témoigne ainsi d'une certaine fragilité.

A quels grands défis doit-il aujourd'hui faire face ?

Les élections européennes et la volonté de LREM, pilotée par l'Elysée, d'imposer un clivage pro-européens/euro-septiques sont ses prochains grands défis. Peut-il y arriver ? Je pense que oui. Les prises de paroles d'Alain Juppé témoignent d'une alliance large autour du président Macron. La réussite de son mandat dépendra de sa capacité à s'imposer sur le devant de la scène européenne, ce qu'il n'a pas encore réussi à faire. S'il frôle les 25 % aux élections européennes, il ancre durablement LREM dans le paysage politique.

Quel regard portez-vous sur la démission de Gérard Collomb du gouvernement ?

On savait qu'il reviendrait à Lyon mais sans connaître le moment. Lui-même avait dit « Exercer une fonction ministérielle est un passage ». Ce fût une démission surprenante. Habituellement, un ministre « est démissionné » par son Premier ministre ou par le président de la République ou il quitte le gouvernement pour divergences, comme dans le cas de Nicolas Hulot. Gérard Collomb ne se retrouve dans aucune de ces deux situations même si, au moment de l'affaire Benalla, il appelait à davantage d'humilité. Je pense que son choix a été guidé par des enjeux locaux : les élections municipales à Lyon puis à la présidence de la Métropole de Lyon.

Quelle analyse peut-on faire de la situation politique lyonnaise ?

La situation locale est complexe car la légitimité de 2014 s'est un peu éloignée. Gérard Collomb semble n'avoir aucun souci à retrouver la place de maire de Lyon lors de l'élection du 5 novembre 2018. La vraie question tourne autour de l'élection à la présidence de la Métropole de Lyon en 2020. Il me semble que Gérard Collomb peut encore l'emporter dans sa ville, mais disons le prudemment à 18 mois des élections. Les élections pour la Métropole sont très complexes. Il a toujours été élu avec des forces militantes du parti socialiste. Or, à partir de 2008, il a pris ses distances en constituant des listes très sociétés civiles. Le PS ne lui a rien dicté. Mais il s'est tout de même reposé sur ces forces militantes socialistes qui ne seront plus là en 2020. Le PS est fragilisé mais il conserve des militants. Des territoires qui lui ont toujours été nécessaires, comme Villeurbanne, semblent aujourd'hui difficiles à rallier. Des alliances avec le groupe Synergies-Avenir lui ont permis de gagner par le passé. Aujourd'hui, le positionnement de ce groupe de maires de communes périphériques à Lyon et Villeurbanne reste dans l'incertitude.

Le tournant politique vécu au national en 2017 peut-il se produire lors d'élections locales ?

Oui, en local aussi le changement se répercutera. Pour le moment, difficile de voir quelles tendances se dégagent. Tout dépendra du programme porté par les candidats.

Pensez-vous que l'on revienne à une politique basée sur un programme ?

Oui. Raymond Barre et Michel Noir ont marqué une rupture dans la ville avec les premiers plans lumière et les débuts d'une image internationale de la ville. Le renforcement du Grand Lyon par Gérard Collomb et la naissance de la Métropole ont accentué le travail du passé. Mais on entre aujourd'hui dans une autre phase. La Métropole ne doit plus être la continuité du Grand Lyon mais elle doit vivre par elle-même. Et les grands-lyonnais doivent également s'emparer de ces élections métropolitaines. Pour cela les candidats doivent répondre aux attentes des habitants.

Quels sont les grands thèmes que les candidats à la présidence de la Métropole de Lyon doivent inclure dans leurs programmes ?

Ils devront garantir une métropole attentive à la santé et à l'alimentation de ses habitants, soucieuse de la transition énergétique et de la protection du climat. Ce sont les préoccupations des Français. Le modèle actuel ne fonctionne plus. La Métropole doit se préoccuper de son environnement. Elle doit aussi être connectée à son écosystème, à Saint-Etienne toute proche, mais aussi aux territoires ruraux. Ne plus penser la métropole dans son côté centrifuge qui absorbe sans laisser de respiration à ce qui l'entoure sera une force. Elle doit être force de propositions en matière de transports par exemple, pour éviter un hyper-centre asphyxié, rester une métropole juste et ne pas pénaliser les plus précaires pour lesquels les déplacements sont cruciaux. L'investissement dans des infrastructures, pour se projeter à long terme, doit aussi faire partie des programmes. Nous devrons être attentifs à ce que diront les candidats de leur vision de la métropole à l'horizon 2030. La Ville et la Métropole sont bien gérées. Mettons à profit cette bonne santé économique pour investir et inventer la métropole de demain. Les élus disposent d'un levier majeur pour inventer l'avenir. Et cela, bien au-delà des étiquettes politiques.

Quel est l'enjeu du mandat à la Métropole de Lyon à partir de 2020 ?

La Métropole est née le 1erjanvier 2015 de la volonté de deux hommes, Michel Mercier et Gérard Collomb. Le premier mandat, exercé en partie par Gérard Collomb depuis 2014, était le « mandat de l'échafaudage ». Le mandat stratégique est celui qui débutera en 2020. L'enjeu aujourd'hui se place bien vers les élections à la Métropole de Lyon et non vers les élections municipales. Même si elle reste moins incarnée par un homme qu'au niveau national, le débat n'est pas pour ou contre Gérard Collomb, cette élection se jouera sur les programmes des candidats. On ne gouvernera pas en 2020 comme en 2014. Le pouvoir se trouve désormais à la Métropole.

Dans ce contexte, quel sera le rôle de la Région ?

Elle a un rôle majeur. L'émergence des métropoles lui confère un rôle de garante d'une forme d'égalité des territoires. La collectivité qui régule, c'est la Région. C'est dans son ADN. Il n'est pas possible de penser une métropole forte sans penser une Région qui veille aux territoires.

Comment Sciences Po Lyon accompagnera-t-il ces échéances politiques locales ?

Le territoire a la chance de disposer d'un Sciences Po. L'école devra être un acteur majeur, un lieu de débats et de réflexions sur la place des territoires dans notre système politique. La Public factory, qui a été lancée à la rentrée universitaire 2018, contribuera à cela. Ce laboratoire de la transformation publique initié avec la Métropole de Lyon appuiera les acteurs publics et politiques qui comptent transformer la société en dégageant de nouveaux horizons. La Public factory, installée dans un site rénové du parc Sergent Blandan mis à disposition par la Métropole de Lyon à l'horizon 2021, fera travailler des étudiants de Sciences Po Lyon mais aussi des universités Lyon 2, Lyon 3, Jean Monnet à Saint-Etienne et de l'ENS Lyon sur des problématiques posées par des collectivités. Quatre projets ont démarré, pour un rendu en mars 2019, pour des groupes d'une vingtaine d'étudiants. Le Sgar Auvergne-Rhône-Alpes demande de réfléchir à « l'accueil des réfugiés en zone rurale ». La Métropole de Lyon a choisi le thème de « l'appel des 30 » lancé par trente entreprises souhaitant repenser l'aménagement de la vallée de la chimie au sud de Lyon. L'association nationale des maires ruraux, dont le siège est à Lyon, leur demande de « repenser la mairie rurale du XXIème siècle ». Le musée des Beaux Arts de Lyon les fait plancher sur une éventuelle refonte de ses statuts. Nos étudiants défricheront ces sujets et innoveront sur les futures politiques publiques.

1975 Naissance à Grenoble

1993 Entrée au lycée du Parc en Hypokhâgne

1997 Diplômé de Sciences Po Grenoble

2003 Premier poste d'enseignant-chercheur à Lyon

2016 Nommé directeur de Sciences Po Lyon




Stéphanie POLETTE
Journaliste

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