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« Ancrer la filière santé dans le territoire : l'ADN de Lyonbiopôle » Florence Agostino-Etchetto

le - - Grand témoin

« Ancrer la filière santé dans le territoire : l'ADN de Lyonbiopôle » Florence Agostino-Etchetto

La directrice du pôle de compétitivité à vocation mondiale Lyonbiopôle dirige un structure qui a permis, en plus de 10 ans, d'affirmer encore plus l'écosystème dédié à la santé et aux biotechnologies. La phase IV confortera ses positionnements : innovation, international, interdisciplinarité « et toujours dans un but unique : la santé des patients », pour Florence Agostino-Etchetto.

Quel bilan tirez-vous de la phase III des pôles de compétitivité pour Lyonbiopôle ?
La phase III, qui s'est déroulée entre 2013 et 2018 fût un moment attendu et ambitieux pour le pôle de compétitivité à vocation mondiale. Durant cette période, nous sommes passé d'un pôle dédié aux maladies infectieuses humaines et animales, son positionnement historique, à un pôle ouvert sur de nouveaux marchés d'application et segments du secteur de la santé, un périmètre élargi donc. Les enjeux étaient très forts pour continuer l'accompagnement des biotechs dans ce secteur des maladies infectieuses mais également pour d'autres acteurs de la santé présentant des typologies thématiques plus vastes. Aujourd'hui, être devenu un pôle santé est évident. Ce qui n'était pas le cas il y a 5 ans. C'est donc une première satisfaction d'être arrivé à ce nouveau positionnement.

Comment ce changement de cap s'est-il traduit en nombre d'adhérents ?
Lyonbiopôle est passé de 137 à 206 membres sur cette période. Cette croissance atteste de la capacité du pôle à mobiliser des entreprises et notamment des PME et des ETI. Elles sont 175 à adhérer à Lyonbiopôle. Et pourtant, nous avons conservé un ancrage innovation très fort, en gardant nos lignes de spécificités tout en s'ouvrant à de nouvelles thématiques comme les Medtech ou Healtech. Tout en augmentant le nombre d'adhérents, le pôle a renforcé son offre d'accompagnement et a noué des partenariats innovants au plan local, régional et international.

Quels points souhaitez-vous améliorer à l'avenir ?
Nous souhaitons évidemment toujours mieux accompagner la croissance et le développement des PME. Mais le pôle veut conserver sa capacité à être une structure experte qui contribue au développement économique du secteur.

Mesurez-vous les retombées économiques générées par les actions de Lyonbiopôle ?
Il est très compliqué de mesurer concrètement. Alors on s'attache à suivre des indicateurs comme le nombre d'emplois dans la filière, les levées de fonds, la valorisation des entreprises, les entrées en Bourse… Nous étudions les indicateurs économiques globaux de nos adhérents mais aussi ceux de leurs sous-traitants et de leurs impacts indirects. Ainsi, Auvergne-Rhône-Alpes est la deuxième région économique française pour les industries de la santé avec 1 250 établissements sur son territoire qui emploient 39 000 salariés. Pour les chiffres d'affaires, c'est plus compliqué. Le pôle compte 17 grands groupes parmi ses membres, avec des volumes d'activité colossaux ! Nous avons noté, entre 2007 et 2016 + 50 % de sociétés de biotech et + 80 % d'employés dans ces sociétés, mais également + 80 % d'effectifs de R&D dans les industries de la santé.

Lyonbiopôle joue donc un rôle d'accélérateur de sa filière ?
Oui, véritablement et en toute objectivité. Nous le constatons aussi par la fréquentation croissante aux différents événements organisés toute l'année. Il existe une réelle demande. Les acteurs d'une filière ont besoin de s'appuyer sur des structures à l'organisation globale, qui apportent une vision économique, scientifique et technologique globale, tout en cultivant la proximité et la relation individuelle avec ses adhérents. Les membres du pôle en sont de vrais acteurs qui entretiennent la force du réseau et s'emparent du travail collaboratif. On peut, l'Etat peut, décréter la création des pôles de compétitivité. Mais on ne peut pas décréter la tenue de 346 événements scientifiques, technologiques et économiques lors de la phase III qui ont attiré 12 800 participants. On ne peut pas décréter la création de 233 projets de R&D labellisés et financés depuis 2005.
Pour se déployer, une filière a besoin de structures associatives et collaboratives, qui apportent un accompagnement, des mises en réseau et une connaissance très fine de l'écosystème qu'elles animent. Lyonbiopôle remplit pleinement cette mission.
Certes, nous avons encore une marge de progression sur le nombre d'adhérents mais ce qui importe, c'est qu'ils trouvent une démarche pour participer à la construction de cette filière innovation en santé en Auvergne-Rhône-Alpes.

Votre dossier de labellisation pour la phase IV a été rendu en octobre 2018. Vous attendez les résultats de l'Etat. Toutefois, pouvez-vous nous donner les grands axes de Lyonbiopôle pour l'avenir ?
Notre feuille de route s'appuie sur trois axes stratégiques. Le premier axe est d'accélérer sur l'innovation et les projets collaboratifs en renforçant les partenariats publics –privés au bénéfice de la valorisation. Le deuxième axe vise à accroître la compétence et la visibilité des acteurs publics et privés de l'écosystème innovant animé par le pôle, avec un accompagnement prioritaire sur la digitalisation et l'utilisation de l'IA pour la santé. Enfin, le dernier axe compte ancrer l'action territoriale pour affirmer un leadership national et européen. Les projets sont déjà par essence internationaux et innovants. La phase IV est donc une continuité et un renforcement de nos actions passées.
Notre objectif est d'aller chercher davantage de financements européens, notamment. Lors de la phase III, 28 entreprises ont été accompagnées par Lyonbiopôle pour déposer un dossier de financement européen. Quinze ont été éligibles, pour un montant global de subventions européennes de 18,6 M€. Ce qui est un bon taux de transformation. Le pôle est donc plutôt bien positionné pour prétendre à aller chercher ces financements européens, souvent délaissés par les entreprises françaises. Cet item faisait partie du cahier des charges de l'Etat pour la phase IV. Comme d'autres qui font déjà partie de l'ADN de Lyonbiopôle depuis sa création en 2005 : ancrer une filière sur son territoire, accélérer le développement de l'innovation et des entreprises, prendre position à l'international. Nous nous posons ces problématiques depuis toujours.

Quel est le budget annuel de Lyonbiopôle ?
Notre budget de fonctionnement oscille entre 3,2 et 3,3 M€ par an financé par l'Etat, la Région Auvergne-Rhône-Alpes, les Métropoles de Lyon et Grenoble. Notre équipe compte vingt personnes, y compris les personnels des laboratoires.

De quels équipements disposez-vous ?
Notre bâtiment Domilyon est doté d'un plateau de 2 000 m2 composé de modules de laboratoires en conditions P2 et P3, selon le type de pathogène à manipuler. Cet environnement très spécialisé, en condition industrielle, est mis à disposition des entreprises, moyennant un loyer, qui ont alors à se préoccuper uniquement de leurs projets de R&D. Ce ne sont pas des outils de bio-production mais le dispositif est assez avancé pour concevoir des produits au stade de développement avancé.
En 2009, ces laboratoires ont été imaginés dans un objectif de projets collaboratifs et de lieux tiers. L'accès à des infrastructures de bons niveaux entre dans un enjeux plus large de développement de la filière et des PME. A ma connaissance, Lyonbiopôle est le seul pôle santé en France a proposé des laboratoires intégrés à sa structure. Leur taux d'occupation avoisine les 70 %. Ils sont tous équipés avec le minimum commun à 99 % des entreprises qui pourraient s'implanter : des agitateurs, des balances, du petit matériel de laboratoire, des blouses, des gants…

Pouvez-vous revenir sur la genèse d'Accinov jusqu'à son entrée dans le giron d'ABL Europe ?
Accinov a ouvert en 2012 (NDLR : 18 M€ investis par des partenaires publics et privés). Son but était de proposer un modèle très innovant de plateforme partagée pour la bio-production, une offre technologiquement très intéressante, qui s'inscrivait dans la continuité des laboratoires dont dispose Lyonbiopôle.
Accinov devait permettre de produire des médicaments. Mais le modèle économique n'a pas été suffisamment anticipé sur un outil aux charges fixes très importantes. Accinov a tout d'abord été placée en procédure de sauvegarde en février 2018, puis en liquidation judiciaire en avril 2018 et a été reprise par ABL Europe, implantée à Strasbourg, en juin 2018. ABL Europe s'est engagée à maintenir les quelques entreprises hébergées. Toutefois, l'enjeu d'industrialisation reste important et conserver ce type d'outil de bio-production sur le territoire est crucial.

Quels rapports entretenez-vous désormais avec ABL Europe ?
La bio-production est une compétence de notre écosystème, importante pour nos adhérents. ABL Europe est un partenaire intéressant pour bénéficier d'un outil technologiquement et techniquement performant.

Quelles ont été les conséquences pour Lyonbiopôle ?
Le pôle n'a pas subi de conséquences financières. Les partenaires ont compris que cette initiative était extrêmement ambitieuse, portée peut-être un peu précocement par rapport à la maturité globale de l'environnement et de la capacité de capitalisation des entreprises. Mais cela reste une expérience riche pour le pôle de ce qu'il faut faire en période de crise et de difficulté. Nous notons que les enjeux autour de la bio-production sont toujours aussi forts et cette expérience incite à se repencher sur le type d'infrastructure à proposer. Car tous les territoires internationaux s'interrogent sur des modèles de bio-production.

Comment abordez-vous l'interdisciplinarité ?
Notre programme d'animations scientifiques et technologiques résulte de l'identification des grands enjeux à venir, notamment en favorisant la rencontre de nos adhérents avec d'autres secteurs et d'autres types de connaissances. Nos collaborations se renforcent avec les secteurs de l'oncologie, de la biologie cutanée mais aussi du digital. La complémentarité est recherché avec les autres pôles de compétitivité Minalogic, Axelera, Plastipolis, Techtera. On joue aussi cette interdisciplinarité avec des clusters européens.
De plus en plus, le pôle fait intervenir le monde médical en termes de besoins. Des médecins pitchent sur leurs besoins afin de toujours avoir une approche très matricielle. Notre rôle consiste à faire tourner le kaléidoscope des idées pour initier les synergies les plus optimales. On commence notamment à aller sur le champ des sciences humaines et sociales, sans toutefois avoir de projets labellisés, mais nous accompagnons la réflexion de groupes de travail sur, par exemple, l'acceptabilité de la vaccination, la gestion des épidémies ou encore la capacité à s'emparer des nouvelles technologies.

Comment abordez-vous l'éthique au sein du pôle ?
C'est une thématique qui se retrouve plutôt dans les ateliers. Dans la labellisation des projets, on doit toutefois se poser cette question de l'éthique. Nous n'avons pas un responsable éthique mais c'est un sujet continu dans l'ensemble des projets. Systématiquement, des interrogations se posent et sont étudiées par un collectif de personnes et non par un seul expert car l'éthique est typiquement un sujet subjectif.

5 dates clés

- 10 janvier 1973 naissance à Pessac
- 1997 : 36èmepromotion des directeurs d'hôpitaux de l'Ecole des hautes études en santé publique, après avoir été diplômée en droit de l'Université de Bordeaux et de IEP Bordeaux
- 1999 : intégration des HCL en audit interne, puis comme directeur de la biologie et de l'anatomopathologie et enfin directeur adjoint de la recherche clinique et de l'innovation
- 2012, directeur de l'innovation à Lyonbiopôle
- juin 2013, DG de Lyonbiopôle




Stéphanie POLETTE
Journaliste

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